
François Hollande lors d’une visite en Loir-et-Cher
Francis Brochet, journaliste au bureau parisien du groupe Ebra, spécialiste des questions économiques et européennes, vient de commettre un essai qui mérite d’être lu attentivement et relu. « Et François Hollande enterra le socialisme » est certes consacré au président de la République mais aussi et surtout, est-on tenté d’écrire, en priorité à la période que vit la France Ce livre est un pavé qui n’a rien d’indigeste bien au contraire car il est écrit avec la plume d’un journaliste qui a intégré le besoin de rapidité et de concret généré par la dernière décennie. Il s’adresse à une France post-moderne, territorialement en Europe, économiquement, politiquement et diplomatiquement imbriquée dans la mondialisation. Ce pavé est poli pour faire des ricochets et obliger la pensée à réfléchir, à franchir des étapes.
Prenant le contrepied du journalisme de l’immédiat et de l’information à tout va, les taclant parfois, l’auteur livre ce que le recul lui a permis de constater. Il place François Hollande au cœur de son propos mais pour mieux l’élargir. Il démontre « comment et pourquoi la gauche tourne avec François Hollande une page de son histoire et de l’histoire de la France ». Francis Brochet se fait historien du présent.
Historien du présent
Sans omettre de rappeler que la droite a bien du mal, elle aussi, à se défaire de la figure tutélaire du Général, que la gauche au pouvoir, de Blum à Mitterrand, en campagne a promis des lendemains radieux qui se sont achevés en jours désenchantés et en procès en trahison pour ses dirigeants. L’actuel chef de l’Etat n’échappe pas à ce verdict de l’opinion. Une partie de son camp, de la gauche éclatée qui se raccroche à de vieilles lunes plus ou moins bien installées dans notre inconscient national n’hésite pas à le qualifier de « fossoyeur de la gauche » .
« François Hollande n’a pas le tempérament d’un fossoyeur. Trop optimiste pour cela, trop positif. Il est tout entier tourné vers la vie qui va, comme elle va », rétorque l’auteur. Il rappelle que l’ancien Premier secrétaire du parti socialiste pendant dix ans n’a pas attendu d’entrer à l’Elysée pour enterrer une certaine idée du socialisme. Il ouvre son propos par l’exhumation d’un ouvrage paru en 1985 « La gauche bouge » signée Jean-François Trans , vocable derrière lequel se cache un quintette, François Hollande, Jean-Pierre Jouyet, Michel Sapin, Jean-Michel Gaillard et Jean-Pierre Mignard. Il fait allusion à la démarche « transcourants » soutenue au sein du PS par un François Hollande bien plus déterminé qu’il y parait .
Des élans collectifs aux aspirations individualistes
Trente ans plus tard, ce même homme politique devenu président de la République s’applique à mettre en œuvre la gauche nouvelle alors annoncée. Il partait du constat sans cesse confirmé que les grands élans collectivistes qui ont connu leur apogée en France dans l’après seconde guerre mondiale sont chassés par des aspirations individualistes. A chacun de saisir sa chance. Face à cette évolution, la gauche doit saisir sa chance, « stabiliser les coûts du travail et lever les barrières qui protègent les secteurs assistés…. Et que la concurrence devienne un levier de transformation sociale ». Pour le chef de l’Etat ce sont là des fondamentaux. Inutile d’incriminer son ministre de l’Economie ou son Premier ministre, l’impulsion vient de l’Elysée et le pacte de responsabilité du début 2014 ne signe pas « le tournant social-libéral » souligné par tant d’observateurs, il se situe dans la continuité.
La France n’est pas une nostalgie
Hollande, que ses adversaires et les humoristes décrivent comme un être hésitant, un navigateur à vue, un caboteur, maintient son cap depuis trente ans. Francis Brochet souligne qu’il demande à ses amis socialistes « de rompre leur isolement pour s’engager dans la construction d’une culture commune à l’ensemble du mouvement européen » et il conclut que « l’hypothèse d’une réélection de François Hollande ne peut être écartée » mais il ajoute « Quel que soit le résultat en mai 2017, ce passage sera sans retour, retour à la réalité d’un pays qui apprend à se voir tel qu’il est » et en reprenant une maxime de François Hollande « Il faut avancer, la France n’est pas une nostalgie ».
Françoise Cariès
« Et François Hollande enterra le socialisme » Francis Brochet
L’Archipel, 192 pages 17,95 euros