On ne se remet pas d’une enfance maltraitée. Au mieux, avec le temps, souvent avec l’aide de psychologues, d’une analyse, on finit par apprivoiser l’indicible douleur qu’elle a laissée, enfouie, souvent inavouée, par s’en accommoder. La comédienne, Agnès Soral le constate dans le livre qu’elle publie aux éditions Michel Lafon.
Sans haine, sans excès, elle raconte une enfance dominée par un père « cruel et despote » mais qui avait « une vraie volonté de transmission ». Une excuse qui l’empêche de le détester et lui fait parler de sadisme du bout des lèvres. Il y eut pourtant des enseignants qui avaient constaté des coups . Il y a dans le livre le récit d’une punition dans un camping « au piquet à la sortie des douches, les mains sur la tête et la culotte baissée sur les chevilles » qui scandalisa les campeurs et fit déguerpir la famille.
Avec le temps, grâce à son métier de comédienne et après de nombreux passages sur le divan des psychanalystes, Agnès Soral d’un naturel joyeux et optimiste a pris ses distances avec le comportement de ce « père complètement dysfonctionnel et très traumatisant ». Si elle s’est lancée dans l’écriture de ce livre, « Frangin », c’est pour montrer que son frère, Alain « n’est pas l’homme fort qu’il a l’air d’être, qu’il est un enfant cassé en deux, qui a une revanche à prendre sur la vie par rapport à ses blessures et en a gardé une rancœur, une espèce de rage. Avec l’antisémitisme, il a choisi un bouc- émissaire à son mal-être, pour également montrer à tous ceux qui l’écoutent qu’il n’est pas raisonnable de faire confiance à quelqu’un qui va si mal ».
Un frère suicidaire
Ce livre est comme un appel. La fratrie Soral de son vrai nom Bonnet de Soral compte trois membres. Une soeur aînée , Florence qui préfère rester dans l’ombre, Alain le cadet et Agnès la benjamine.
Alain, élève brillant est devenu l’ami de Dieudonné. Moins visible que le comédien tristement provocateur, Soral se revendique maintenant « judéophobe » Avant d’en arriver là , cet auteur de plusieurs livres qui ne se sont pas mal vendus est passé par le marxisme, le Front national et l’univers de la nuit. A cette époque là il consommait des filles à la chaine. « 700 dument pénétrées et homologuées ». Maintenant, , lors d’une conférence, il a traité les Femen de « putes ukrainiennes »
En rupture avec sa famille, il n’a pas parlé à sa mère également humiliée par le père décédé en octobre 1991 depuis 20 ans, à sa sœur Agnès depuis 2 ans. Agnès estime « qu’il est à la dérive et suicidaire. Je ne sais pas où le joindre. J’aimerais lui envoyer mon livre. Mais de toute façon, on ne peut pas discuter avec lui. Il est dans le soliloque. Il s’est enferré dans un truc dont il ne peut pas sortir. Je ne sais pas pourquoi ».
Alain lui a répondu à sa manière sur Twitter : « Prête à vendre son frère pour finir dans Téléstar ». Agnès a vu dans cette phrase un trait d’humour. Interrogée sur les plateaux de télévision , elle a lancé sa réponse comme une bouteille à la mer supplémentaire, « Si je pouvais le tenir dans mes bras et lui faire du bien, je le ferai. J’ai de la peine pour lui mais je suis contente de ne pas le côtoyer car il est trop violent ».
F.C.