Carpe rouge et lapin Blanc, Bourges et Vierzon veulent convoler

En région Centre-Val de Loire, les Berrichons ne font jamais rien comme tout le monde. Alors qu’en pleine campagne pour les régionales droite et gauche se balancent des missiles électoraux, le maire communiste de Vierzon et son homologue UDI de Bourges veulent se marier pour stopper le déclin du Cher et se positionner en troisième pôle urbain régional. 

 

Pascal Blanc, le maire de Bourges et Nicolas Sansu, celui de Vierzon, par ailleurs tête de liste du Front de gauche aux régionales, veulent en somme constituer un “front Républicain” contre l’ombre noire de la désertification qui s’avance.

Les deux plus grandes villes du Cher veulent profiter de la refonte de la carte de l’intercommunalité pour se rapprocher au sein d’une même agglomération. Une initiative qui bouscule les lignes pour tenter de donner un coup d’arrêt au déclin du département. Il s’agirait d’unir leurs intercommunalités au sein d’une seule et même agglomération

Nicolas Sansu, le maire de Vierzon.

Nicolas Sansu, maire de Vierzon.

Les deux élus ont rendu cette proposition publique à l’occasion de la présentation, début octobre, du projet de schéma départemental de l’intercommunalité par la préfète Marie-Christine Dokhélar, un document jugé trop “timide”, voire “petit bras” par les deux élus.

Vierzon et Bourges voient en effet d’un mauvais œil ce schéma qui se contente de rapprocher entre elles les petites communautés de communes qui ne satisfont plus aux critères démographiques de la loi, et notamment les deux territoires qui les séparent – les communautés de communes de Terres d’Yèvres et Vals de Cher et d’Arnon. “On n’est pas de la même famille politique. Mais pour Nicolas Sansu comme pour moi, en rester là serait une occasion manquée. L’enjeu, c’est l’avenir du département. A l’heure où tout le monde ne jure que par les métropoles, seule une agglomération forte permettra d’avoir un département fort”, dit Pascal Blanc.

Un nouveau pôle d’équilibre régional

Pour l’instant, c’est loin d’être le cas. Bourges et sa communauté d’agglomération comptent 100.000 personnes. De son côté Vierzon et sa communauté de communes réunissent 32.000 habitants, dont plus de 80% vivent dans la ville centre.

Distantes d’une trentaine de km, la préfecture du Cher et la ville ouvrière de Vierzon veulent constituer “un troisième pôle d’équilibre régional” en région Centre-Val de Loire après Orléans et Tours. Au-delà de leur proximité géographique, elles font valoir des atouts complémentaires: l’industrie de l’armement pour Bourges avec un réseau dense de PME tout autour, un nœud autoroutier et ferroviaire pour Vierzon. Le nouveau territoire regrouperait 150.000 à 170.000 habitants, en incluant les deux communautés de communes qui les séparent, soit plus de la moitié de la population du département.

S’atteler à convaincre les récalcitrants

Mais cela ne semble pas du goût des territoires concernés, notamment la petite commune de Mehun-sur-Yèvre qui n’a aucune envie de s’allier avec l’une ou l’autre de ses grandes voisines. Pour faire valoir leur point de vue, Nicolas Sansu et Pascal Blanc, qui ont adressé un courrier commun à la préfète, vont devoir s’atteler à convaincre les récalcitrants. Mais il va leur falloir aller vite. Le schéma doit être arrêté par l’Etat au 31 mars 2016, puis entériné par les élus pour une entrée en vigueur en 2017.

Pour le député PS du Cher, Yann Galut, il s’agit là du mariage de la carpe et du lapin et il déclare au Berry Républicain, “les Berruryers ne se sentent aucune appartenance commune avec les Vierzonnais et vice-versa”. Défavorable à ce mariage, Yann Galut estime qu’il s’agit d’un leurre pour masquer “son incompétence et ses échecs dans sa ville”.

“Nous expliquons depuis des années qu’il faut travailler avec les territoires qui nous entourent, Bourges, bien sûr, mais aussi Châteauroux. Et on n’y arrive pas. La c’est l’occasion de formaliser les choses clairement avec Bourges, et on fait tout le contraire. Nous en voulons à l’Etat qui ne prend pas ses responsabilités”, estime encore Nicolas Sansu.

Une divergence PS-PC qui ne va pas contribuer à faire avancer une alliance à gauche, même au second tour. Même s’il est probable que Nicolas Sansu saute en marche entre les deux tours…

 

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