
Vincent Viala devait jouer avec Jacques Trupin vendredi 27 juin sur la scène d’ABCD au Campo Santo pour Orléans Jazz. Il n’a pas joué se déclarant en gréve ce soir là, il revient ici sur ces dix jours de conflit des salariés intermittents à Orléans.
Vincent Viala:
“Ce fut un crève-cœur de ne pas jouer avec Jacques. Avant d’être des artistes, nous sommes des citoyens salariés. Comme pour tous les salariés, la grève s’est imposée comme étant la seule décision juste face à ce protocole inapproprié pour nous artistes comme pour l’ensemble des travailleurs précaires. C’est là que se situe notre implication citoyenne car ce protocole de l’Unedic dépasse largement notre simple corporation. C’est une décision difficile que nous avions murement réfléchie, car au fil de cette lutte et des Assemblée Générales qui avaient lieu tous les jours, nous avons pris conscience de l’enjeu social que ce conflit représentait. Non pas pour les seuls salariés intermittents du spectacle, mais pour l’ensemble des précaires de plus en plus nombreux aujourd’hui et qui seront touchés par ce protocole du 22 mars applicable à partir du premier Juillet 2014. Ce système de droits rechargeables, c’est potentiellement de la précarité rechargeable. C’est aujourd’hui une vraie question de société qui est posée autour de la notion de solidarité entre les salariés…
-Pour toi, quelles sont les conséquences de ce Protocole de 2014 ?
-Depuis la précédente réforme de l’intermittence en 2003, nous sommes à la limite de ce que nous pouvons supporter professionnellement. Les propositions de concerts liées souvent aux baisses de subventions se sont considérablement réduites au fil de ces 11 dernières années. A partir de la crise de 2008, nous avons, pour la plupart d’entre nous, constatés une baisse de notre niveau de vie de l’ordre de 20 à 30 %. Ce n’est pas rien, mais nos métiers sont des métiers de passion, alors essaye de tenir le choc. Personnellement, depuis 3 ans j’ai beaucoup de mal à me maintenir dans le régime de l’intermittence. C’est simple, il me faut actuellement 43 cachets sur 10 mois et demi pour rouvrir des droits, soit plus d’un concert rémunéré par semaine, pas évident à trouver ! Mais jusqu’à maintenant, si je perdais mon indemnité pendant quelques mois, j’ai toujours réussi à réintégrer le statut. L’énorme danger avec le nouveau protocole, si il est appliqué en l’état, c’est qu’une fois que j’ aurai épuisé mes droits dans le régime de l’intermittence et si je ne justifie pas de ces 43 cachets , je basculerais automatiquement dans le régime général. Dès lors, il serait quasiment impossible de revenir dans le régime de l’intermittence, autant dire la fin de la possibilité pour moi d’exercer mon métier musicien professionnel.
-Que penses-tu de la mission de réflexion proposée par Monsieur Valls ?
-C’est incroyable qu’en France on soit obligé d’en arriver au conflit pour commencer à considérer les problèmes! Depuis des années, la CIPIDF ( Coordination des Intermittents et Précaires d’Ile de France) a proposé un modèle de protocole pérenne et adapté, élaboré par des économistes, des spécialistes du milieu du spectacle et y compris des parlementaires.
Ce modèle fait consensus pourtant il n’a même pas été mis sur la table des négociations entre un MEDEF qui l’ignore complètement et les partenaires sociaux qui pour la plupart sont non représentatifs de notre branche spectacle ! On peut véritablement parler de déficit démocratique !
La CGT a d’ailleurs déposé une plainte au Conseil d’Etat pour vice de procédure car les discussions entre Fo et le MEDEF se seraient faites en dehors des tables de négociations. Dans ces conditions , la mission de crise décidée dans l’urgence par Monsieur Valls, est mal engagée.. .
-Et pour en revenir au Festival de Jazz, que penses-tu des actions du Comité de suivi local ?
-Nous avons privilégié, la première semaine au jardin de L’Évêché, le contact avec le public, afin que les spectateurs puissent être sensibilisés aux spécificités de nos métiers d’artistes et de techniciens du spectacle qu’ils ne connaissent pas forcément. C’est sûr qu’il est vraiment dommage d’en être arrivé au blocage du Campo Santo pour la soirée d’ouverture de Mercredi soir, mais nous étions à la veille de la signature du protocole par le Ministre du Travail, de l’Emploi et du Dialogue social… En tant que manifestants, nous avions dès le lundi matin décidé le blocage de l’ouverture du festival payant. En début d’après midi les techniciens salariés sur le site se sont mis en grève, il ne restait alors, à la Mairie d’Orléans, que la solution d’annuler le concert . Cette décision fut prise de manière responsable par Mr le Maire, qui connait d’ailleurs très bien le dossier des intermittents, en vue de préserver l’ordre public.
-Et maintenant ?
– Le premier juillet, c’est l’entrée en vigueur du nouveau protocole de l’Unedic, le 2 et le 3 se réunissent à Avignon les Assises des Intermittents et précaires en lutte dans toute la France, et le 4 c’est le début du Festival d’Avignon qui a valeur de symbole…Mais au delà de ces rendez-vous, c’est la solidarité sociale que nous défendons: “Ce que nous défendons, nous le défendons pour toutes et tous!”
Propos recueillis par Gérard Poitou