Le monde selon Patrick Deville

Entre Plutarque et Diderot

Patrick DevilleIl y a une dizaine de jours, l’écrivain Patrick Deville est venu à la librairie des Temps Modernes présenter son dernier roman “Viva”, le temps de lire ce roman et voilà l’occasion de reparler de la “méthode” Deville.

“Viva” appartient à cette série que construit Deville depuis dix ans avec ses “romans d’aventure sans fiction”, comme il les définit. Grand voyageur, Patrick Deville écrit une géographie de l’histoire qui traverse ainsi tous les continents. (Equatoria, Kampuchéa, La Peste et le Choléra aux éditions du Seuil)

Dans “Viva”, Deville s’inspire de Plutarque (philosophe qu’il admire visiblement) qui dans ses “Vies Parallèles” tentait d’établir la comparaison entre les hommes illustres de Grèce et de Rome. A l’ombre de ses volcans, le Mexique des années trente est ainsi le refuge/piège de deux destins qui ne se rencontreront jamais, Malcom Lowry, écrivain alcoolique aux prises avec l’écriture de “Au dessous du Volcan” et Léon Trotsky poursuivi par ses assassins staliniens.

S’établit alors, dans un phrasé très dense, une course parallèle entre un écrivain anglais qui dans son désastre personnel essaie de sauver l’essentiel, son roman, et un chef de guerre russe qui dans son désastre politique a déjà écrit sa biographie, “Ma vie” saluée par tous comme un chef d’œuvre littéraire…

Et puis comme dans “Jacques le Fataliste”, il y a le hasard des rencontres qui se font ou auraient pu se faire, mais Deville n’écrit pas un “roman” historique, “c’est un roman, non pas parce qu’il y a (tout est vrai), mais par ce qu’il n’y a pas dedans“. Et bien sûr, le Mexique c’est le couple Diego Rivera et ses fre(a)sques et Frida Khalo la souffrante, qui écrira à propos des surréalistes et de Breton, venu lui aussi prendre l’air à Mexico: “De la merde, rien que de la merde, voila ce qu’ils sont (…) [Voilà] pourquoi l’Europe est en train de pourrir sur pied et pourquoi ces gens, ces bons à rien, sont la cause de tous les Hitler et Mussolini

Et le dernier mot est peut-être pour Antonin Artaud qui dix ans après son voyage au Mexique, venu chercher auprès des indiens Tarahuramas la rédemption, après avoir survécu aux électrochocs et à l’extermination psychiatrique des années de guerre, écrira en 1947 dans “Van Gogh, le suicidé de la société” : “Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir de l’enfer

Gérard Poitou

“Viva” de Patrick Deville  220 p. ed. du Seuil 2014

Publié le 30 novembre 2014

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