Rassemblement contre l’extrême droite à Orléans : RN 0 – Orléantifas 1

Les organisateurs espéraient 30 000 participants samedi dans les rues d’Orléans. Ils étaient moins (près de 15 000 cependant), mais suffisamment nombreux malgré tout pour faire entendre leur voix contre le fascisme. Plus nombreux en tout cas que les 8 500 et quelques aficionados du RN accueillis à l’Arena d’Orléans dimanche après-midi pour le congrès de lancement de campagne présidentielle du parti. Retour sur la mobilisation des antifas.
 

Suite à la manifestation du samedi dans les rues d’Orléans, les militants se sont rassemblés au Campo Santo pour des prises de parole de responsables politiques de gauche et de syndicats. ©E.B
 
 
Par Éric Botton.
 
 

En pleine paranoïa sécuritaire, localement orchestrée par le maire d’Orléans et le préfet de région, on nous avait avertis d’un week-end de tensions et possibles saccages, alimentés par des émeutiers et casseurs venus de toutes parts envahir la cité johannique, à l’instar d’un 17 octobre parisien désastreux, encore dans toutes les têtes. Toutefois, loin de ce scénario du chaos, qui n’a peut-être d’ailleurs servi qu’à mettre en avant ceux qui l’ont porté, c’est un rassemblement totalement pacifique, mais déterminé, qui s’est constitué samedi en milieu de matinée devant le théâtre de la ville.

Et pourtant, tout avait été fait pour dissuader les ardeurs des manifestants, à commencer par les propos d’Emmanuel Macron en milieu de semaine, suivis de la multiplication des interdictions de manifester et d’un dispositif de maintien de l’ordre rarement observé. Peut-être que sans cela, les 30 000 manifestants auraient été atteints ? Mais beaucoup de témoignages étaient déjà arrivés de personnes renonçant à se mobiliser par peur de se retrouver en plein affrontement. Et, pour ceux qui n’avaient pas cédé aux appels à rester à l’abri, la tâche était ardue pour rejoindre le départ du cortège. À coups d’interdictions et de changements de dernière minute en vue de dissuader les velléités protestatrices, chacun cherchait son chemin : un pont Thinat censé être le seul ouvert ce week-end, mais finalement bouclé par les forces de l’ordre, avec nécessité de faire le grand tour par le pont de l’Europe, un départ déplacé du parvis de la cathédrale à l’esplanade du théâtre, un itinéraire modifié à la dernière minute, évitant soigneusement le centre-ville, des bus de manifestants longuement retardés aux péages d’autoroute, avec contrôles d’identité et fouille de tous les passagers. Tout avait été organisé pour écœurer les participants.

Mais c’était sans compter sur la détermination des intéressés, suffisamment dégourdis pour être sur place à l’heure prévue et faire entendre le son de leurs voix et le fameux « Siamo tutti antifascisti » largement scandé tout au long du parcours (nous sommes tous antifascistes). Un parcours effectué de façon totalement pacifique, sans aucun heurt, et sans grande présence policière (juste à l’avant et à l’arrière du cortège), loin des scènes d’apocalypse qu’on nous avait promises, partagé entre convivialité et gravité devant la perspective réellement effrayante pour les manifestants de l’arrivée future de l’extrême droite au pouvoir.

Heureusement que le ridicule ne tue pas

Non loin de là, c’est l’image d’un centre-ville déserté qui ressortait, avec une bonne moitié des vitrines des commerces recouvertes de panneaux en bois « anticasseurs », mais bien inutiles en réalité, puisqu’avec une cité totalement bouclée par les forces de l’ordre, il n’y avait pas vraiment de raison de craindre les dégradations et les pillages, pourtant complaisamment agités par les édiles locaux pour alimenter la peur et les réflexes de repli sur soi. Soyons sérieux une minute : Orléans, ville moyenne de province, 46e ville de France, n’est pas la cible principale des émeutiers, même avec le RN en congrès. Ceux-ci ont déjà bien assez de leurs terrains de jeu habituels que sont les grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux… pour ne pas avoir à s’imposer un déplacement dans la cité johannique.
 

Une armée de CRS a surveillé Orléans tout au long du week-end. ©Magcentre

 
Un déplacement qui aurait d’ailleurs été périlleux pour eux, puisque les filtrages policiers étaient organisés dès la gare d’Austerlitz, puis à celles des Aubrais et d’Orléans, ainsi que sur tous les axes routiers, aux péages d’autoroute en particulier. Le tout complété par un couvre-feu tout le week-end pour les mineurs. Orléans ne craignait finalement pas grand-chose samedi et dimanche, que ce soit de la part d’éventuels casseurs, qui n’étaient pas là, ou bien des quelque 15 000 manifestants pacifiques. Malgré tout, les décisions locales ont préféré faire perdre à nos commerces un week-end entier de chiffre d’affaires. Et en plus, au lieu d’être simplement fermés, ceux qui se sont inutilement barricadés ont dépensé de l’argent pour rien… Ils pourront chaleureusement remercier leur maire d’une telle clairvoyance et d’un tel activisme, bien au-delà du raisonnable. Ainsi que les contribuables orléanais, qui vont devoir se répartir les quelque 100 000 € qu’aura coûté le dispositif à la collectivité. Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Un après-midi au Campo Santo à l’ambiance sérieuse et préoccupée

Après avoir fait entendre sa voix au sein d’un cortège calme et soucieux et sa crainte d’un possible futur extrême-droitier, la majeure partie des manifestants a choisi de camper quelques heures au Campo Santo, aménagé pour la circonstance, avec podium sonorisé et une bonne trentaine de stands politiques, syndicaux et associatifs, tout autour des arcades. L’occasion d’entendre les orateurs présents, notamment Bally Bagayoko, le maire LFI de Saint-Denis, qui avait fait, comme d’autres figures nationales, le déplacement. « Ici, je sens la volonté de creuser un chemin. Quand je vois ces jeunes marcher en masse, je dis que la France n’est pas résignée à considérer que l’extrême droite arrive aux portes du pouvoir. L’heure est extrêmement grave, tonnait l’élu LFI. Face à l’extrême droite, nous devons toutes et tous assumer notre responsabilité d’humanisme. Nous devons nous unir et confirmer dans les urnes en 2027 l’espoir que nous avons fait renaître. La France a su se libérer du fascisme et du racisme, il est hors de question qu’en 2027, nous léguions aux générations futures la responsabilité de débarrasser la France de l’extrême droite ».
 

Bally Bagayoko refuse qu’Orléans devienne une « base arrière de l’extrême droite ». ©E.B

 
L’occasion aussi pour les participants de s’attarder aux différents stands pour s’informer, comprendre et agir. D’autant qu’aux côtés des organisations politiques et syndicales habituelles se tenaient diverses structures associatives dont l’action, connue et importante d’un point de vue sociétal, est possiblement menacée en cas d’arrivée du RN au pouvoir. Parmi celles-ci, on peut citer le planning familial, le Secours populaire, Amnesty International, le MRAP, ou encore la Ligue des droits de l’Homme. Près de deux fois plus nombreux que les participants au congrès du RN, le défi a été relevé de se rassembler significativement pour s’opposer au fascisme, aux valeurs et au modèle de société prônés par l’extrême droite : RN 0 – Orléantifas 1.

La bataille n’est pas gagnée pour autant. Au sortir d’un week-end qui a vu Jordan Bardella être réélu à la présidence du RN, Marine Le Pen, qui a lancé sa campagne pour les présidentielles, reste créditée d’un taux très élevé d’intentions de vote au 1er tour (33,5 %), sans pour autant augmenter son score à ce stade. Jean-Luc Mélenchon semble dans le même temps renforcer sa position de second (17 %). Pour tout le monde, le rendez-vous de poursuite de l’action est pris pour le week-end prochain, et surtout dès la rentrée des vacances de la Toussaint, dans les lycées et facs, lundi 2 novembre, avec appel au blocage, et surtout jeudi 5 novembre pour la grève intersyndicale annoncée ce jour-là, avec au-delà un appel à la grève générale.
 

Plus d’infos autrement :

Orléans sous cloche, mais pas muselée face au Rassemblement national !

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