Pilules contraceptives au désogestrel : pas de panique

Les femmes utilisatrices de pilules contraceptives à base de désogestrel ont reçu un courrier de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) annonçant un risque, certes rare, de développer un méningiome. Face à des titres et reportages particulièrement alarmistes de certains médias, essayons de démêler le vrai du faux pour rassurer sans banaliser.
 

En l’absence d’une contraception efficace, la grossesse imprévue est le principal risque. (cliché Unsplash)


Par Jean-Paul Briand.


Le désogestrel est un progestatif de synthèse. Il existe sous deux formes dans certaines pilules :

  • Les micropilules progestatives pures : sans œstrogène, elles agissent principalement en bloquant l’ovulation et en modifiant la glaire cervicale. Exemples : Cerazette, Antigone, Elfasette et leurs génériques. Elles sont habituellement prescrites chez les femmes ne pouvant pas tolérer les œstrogènes.
  • Les pilules combinées (oestroprogestatives) : associant le désogestrel à l’éthinylestradiol (œstrogène). Exemples : Mercilon, Varnoline ou génériques.

L’étude EPI-PHARE

Dans son courrier, l’ANSM fait référence à l’étude EPI-PHARE de 2025, qui a mis en évidence, chez les femmes utilisant une contraception orale à base de désogestrel, une très faible augmentation du risque de méningiome. Comparé au risque d’être victime d’un accident de la voie publique, qui est de 0,35% (chiffre 2025), la menace de développer un méningiome est très faible : 0,0015%. Il n’en reste pas moins que cette annonce est source d’anxiété et peut entraîner un arrêt d’une contraception efficace.

Le risque de méningiome

EPI-PHARE a montré un lien statistique entre une utilisation prolongée de désogestrel et l’apparition d’un méningiome. Il s’agit d’une tumeur des membranes qui entourent le cerveau (méninges). Dans l’immense majorité des cas (plus de 80 %), la tumeur n’est pas cancéreuse et son évolution est très lente. En France, chaque année environ 150 personnes en sont atteintes. Sa découverte est souvent fortuite lors d’une imagerie. La tumeur peut comprimer le cerveau et provoquer des maux de tête, des changements de la personnalité, des troubles de l’équilibre ou des crises d’épilepsie. Dans ces cas une IRM cérébrale doit être réalisée. Seule la chirurgie élimine un méningiome mais une simple surveillance suffit parfois.

C’est la présence de récepteurs à la progestérone au niveau des méninges qui peut expliquer l’association observée entre certains traitements progestatifs et le développement de méningiomes.

Ce risque très faible ne concerne majoritairement que les utilisations prolongées (au-delà de 5 ans, multiplié par 1,7 ; au-delà de 7 ans, multiplié par 2). Le méningiome apparaît le plus souvent dès la première année d’utilisation chez les femmes de plus de 45 ans ou en cas d’antécédent de traitement par des progestatifs à haut risque (Androcur, Lutényl, Luteran,…). C’est pourquoi l’historique précis, l’ancienneté de la prise de contraceptifs oraux ou un éventuel antécédent de méningiomes sont systématiquement recherchés lors d’une telle prescription et que l’utilisation de ces progestatifs à haut risque est très encadrée. Elle exige qu’une IRM soit effectuée avant tout traitement puis pour le suivi.

L’arrêt brutal de la pilule

Lorsqu’une protection contraceptive est nécessaire, compte tenu d’une « désinvolture » très répandue chez les hommes, le principal risque auquel doivent faire face les femmes n’est pas le méningiome. Lors de rapports sexuels, en l’absence d’une contraception efficace dont les femmes ont encore quasiment toujours la charge, la grossesse imprévue est le principal risque.

Arrêter sa pilule sous le coup de la panique, sans solution alternative validée, expose à un retour de la fertilité avec parfois une grossesse non désirée et ses répercussions sociales, psychologiques voire médicales, bien plus fréquentes que les complications rarissimes associées aux pilules comprenant du désogestrel.

Le désogestrel reste une option

Il ne s’agit pas d’ignorer les signaux de pharmacovigilance mais de replacer les bénéfices et les risques dans leur juste proportion. Les micropilules progestatives pures ont des avantages. L’absence d’œstrogènes permet d’éliminer le risque de phlébite, d’embolie pulmonaire et d’accident vasculaire cérébral, en particulier chez les femmes tabagiques, migraineuses avec aura ou présentant des facteurs de risque cardiovasculaire. Le désogestrel offre donc une alternative salvatrice pour ces patientes qui ne peuvent pas utiliser de pilules estroprogestatives. De plus, en cas d’endométriose ou de règles invalidantes ces micropilules apportent un soulagement.

La contraception permet aux femmes de maîtriser leurs projets professionnels et de vie. Céder trop rapidement à l’angoisse en renonçant à un outil d’émancipation gagné de haute lutte, c’est risquer une grossesse non voulue. Si une femme prend une pilule avec du désogestrel et qu’elle la supporte bien, il n’y a aucune urgence à l’arrêter.

Plutôt que d’éliminer sa plaquette de pilule, l’alerte de l’ANSM est l’occasion de réévaluer (idéalement avec son compagnon) sa contraception lors du prochain rendez-vous avec le prescripteur (médecin traitant, gynécologue, sage-femme).
 

Le dessin de Charlotte Guillois

 
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