Dans son sixième livre retenu par les Goncourt pour figurer dans leur deuxième sélection, la l’écrivain et journaliste,Clara Dupont-Monod met en scène Aliénor d’Aquitaine, fille aînée d’un grand féodal, deux fois reine qui a marqué le treizième siécle, un personnage, haut en couleurs,une rebelle, une insatisfaite qui aimait la poésie et les troubadours.
A 14 ans les intérêts des grands de l’époque la marient avec le roi de France Louis VII, au caractère totalement opposé au sien. Sur cette confrontation tumultueuse au sommet des états dont l’histoire sait peu de choses, Clara Dupont-Monod bâtit un roman passionnant : Elle met face à face,une femme éruptive face à un homme confit en dévotion, tenu par le devoir. Au lecteur de compter les coups savamment amenés..
Un mariage politique
Aliénor d’Aquitaine, héritière du duché du même nom naît vers 1123 et meurt en 1204 à Poitiers. Très convoitée étant donné l’importance de ses états, elle épouse successivement le roi de France Louis VII, à qui elle donne deux filles, puis Henri Plantagenêt, le futur roi d’Angleterre Henri II, renversant ainsi le rapport de forces en apportant dans l’escarcelle du mariage les terres de son vaste duché. Mère de Richard Cœur de Lion et de Jean Sans Terre , elle a également participé à la deuxième croisade et joué un rôle politique pendant la troisième. On peut toujours voir son gisant à l’abbaye de Fontevraud à 18 km de Saumur..
Le livre s’ouvre sur son mariage avec le roi de France. Elle a été élevée. dans une cour plus brillante et policée que celle de Paris. Elle a été instruite en langue d’oc, lui en langue d’oil. Elle est ambitieuse, délurée, et déterminée. Elle rêve de gloire et de domination. Son époux est devenu roi par défaut, son frère aîné étant mort d’un accident de cheval en plein Paris. Un cochon errant lui a coupé la route. Jusque là Louis se destinait à la prêtrise. Il préfère la diplomatie à la lutte, il rêve d’apaisement et de sérénité et est tombé follement amoureux de son épouse qui ne partage pas ses sentiments et ne le supporte pas.
Aliénor déplaît fortement à la cour de France. Elle est critiquée pour sa liberté,, ses goûts luxueux et sa passion pour les poètes dont elle s’entoure et avec lesquels elle s’entretient en langue d’oc. De-là à en faire une femme infidèle, servie une indomptable volonté il n’y a qu’un pas servi par . les ambitions des uns et des autres.
Atmosphère, atmosphère

L’abbaye royale de Fontevraud.
L’auteur plonge sa plume dans cette atmosphère contrastée et ces temps troublés, dresse avec finesse un beau portrait de femme provoquant l’époux qu’on lui a imposé, l’ignorant, le manipulant, le ridiculisant aux yeux de sa cour et au-delà, le rudoyant publiquement. Elle ma Sous le roi,la douleur de l’homme n’est pas esquivée. Elle vient en contre-point, intense en ’acceptation consentie de sa défaite. La lutte est permanente. Entre eux la vie devient rapidement impossible. Clara Dupont-Monod s’insinue sans trop appuyer dans cette descente aux enfers, déroule avec fluidité un anti-dialogue entre deux êtres au destin encadré par les circonstances. Loin d’être un simple roman historique, « Le Roi disait que j’étais diable » est la restitution d’une atmosphère née d’un le mariage sans amour où le pouvoir est convoité par mari et la femme.
F.C.
« Le roi disait que j’étais diable »
Clara Dupont-Monod (Grasset) 240 pages 17,90 euros
.
…