Orléans Jazz: par ici les billets…

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Par ici les billets

Le festival de Jazz d’Orléans est un vivier à billets et je ne peux qu’espérer qu’il perdure ne serait-ce que pour en étudier bien d’autres aspects que celui de la sécurité-surveillance qui a prédominé dans mes libelles de ce cru 2014.

Pour en terminer avec ce domaine j’ai eu l’opportunité d’assister à une scène qui en dit long sur la lente, très lente croissance des facultés mentales des êtres humains.

Ayant pondu mon papier ornithophotologique gentiment oiseau moqueur, j’ai enfourché  Pégase et à tire d’ailes suis allé au Campo Santo. Bien m’en prît. Le concert d’Arnaud Methivier  fut une formidable bousculade de notes produites par de petites vibrations entre la pulpe de ses doigts et la nacre de son accordéon. Cet homme libre, généreux, n’a pas gêné les photographes dans leur travail : libre accès à la fosse sans limite de temps. Il a aussi invité les gens du spectacle, en lutte pour leur vie à le rejoindre afin de chanter ensemble la poésie de la Vie.

Mais là n’est pas le sujet du jour. La scène se passe au début du concert de Pat Metheny. Une vingtaine de photographes ont été autorisés à se masser dans un espace exigu (5 m de large au plus) dans l’angle Nord du parterre entre le public et le plateau. C’est là qu’on les a parqués avant de leur donner le feu vert pour travailler. Ils sont là entassés et ce ne sont pas les plus grands qui sont derrière.

Ils attendent… un, deux, trois morceaux,… ils attendent toujours. L’un d’entre eux, facétieux, sort un portable vert turquoise et vise. Il n’a pas le temps de  shooter-tirer  qu’un vigile se précipite sur lui, sur ordre d’une responsable, (du maintien de l’ordre établi) et l’oblige à remettre son outil dans sa poche. Ceci n’est qu’un préliminaire !

Quelques longues minutes plus tard ils peuvent … non pas se diriger vers leur enclos habituel, non, c’est de là où ils sont qu’ils peuvent photographier, presque dans l’angle mort du site ; et de plus c’est pendant un solo de guitare sèche, le bruit des obturateurs ne se mariant pas vraiment au rythme de Pat Metheny. L’un d’entre eux, avance un pied, je suis assis juste à côté et peux en témoigner. Le cerbère, sur un mouvement de tête de la responsable fonce vers le contrevenant et plaque son visage sur la lentille du téléobjectifs créant chez l’homme un mouvement de recul qui se répercute chez ses collègues, ce qui a probablement produit une douzaine de clichés flous ou hors champ.

Lente, très lente croissance mentale de l’esprit humain

Rendez-vous compte : depuis deux millions d’années nous avons développé une faculté mentale : le langage, l’énonciation des pensées par le biais de syllabes organisées en mots pour remplacer le geste par la parole. Face à l’autre qui a fait quelque chose qui ne nous convient pas, nous avons appris à utiliser le langage pour lui signifier qu’il est inconvenant (en un seul mot) ou, dit autrement, qu’il nous fait ch… .Dans la scène décrite, l’agent de surveillance a régressé au stade d’avant le langage, tout comme la responsable qui, d’un coup de menton, lui a intimé l’ordre d’intervenir.

Parler aurait été humain et efficace. Quelque chose du genre : «Reculez Monsieur s’il vous plaît. Vous dépassez la limite impartie ». C’était quatre à cinq secondes, bien peu de temps pour faire la preuve que nous avons grandi, sommes passés du coup de massue au respect de l’autre considéré comme égal. Mais ces deux employés sont à l’image et à la ressemblance de notre état mental  qui est encore trop dans la politique du fait accompli (on fait… on parlera après… Exemple : la signature d’un accord inique et dévastateur).Le plus fort (en muscles, en argent, en armes) impose ses règles à ceux qui tentent de vivre autrement qu’en acceptant les diktats (there is no alternative) d’une minorité pour qui le mot culture n’a de sens qu’en tant que bénéfice financier possible.

 F. TARCHE 

Commentaires

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  1. Il faudra un jour se poser la question de l’intérêt de ces quelque vingt gros bras au Campo, quand d’autres festivals de plus grande importance (Montreal, Vienne, Marathon du Jazz de Bruxelles, Jazz sous les Pommiers…) n’ont que des bénévoles souriant en T shirt siglés à opposer aux hordes féroces des fans de jazz. Et vous savez quoi ? Ca se passe plutôt pas mal.
    Et puis, moins de musiciens sur scène et plus de vigiles dans le public, à l’heure où les budgets artistiques rétrécissent d’année en année, ça énerve, forcément…

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