
Dans une relative discrétion, la Région Centre vient d’emménager dans de nouveaux locaux à usage de bureaux. Situés au cœur du centre ancien d’Orléans, ces nouveaux bureaux devraient accueillir plusieurs directions auparavant dispersées sur différents sites orléanais pour un total de deux cents quarante deux salarié(e)s.
En simple citoyen, on peut déjà s’interroger sur l’opportunité de construire de nouveaux bureaux à cet endroit, lorsque l’on sait qu’il existe à Orléans un excédent de surface de bureau à louer de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés, quand bien même la Région n’en est que locataire (Orléans sera-t-elle encore capitale régionale dans quelques mois ?).
Ensuite la localisation de ces bureaux au cœur du centre ancien conduit aussi à s’interroger sur la vision de l’urbanisme de nos élus, certes ces bureaux sont à quelques centaines de mètre du bureau du président de Région, mais à l’heure du téléphone et d’internet, cela justifie-t-il d’imposer à un quartier protégé une bâtisse d’une telle laideur ?
Car en plus des nuisances que ne manquera pas de générer la création de quarante places de parking, à la fois beaucoup trop pour un quartier piétonnier avec deux écoles à proximité et largement pas assez pour les 242 salariés qui y travailleront, ce bâtiment ne constitue-il pas la négation absolue du travail de rénovation urbaine entrepris sous le contrôle pointilleux de M. l’Architecte des Bâtiments de France ? Foin des recommandations scrupuleuses sur les matériaux, les couleurs ou les volumes, on oublie les interdits sur les fenêtres en pvc ou les fenêtres de toit, et l’on obtient une verrue fonctionnelle, au degré zéro de l’intention architecturale…
Pas tout à fait quand même, car à y regarder de plus près, on peut dire comme feu Roland Barthes s que ce bâtiment “connote”: un socle en faux marbre pour connoter l’assise de l’institution, de grandes baies vitrées (aussitôt occultées…) pour la transparence, des parements de bois pour l’écologie et le tout surmonté de vastes terrasses, peut- être pour donner un coté “Croisière s’amuse” à l’ensemble ?…
Les décisions des élus ne sont jamais si lourdes que quand il s’agit de bâtir: cet “immeuble” résistera pour quelques décennies à l’usure du temps et aux changements politiques, et il est somme toute bien dommage que la Région Centre qui finance pourtant “Archilab“, n’ait pas su donner à ce projet architectural une vraie modernité, et surtout n’ait pas su réfléchir avec la ville d’Orléans à l’implantation d’un équipement adapté à la vocation touristique et culturelle de ce quartier populaire, en lieu et place de ce qui fut les bains douches municipaux, détruits en leur temps car devenus inutiles…
Gérard Poitou