L’écrivain Jean Teulé a trouvé le créneau qui lui convient. Il s’y tient non sans talent. Depuis qu’il écrit des romans, quinze déjà, il explore la face noire des individus surtout lorsqu’elle est trash, à défaut la plus foldingue possible. Tout y passe, le goût pour le suicide, les anthropophages accidentels, le cocu magnifique, le roi sanguinaire malgré lui, la tueuse en série bretonne et maintenant, les amants iconoclastes en plein Moyen-Age.
Cette façon de voir le monde à la renverse lui a fidélisé un lectorat et tressé une renommée. On aime son style gouailleur, et tant pis si les lieux communs et les expressions faciles parsèment le récit. C’est du Teulé et il assume.
Dans son dernier ouvrage Jean Teulé exhume un couple, Héloïse et Abélard, oublié du grand public et qui pourtant défraya la chronique, à Paris, au début du douzième siècle.
Tout les séparait, l’âge et l’église, les usages et la respectabilité. Tout les rapprochait, leur intelligence, leur culture et surtout leur attirance physique. Teulé s’engouffre dans cette pitance pour bon faiseurs de bouquins. Transporté qu’il est par son sujet et les perspectives qu’il lui offre, il trousse un livre érotique accessible à tous, parfait pour adolescents en mal de contacts physiques.
“Une sacrée gonzesse “
Quelle luronne, cette Héloïse, « une sacrée gonzesse», Jean Teulé n’en revient pas de sa trouvaille et comme il a le plaisir communicatif, il raconte par le menu les ébats de ce couple « hors norme » que la réalité rattrape assez vite. Héloïse est enceinte. Il faut cacher et le ventre et l’enfant. Après quelques péripéties croquignolettes, cela finit mal. L’amant est châtré, condamné à des couches-culottes jusqu’à cicatrisation complète. Pour son énamourée ce sera le couvent d’Argenteuil, sa jeunesse enfermée à 20 ans. Il faut dire que les filles étaient précoces à l’aube du douzième siècle. Pour lui, philosophe, dialecticien, théologien, père de la scolastique, inventeur du conceptualisme, connu de tout l’occident ce sera l’abbaye de St Denis. En ce temps-là, l’opinion qui n’existait pas encore ne plaisantait pas avec les amours interdites.
“Tristan et Yseult ou Roméo et Juliette, mais en vrai “
Teulé, lui est à son affaire. « Le sujet s’est imposé un samedi de juin, dans la cuisine. Je ne savais presque rien d’eux. Sauf que c’était comme Tristan et Yseult ou Roméo et Juliette, mais en vrai », dit ce Normand natif de Saint-Lô qui est à la ville le compagnon de l’actrice Miou-Miou. « Ils ont inventé l’amour à l’époque où l’on parlait plutôt de fine amor et d’arrangements. Abélard écrit même : On a fait tout ce que deux corps pouvaient se faire ? C’est tellement moderne, cette égalité », ajoute-t-il.
Six mois durant, l’auteur a épluché une énorme documentation dont il donne les références en fin de livre, en particulier la correspondance entre Héloïse et Abélard dont il reproduit quelques extraits. Cela ne l’empêche pas de prendre des libertés avec l’esprit de l’époque et avec nous, ses contemporains. Qui l’aime le suive. Il amène dans un beau voyage.
Françoise Cariès
« Héloïse, ouille! »
Jean Teulé
Editions fayard
332 pages , 20 euros