The Dø, « faits l’un pour l’autre artistiquement »

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The Dø, troisième. Habitué du Printemps mais aujourd’hui auréolé d’une Victoire de la Musique de l’album rock de l’année, le duo séduit par son équilibre, entre l’extravertie Olivia Merilahti et le discret Dan Levy. On a demandé à ce dernier comment tout cela fonctionnait.

Vous êtes plutôt fidèles au Printemps de Bourges…

Pour moi, c’est un passage obligé. C’est le début des festivals, le seul où l’on fait les conférences de presses, où tous les médias sont là. Donc c’est important de le faire. C’est aussi très dur car comme c’est toujours le premier festival de la saison, nous ne sommes pas encore rodés… Mais j’aime l’idée de savoir qu’on commence là-bas. Il donne le ton pour tout l’été, on va y voir les groupes importants, dont on a entendu parler toute l’année. C’est un rendez-vous nécessaire.

Faire des festivals est important pour vous ?

C’est nécessaire. On a toujours fait des festivals, qui sont différents d’un concert où les gens viennent pour vous. Le festival est un moment plus direct, plus frontal, un exercice de style assez excitant en fait.

Pensez-vous que votre Victoire de la Musique va changer l’attente du public ?

Oui et non. Je ne pense pas que les gens se mettent à écouter un disque parce qu’il y a eu une victoire. Ils viennent s’ils ont aimé la musique. La Victoire, ils s’en moquent. Nous n’en avions pas eu avant et j’espère que les gens étaient contents de venir nous voir ou de nous découvrir. Je dirais que ça aide sans aider. C’est plus une reconnaissance du milieu que du grand public qui n’a pas son mot à dire. Mais les gens aiment bien les diplômes. Personnellement, je n’en ai jamais eu dans ma vie, donc ça fait du bien. Je n’ai ni le brevet, ni le bac ; au fond de moi, je me suis toujours dit que ça ne servait à rien, sauf si on veut être médecin ou avocat. C’est la passion qui mène la vie. Mais une Victoire de la Musique, c’est cool.

Votre dernier album a séduit les critiques par son aspect plus électro qu’à vos débuts…

Ce qu’on a voulu, avec Olivia, c’est faire un album de notre temps, de notre époque, enregistrer un album de manière moderne, sans se projeter dans le passé, et pouvoir utiliser les instruments à la portée de tout le monde aujourd’hui. L’idée était de ne pas prendre les instruments du deuxième album, mais un instrument de notre époque : l’ordinateur. Tout le monde utilise les ordinateurs pour tout, aujourd’hui, mais notre objectif, c’était de faire un album isolé, à la campagne, avec les moyens de notre temps. Malgré tout, pour moi, ce n’est pas de l’électro. Je comprends ce qu’on veut dire par là en nous donnant cette influence mais c’est un style musical à part. Nous ne sommes ni Justice, ni Etienne de Crecy. Eux, font de l’électro ; nous, on fait de la pop, de la chanson. Travailler sur ordinateur est une moyen qu’on ne connaissait pas et qui ne nous attirait pas à l’origine.

Pourquoi prendre cette direction ?

Notre politique est d’aller vers ce qu’on ne connaît pas et ce qu’on ne maitrise pas. On a l’impression que le sang ne circule pas pareil dans le corps quand on fait quelque chose qu’on ne connaît pas du tout, qu’on ne réfléchit pas avec l’habitude. Ainsi, on ne peut pas se répéter. C’est un peu comme un alpiniste, ces gens qui essayent toujours de faire ce qu’ils n’ont pas fait avant. Me répéter ne m’intéresse pas.

C’est un album qui résonne aussi d’influences multiples…

La première chose à faire en tant qu’artiste est ce qu’on ressent. Les gens ont tendance à tirer des conclusions parce qu’on est tous les deux des enfants d’immigrés. Certes, mon père est tunisien, ma mère est anglaise, Olivia est franco-finlandaise ; mais est-ce qu’on réfléchit avec nos origines ? Il n’y a pas d’équation là-dedans. Nous sommes deux personnes qui composent et qui travaillent ensemble. Quand elle ramène une composition et que je l’arrange, ça veut dire que tout ce qu’elle a amené est complètement reconstruit de mon côté. C’est donc plus une musique bâtarde.

Votre identité musicale est finalement très forte grâce à cela…

J’ai lu une phrase d’Olivia dans un magazine de mode, elle répondait à la question « qu’est ce que le style ? » en disant que c’est un langage que tout le monde comprend mais qu’on est le seul à parler. C’est aussi la définition de ce que l’on fait. On ne sait pas pourquoi, on a une identité musicale, on ne comprend pas forcément d’où elle vient mais elle parle à certaines personnes.

Cela tient également à vos personnalités opposées ?

Je crois que c’est là qu’est le plus important. On est deux personnes totalement différentes mais on se retrouve, on ne sait pas pourquoi. On a une vie très différente et on arrive, à un moment donné, à se rejoindre sur un point. Et c’est quand on le touche qu’on a l’impression d’avoir fini quelque chose. Le chemin pour arriver à ce point n’est pas facile, on essaye, on s’autorise tout et c’est ce qui est intéressant. C’est aussi pour ça que j’ai du mal à qualifier ce que l’on fait, on part tellement partout et nulle part… On peut ne pas être d’accord et le fait de l’être après 1000 heures de travail donne raison à tout le projet. C’est la délivrance. On a l’impression d’être faits l’un pour l’autre artistiquement.

Propos recueillis par Elise Escoffier pour le Big Journal, à Bourges

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