Dans le Cher, la nomination comme député du maire de Saint-Amand-Montrond a provoqué la convocation de nouvelles élections municipales pour décembre prochain. Une situation inédite à laquelle ont échappé deux autres parlementaires d’Eure-et-Loir. Quand l’effet maire rencontre l’éphémère.
« Élu député après l’élection de Loïc Kervran au Sénat, j’ai rejoint l’Assemblée nationale le 8 octobre pour représenter avec fierté la 3e circonscription du Cher. Je siège au sein du groupe Horizons et indépendants. » Publiée début octobre sur la page Facebook d’Emmanuel Riotte, cette formule des plus classiques n’a pas de quoi faire dresser les cheveux sur la tête, même une veille d’Halloween. Et ce ne sont pas les sorcières du Berry qui devraient y voir à mal. Mais, cette arrivée du premier magistrat de Saint-Amand-Montrond à l’Assemblée nationale a pourtant provoqué un petit séisme dans la ville, car ses habitants vont être amenés à revoter début décembre, comme si une teigneuse s’était mutinée pour leur jeter un mauvais sort plutôt qu’une confiserie des pirates.
Logiquement, une telle promotion élective se fait sans problème, et quand l’élu, au nom de la loi du non-cumul des mandats, doit se contenter de son mandat parlementaire, il suffit au conseil municipal de se réunir pour élire un nouveau maire. Rien de bien sorcier. C’est ce qui s’est passé cet été en Eure-et-Loir pour le suppléant d’Harold Huwart, Éric Gérard, en mairie de La Loupe, et c’est ce qui aurait pu se passer à Toury prochainement, quand le suppléant de Philippe Vigier, nouveau maire de Châteaudun, devra prendre la place de celui-ci au Palais Bourbon. Oui, mais bon, comme d’un coup de baguette magique en mars dernier les électeurs lui ont fait perdre sa mairie, la question ne se pose plus. Quand Philippe Vigier aura rendu son écharpe le 12 novembre, comme il l’a promis, Laurent Leclercq pourra aisément retrouver un poste qu’il a déjà occupé pendant 6 mois entre 2023 et 2024.
À Saint-Amand-Montrond, la situation est toute autre, car les élections municipales de mars dernier ont été administrativement annulées, sans décision de justice, et les plus de 7 000 électeurs inscrits dans la capitale du Boischaut Sud retourneront aux urnes, pour une raison plutôt rare, le dimanche 6 décembre, voire le 13 décembre si un second tour est nécessaire. Car il y a une règle, sortie du chaudron préfectoral, qui doit s’appliquer : un maire ne peut être élu que si le conseil municipal est au complet, ce qui n’est plus le cas. Actuellement, à Saint-Amand-Montrond, précise la presse locale, « l’une des listes des autres candidats lors des élections municipales de mars 2026 est épuisée, l’ensemble de ses candidats ayant démissionné. » Les électeurs, ayant encore le choix entre plusieurs listes, seront ainsi appelés à élire 29 conseillers municipaux et 17 conseillers communautaires. Sans trop savoir pour combien de temps, les arcanes politiques étant parfois indéchiffrables pour les béotiens.
Et puis, susurrent quelques mauvais esprits des ténèbres, si ces nouveaux députés doivent interrompre leur mandat, qui les remplacera, faute de suppléant ? Ce serait bête de provoquer une élection partielle peu de temps avant des élections présidentielles probablement suivies d’une dissolution de l’Assemblée nationale. Au maximum, ces nouveaux parlementaires auront donc huit mois de mandat pour faire leurs preuves. Après tout, ce n’est pas le diable…