Jude, frère de Jésus

Il y a l’image, le symbole et puis la réalité. Les premiers et la dernière peuvent cohabiter sans le moindre problème chacun jouant son rôle et aucun n’attaquant ou n’infirmant l’autre. Ce n’est pas parce que la mémoire a un jour transformé la réalité pour répondre à une émotion ou à des émotions qu’il faut s’interdire de revenir à la source ou aux sources. Françoise Chandernagor, que son premier roman « L’Allée du Roi » en 1981 rendit célèbre, s’est lancé dans cette démarche.

En historienne avertie qui maîtrise parfaitement ses sources, elle publie  un roman dont les héros sont les quatre frères de Jésus : Jacques, José, Simon et Jude. « Bien qu’ils soient dans le livre des personnages romanesques, je ne les ai pas inventés », dit-elle. « Tous appartiennent à l’Histoire et leur existence est attestée par de nombreux textes canoniques. J’ai d’abord travaillé sur les évangiles de Matthieu, Marc et Luc, puis dans l’évangile de Jean et dans les épîtres de Paul ».

Dans « Vie de Jude, frère de Jésus », au soir de sa vie Jude, le plus jeune des frères, se souvient et raconte la vie de cette famille peu ordinaire dans la Palestine occupée par les Romains où les disettes se suivent, où les tensions politiques s’exacerbent où les sectes religieuses se multiplient et où le peuple épuisé attend le jugement dernier.
Avec son immense talent, dès la première page, Françoise Chandernagor entraine son lecteur dans la Judée du premier siècle : style direct des évangélistes, profusion de mots de liaison à la grecque, narration linéaire avec beaucoup de dialogues et de discours, langue aux accents bibliques, tour à tour concrète ou poétique. « J’ai respecté la langue tant je suis convaincue qu’elle structure la pensée d’une époque » explique-t-elle.

Textes canoniques

Si l’auteure a bâti une histoire romancée, elle ne l’invente pas. Elle s’appuie sur les textes canoniques officiellement choisis par l’église dès le deuxième siècle. Pour moi, « l’existence des frères et sœurs de Jésus est une vérité historique ; Marie a été mère de famille nombreuse. Le dogme de sa virginité perpétuelle n’émerge qu’au IVème siècle. L’influence orientale des évangiles apocryphes qui mettent en scène une Marie adolescente et pure a conduit les Pères de l’église à élaborer des arguments en faveur sa virginité perpétuelle proclamée au concile de Latran en 649. Rétablir une vérité historique n’enlève rien à la figure de la Madone aimante et secourable qui accompagne son fils « autre » tant aimé au pied de la croix ».

La Madone

Françoise Chandernagor écrit la tendresse qu’elle éprouve pour Marie. Elle la dépeint, la campe, l’anime avec une infinie douceur, avec tendresse. « Cette tendresse n’est pas feinte », dit-elle, « Les pièces de ma résidence parisienne et celles de ma maison de la Creuse sont peuplées de madones. Marie me protège. Je l’invoque dans mes moments de désespoir. Elle m’a exaucée à une période difficile de ma vie. Elle est dans mon cœur mais je ne l’importune pas avec des prières intempestives».

La vie de Jude, homme simple qui aime son grand frère Jésus et cherche à le comprendre nous présentent les débuts de christianisme qui s’affirme dans un territoire troublée entre désir de mieux vivre, révolution spirituelle et révolution politique. Ce livre restitue les croyances et les aspirations d’une époque vieille de 2000 ans. Il nous oblige à la considérer telle qu’elle était, telle que les êtres et les sociétés l’ont alors vécue, et non avec nos lunettes du XXIème siècle.

Françoise Cariès

« Vie de Jude, frère de Jésus »
Françoise Chandernagor
Albin Michel, 380 pages 22,90 euros

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

  1. Je n’ai pas encore lu le livre de Françoise Chandernagor…mais je vais le faire.
    Sans forcément remettre en cause, il est toujours intéressant de s’interroger: “Et si les choses se sont passées autrement”. La remise en cause contribue à la vérité et est preuve d’intelligence.
    J’ai lu récemment un roman policier de Solenn Colleter, “La semaine des sept douleurs” qui tisse son intrigue sur une filiation mystérieuse qui amène le principal protagoniste a penser que, lui aussi est à l’oeuvre.” (fin d’un verset du Nouveau Testament)
    Les écritures ne sont pas à lire comme un mode d’emploi ou une “technique” industrielle ou pharmaceutique sauf à en faire une interprétation bornée et excessive. La réflexion amène a la tolérance et, en son temps ou l’on voit les excès des intégristes et extrémistes de tout poil, j’espère que ce livre m’ouvrira l’esprit. D’autres le liront sans doute…

Les commentaires pour cet article sont clos.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    • matin 20°C
    • après midi 39°C
  • jeudi
    • matin 22°C
    • après midi 34°C
Copyright © MagCentre 2012-2026