Philippe Pujol, prix Albert Londres 2014… est au chômage  

Depuis plusieurs mois, le reporter localier Philippe Pujol, prix Albert Londres 2014, est au chômage Son titre, « La Marseillaise », en difficulté, l’a licencié. S’il ne lui restait plus les moyens de n’entretenir qu’un seul journaliste, n’aurait-il pas fallu garder celui-là ?

La presse locale, multiple et diverse, estime qu’elle peut se passer d’un tel talent. Tant pis pour elle. Pujol  ne veut pas quitter Marseille dont depuis des années il connait les dessus et les dessous, les arcanes et les petits arrangements entre amis, où personne n’est arrivé à le faire taire, ces publications en sont la preuve évidente et éclatante, où il estime qu’il n’a pas fini de faire son métier  Soit. Mais comment se fait-il que nos gros journaux nationaux, voire européens ou internationaux n’aient pas jugé bon de  récuper  un tel correspondant ? Ne se sont –ils pas renseignés sur  la série d’articles publiée dans la Marseillaise  qui lui a valu sa récompense ?  « Quartiers  shits »,enquête dans les cités marseillaises, au cœur des trafics, dans les caves, auprès des choufs et des nourrices, des politiques et des braqueurs, des habitants et des caïds.

« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la  plume dans la plaie »,  écrivait Albert Londres, le journaliste qui osa révéler au public  la vie  au bagne parmi d’autres silences de  la société de son époque. Le 16 mai 1932 il disparaissait  dans  un naufrage en Mer Rouge . Dès l’année suivante, sa fille  Florise Martinet-Londres, elle-même journaliste créait un prix à la  mémoire de son illustre père. En 1933 pour la première fois et chaque année depuis à la date anniversaire du décès en Juin  est attribué  ce prix devenu l’un des plus côtés au monde et le plus convoité des journalistes français à un  reporter de moins de 40 ans comme l’exigent les statuts.

Plongée dans les rouages du trafic

prixFin novembre  ces articles, complétés par d’autres textes donnaient lieu à la sortie d’un livre  “french deconnection” , une plongée dans les rouages du trafic de la drogue dans la cité phocéen. «J’avais envie d’aller plus loin que les petits guetteurs, en passant par les mamans», explique l’auteur. Il   se rend quotidiennement auprès des trafiquants,  pas longtemps, de deux à cinq minutes. “Avec eux la confiance n’est jamais gagnée”, dit-il  Résultat il est en mesure de dépeindre avec minutie les rouages du trafic, ses causes et ses conséquences. «J’ai cherché à  montrer le phénomène en étant sur le terrain, et pas par raisonnement intellectuel», insiste-t-il.

Dans la préface qu’elle s’est fait un plaisir de rédiger, Annick Cojean, grand reporter au Monde et présidente de l’association du prix Albert Londres salue l’objectivité et la qualité d’écriture du journaliste . Celui-ci examine son sujet sous tous les angles sans jamais juger Il donne à voir et à comprendre. Il en résulte. des pages foisonnantes, débordantes de vie et de réalisme. Pour lui Marseille n’est qu’un échantillon de ce qui  prospère à l’échelle mondiale

F.C.

« french deconnection »

Philippe Pujol

(Robert Laffont) 160 pages, 15euros

Commentaires

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  1. Espérons que cette plume ne restera pas inactive, en attendant de retrouver un employeur, pourquoi ne prendrait-elle pas le relais de Jean Claude Izzo prématurément disparu dont les polars marseillais avait apporté un bel éclairage sur la cité phocéenne ?

  2. Plus aucun patron de presse ne veut de vrais journalistes un peu “réactionnaires” , des pros curieux et chasseurs de scoops même locaux. C’est trop dangereux d’en abriter dans les rédactions. Seul, le politiquement correct l’y emporte car les 3/4 des revenus sont constitués par des apports publicitaires de la part de grands groupes ou de collectivités locales. On le voit bien avec les éditions spéciales, en cahiers détachables, surtout en province. Mais, la meilleure preuve de cet abandon d’intérêt de lecture est fournie chez les dépositaires et maisons de presse où les clients laissent,de suite, ces tirés à part quand ils viennent, encore, y acheter leur quotidien. Ceux qui les reçoivent par porteurs les mettent directement dans le panier-récupération de papiers ou dans la poubelle, sans même les ouvrir!.

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