Dire oui à « la femme qui dit non » de Gilles Martin-Chauffier
Rédacteur en chef à Paris-Match, responsable de la chronique littéraire, l’écrivain Gilles Martin- Chauffier a abordé la rentrée littéraire avec un nouveau roman que les Goncourt avaient retenu sur leur première liste.
Au crépuscule de sa vie, une femme largement inspirée par la grand-mère de l’auteur revient sur son existence. Elle commence son récit en 1938, lorsque jeune Anglaise que son père a formée à la navigation, elle débarque avec lui sur l’île aux Moines dans le golfe du Morbihan où l’auteur possède une maison de famille et a passé sa jeunesse.
L’escale qui devait être brève se transforme vite en installation définitive. La volontaire Marge au caractère entier épouse Blaise de Méaban dont elle prend le meilleur ami, Matthias comme amant. Le décor est planté, l’intrigue nouée, ne manquent plus que la belle-mère haute en couleur et la deuxième guerre mondiale pour que les protagonistes principaux entrent dans la danse du temps.
De la grande histoire qui secoue le monde occidental, le romancier fait son miel. Les choix de ses protagonistes lui donnent corps et en démultiplient les facettes. Blaise qui rêvait de trophées olympiques rejoint le général de Gaulle à Londres, Matthias qui voit dans les occupants les descendants des Celtes susceptibles de rendre son indépendance à la Bretagne opte pour eux. Entre les deux options la petite Anglaise maintient le cap jetant sur la France craintive un regard curieux et parfois dépourvu d’aménité.
Coûte que coûte, elle se veut un trait d’union entre ces mondes qui s’entrecroisent et, malgré les apparences parviennent à vivre ensemble. Marge, qui se sent très vite chez elle en Bretagne joue en douce au casino avec les profiteurs du moment et, à la Libération, en se laissant porter par ses relations, elle qui ne connaît rien à l’automobile fonde le premier journal qui lui est consacré. Gilles Martin-Chauffier dépeint avec une extrême justesse un monde qui lui est familier, des êtres qu’il a connu, des climats qu’il a traversés ou dont il a longuement entendu par lés. L’Indochine, l’Algérie des époques récentes traversées par Marge, si semblable à une grand-mère à laquelle l’auteur porte une infinie tendresse.
Cette affection se retrouve dans l’atmosphère du livre, dans l’écriture qui coule comme un fils de soie, dans les images qu’elle évoque, douce comme du velours, drôle sans la moindre faute de goût. « La femme qui dit non » embarque son lecteur pour une délicieuse croisière dans le golfe du Morbihan. Classique dans le déroulé mais réussi : un excellent roman français.
F.C.
« La femme qui dit non » Gilles Martin-Chauffier (Grasset) 352 pages 19 euros