
Les 17èmes Rendez-vous de l’histoire se sont tenus du 9 au 12 octobre 2014 à Blois. Ce festival de grande ampleur ouvert à tous est d’accès entièrement libre et gratuit. Historiens, romanciers, journalistes, politiques se retrouvent pour explorer les contours et nous dévoiler les secrets de l’histoire du monde sur le thème cette année des rebelles.
Échanges et rigueur scientifique
L’objectif des Rendez-vous de l’histoire est de créer un lieu de rencontre privilégié où chaque année les historiens peuvent se retrouver afin de débattre, confronter leurs points de vue, exposer l’état de leurs réflexions et présenter leurs travaux. Le festival se veut une manifestation populaire, il accueille environ 40 000 personnes, selon le président de l’association organisatrice, le Centre Européen de Promotion de l’Histoire, Antoine Favron, « il y a des gens qui sont plus intéressés par certains thèmes que par d’autres […] mais le public vient aux Rendez-vous de l’histoire quelque soit le thème, il est intéressé.» Il faut que chacun trouve matière à s’instruire, à assouvir sa curiosité, à se divertir. Ainsi les Rendez-vous de l’histoire ont pour but de devenir un lieu privilégié et unique de discussions, d’instruction, d’échanges entre les historiens et le grand public.
Un comité scientifique choisit chaque année le thème général de la manifestation, cette année ce sont les rebelles qui étaient à l’honneur. Ce thème sera le fil rouge qui orientera les conférences et débats et couvrira différentes périodes de l’histoire.
Un festival pluridisciplinaire
Les Rendez-vous de l’histoire ce sont plus de 300 d
ébats et conférences, ce sont 1000 intervenants et intellectuels de renom qui exposent leurs points de vue et répondent aux interpellations du public. On peut retenir les conférences : « Des vies rebelles » par Michelle Perrot présidente de cette 17ème édition et « mai 68 : des rebelles au coeur des trente glorieuses ? » Par Jean-François Sirinelli. Ainsi que les débats animés : « l’héritage politique de Clemenceau » par Manuel Valls. « Mali, Ukraine, Irak, Syrie, pourquoi les zones grises prolifèrent ? » Avec Gérard Chaliand, Gaidz Minassian.
Les rencontres aux Rendez-vous de l’histoire ce sont aussi les grands entretiens où les personnalités se plient au jeu de l’interview comme celui de José Bové (homme politique, syndicaliste) par François Ernenwein (rédacteur en chef du journal La Croix) et celui de Jean-François Kahn (journaliste et écrivain) par Gilles Heuré (journaliste et grand reporter au magazine Télérama).
Les Rendez-vous de l’histoire, c’est aussi un grand salon du livre d’histoire qui prend la forme d’une énorme librairie entièrement consacrée à l’histoire. Le salon du livre c’était cette année sous la présidence d’Alaa El Aswany, écrivain très engagé dans le combat révolutionnaire de son pays, l’Egypte. Le salon du livre c’était aussi plus de 200 éditeurs (grandes maisons ou éditeurs indépendants) qui ont présenté toute l’actualité du livre d’histoire de la biographie au roman historique, de l’Antiquité à l’histoire contemporaine, du multimédia au livre ancien, de l’histoire locale aux événements internationaux, toute l’histoire et tous les sujets sont présents. A souligner aussi la présence d’un espace jeunesse. Les éditeurs proposaient aussi l’actualité du livre d’histoire déclinée sous la forme de présentations d’ouvrages, discussions, cafés littéraires ou cartes blanches. Durant le salon du livre 300 auteurs dont Didier Daeninckx (Le tableau papou de Port-Vila) et Robert Darnton (L’Affaire des Quatorze et De la censure) ont été en dédicaces et ont rencontré leurs lecteurs.
Le festival propose aussi un cycle cinéma dont l’ouverture s’est faite en présence de Plantu. Le cycle cinéma était parrainé par la région Centre, et présidé par le cinéaste et acteur Lucas Belvaux, une cinquantaine de films ont été diffusés, documentaires, et fictions, films de patrimoine comme films récents, courts métrages et archives télévisuelles. De nombreuses séances étaient accompagnées de débats en présence de réalisateurs (Marc Faye, Tania Rakhmanova, Abraham Segal…), critiques et historiens.
Cette 17ème édition a marqué également l’introduction d’un nouveau volet : l’économie aux Rendez-vous de l’histoire. Une programmation qui s’est basée sur de grandes questions économiques mondiales au regard d’une approche historique. Des débats et conférences ont été animés par des économistes, des journalistes, des géographes et entre autres des sociologues sur des sujets tels que l’histoire des crises financières, l’emploi des jeunes, l’esclavage et le salariat… Antoine Favron, président de l’association organisatrice ajoute que « L’économie au Rendez-vous de l’histoire c’est un projet qui est porté financièrement entièrement par la Chambre de Commerce et d’Industrie du département et de la région. Il y a 10 ans [ce volet sur l’économie] n’aurait pas intéressé les gens, étant donné la situation économique mondiale et européenne, aujourd’hui, il en va tout différemment, les gens sont avides de connaissances économiques. »
Le festival prend chaque année aussi différentes formes plus originales dans une ambiance décontractée autour d’un verre ou des menus inspirés par l’histoire de la gastronomie avec les cafés et dîners historiques pour s’interroger sur l’histoire et les rebelles différemment. Différents spectacles et concerts ont lieu comme la conférence cabaret : chansons de rue et contestation politique vers 1750.
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Un festival qui a fait polémique
L’écrivain Edouard Louis auteur du roman à succès « En finir avec Eddy Bellegueule » et le philosophe Geoffroy de Lagasnerie ont appelé au boycott des Rendez-vous de l’histoire pour protester contre l’invitation faite à Marcel Gauchet de prononcer la conférence inaugurale. Ce dernier est un philosophe et historien français. Il a fondé en 1980 avec Pierre Nora, la revue intellectuelle Le Débat, dont il est le rédacteur en chef. Il est actuellement directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales au centre d’études sociologiques et politiques Raymond-Aron.
Louis et de Lagasnerie reprochent à Marcel Gauchet de publier dans sa revue ou dans ses écrits tout ce que la France compte d’idéologies réactionnaires, d’être un auteur connu pour des thèses tournées avant tout vers le maintien de l’ordre, et qui peuvent être jugées ultraconservatrices. Ces théories pour Louis et de Lagasnerie n’allaient pas du tout de paire avec le thème du festival qui est “les rebelles”. Ils estiment que Marcel Gauchet n’est pas légitime pour traiter ce sujet. Une pétition a même été lancée contre le choix de Marcel Gauchet pour inaugurer cette nouvelle édition sur le thème des rebelles.
Lors du débat « vous avez dit les rebellocrates ? », Marcel Gauchet étant présent, ce dernier et la polémique ont fait l’objet du débat effaçant le thème principal. Il a été défendu par Elisabeth Lévy et attaqué par Nicolas Offenstadt lors de la table ronde. En réaction, la salle a demandé de réorienter le débat sur le thème et mettre un terme à la polémique.
Antoine Favron explique à propos de cette polémique que « dans un premier temps ça nous a fait ni chaud ni froid, on ne comprenait pas bien cette attaque contre Marcel Gauchet, il n’est pas homophobe, ça nous faisait plutôt de la publicité… le boycott, il ne concernait personne, il ne s’est pas passé grand chose il y a même des gens qui ont signé la pétition et qui sont venus quand même, ça nous à fait des économies de communication, on peut se demander de quel droit peut on interdire à un intellectuel reconnu dans le monde entier, et choisi par ses pairs pour prendre la parole, de défendre son point de vue ? Depuis quand faudrait-il un brevet de rebelle pour parler des rebelles ? »
Geoffroy de Lagasnerie et Edouard Louis avaient pour leur part annulé leur participation aux Rendez-vous de l’histoire, ils avaient également appelé Michelle Perrot à démissionner de son poste de présidente de cette 17ème édition.
Francis Chevrier, directeur des Rendez-vous de l’histoire a répondu et a maintenu la conférence inaugurale sur le thème « Qui sont les acteurs de l’Histoire ? » de Marcel Gauchet. Michelle Perrot a gardé son poste de présidente, elle a conclu le festival par une conférence « des vies de rebelles », elle a été fort applaudie et à la fin de son intervention rendez-vous a été donné aux festivaliers en 2015 sur le thème des empires.
Thibaut Stucklé