Bernard Minier, un putain d’auteur pour une putain d’histoire

En Juin, Bernard Minier est venu à Orléans, à La Librairie Nouvelle, dédicacer ses best-sellers, en particulier le dernier, « Une putain d’histoire » qui caracole en tête des ventes comme ses précédents thrillers, « Glacé », « N’éteins pas la lumière » « Le Cercle » autant de livres qui ont propulsé cet auteur au rang de maître du Polar.

Avec la collection « Série noire » créée par Marcel Duhamel chez Gallimard, La France a eu ses maîtres du Polar entre 1945 et 1980, puis on a presque plus parlé que des Américains, de Stephen King en particulier. Pierre Lemaître, prix du Polar européen en 2010 puis prix Goncourt 2014 et Bernard Minier, prix Polar 2011 au festival de Cognac nous rappellent qu’il existe une nouvelle génération de maîtres de la Noire comme disent ces auteurs par opposition à la littérature romanesque classique qu’ils appellent entre eux « la Blanche ».

Minier, élevé en Midi-Pyrénées- Languedoc- Roussillon, ancien inspecteur des douanes qui habite encore en région parisienne, pas pour longtemps car il envisage très sérieusement de gagner le Lauragais au Sud-Ouest de Toulouse a mis à notre disposition pour les mois de vacances où on lit plus une drôle de « « putain d’histoire ». A l’étal des libraires ou sur les rayons des bibliothèques de prêts, elle se présente comme un pavé bleu de 525 pages qui provoque une envie de se retenir : c’est beaucoup !!!

11160578_984903861534444_7977848055401805043_nIl ne faut surtout pas hésiter. Il n’y a pas un lecteur qui soit entré dans l’histoire, parfois à reculons, et qui n’ait plus pu la quitter. Au fil des pages les rebondissements arrivent en cascades, entre trombes d’eau, vent et froid de l’océan. A la frontière nord-ouest de Canada et des Etats-Unis dans une ile nommée « Glass Island », une bande d’ados, gentils élèves d’un lycée, un peu obsédés par le cul et les films gore comme on l’est souvent à cet âge, liés comme les doigts de la main se trouvent propulsés dans un maelstrom dont les fils se dénouent lentement, sans qu’on puisse prévoir l’étape suivante. Il y a surtout Henry, 16 ans, adopté par deux mamans. Il aime les orques, les films d’horreur et Nirvana. Il a Une petite amie, Naomi, qui est retrouvée morte et autour de laquelle se noue l’enquête.

Bernard Minier est un manipulateur en chef qui brouille à merveille un scénario dans lequel les indices se contredisent et les zones d’ombres se multiplient d’autant plus que les nouvelles technologies jouent à cache- cache avec les protagonistes de l’histoire. On est presque tenté de dire que c’est « too much » mais cela demeure du grand art qui nous a donné l’envie de rencontrer le créateur de ce polar cousu main.

Interview

Question : Comment en êtes-vous venu à écrire des polars ?

Réponse : Avant d’écrire des polars, il m’a fallu décider d’écrire. C’est venu d’un coup, à la fin de mon année scolaire 1967-68, à la fin du CE1, notre institutrice nous a lu « Robinson Crusoé ». Ce fut une révélation et j’ai immédiatement décidé d’écrire. Depuis, j’écris sept jours sur sept d’un bout de l’année à l’autre ou presque. Pour gagner ma vie j’ai d’abord fait carrière dans l’administration des douanes tout en participant à des concours de nouvelles. Un jour alors que j’avais remporté le deuxième prix j’ai montré soixante pages que j’avais en réserve à celui qui avait remporté le premier prix. Il les a lu et m’a dit « tu l’as ton roman ». C’est comme çà que je me suis lancé.

Pourquoi les douanes et pas la police ou une autre administration ?

En 1982 j’ai quitté mon Sud-Ouest pour l’Espagne, j’ai tracé là-bas la route à la façon de Kérouac. C’était l’époque de la Movida. J’ai lu alors Camilo José Cela, Sabato, Ortega y Gasset, Neruda, Cervantes. J’y suis resté un an. Quand je suis revenu il me fallait gagner ma vie de façon urgente. Ma sœur m’a aidé à trouver des concours. Celui des douanes était le plus immédiat. Je l’ai passé et réussi. C’est comme çà que je suis arrivé à Paris.

Dans ce livre plus de commandant Servaz comme dans vos précédents ouvrages ?

J’ai voulu un thriller à l’américaine, un hommage aux romans d’outre-Atlantique. . C’est un livre qui parle aussi des difficultés rencontrées à l’adolescence, de l’emprise des réseaux sociaux sur la vie des jeunes et la disparition de toute vie privée face à l’intrusion et au manque de sécurité de toutes les technologies modernes, réelles menaces pour nos libertés individuelles.

F.C.

« Une putain d’histoire
Bernard Minier
XO éditions 525 pages 21,90 euros

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