Enfer et damnation, le monde viticole est en émoi et plus particulièrement dans l’Allier. Et le croiriez-vous ? Pour une histoire de ficelle. Mais attention pas n’importe laquelle. Là, on est dans le lourd, dans le grave ! On ne rit pas.

La Ficelle illustrée par Roland Sabatier
A Saint-Pourçain, la ficelle, c’est sacré. En effet la légende raconte que, en l’an 1487, Gaultier, tavernier à Saint-Pourçain, dans son estaminet enfumé et fort sombre, servait le vin dans des pichets en terre et en étain. Ceux-ci ne lui permettant pas d’évaluer avec précision la consommation de ses clients, s’en suivaient toujours des discussions interminables sur le prix à payer. C’est alors qu’il eut l’idée de plonger un bout de ficelle dans les pichets, en faisant un nœud correspondant aux mesures de l’époque, la demie et la pinte. Ainsi, naissait la légende de la Ficelle réhabilitée par la coopérative « Union des Vignerons de Saint-Pourçain » en 1987. Puisque c’est à cette date là que le terme fut déposé.
Les vignerons de St-Pourçain ont vu rouge
Mais voilà t-y-pas qu’un malhonnête s’arroge le droit d’utiliser ce mot sacré qui désigne un vin représentant 10 % du chiffre d’affaire de la cave, un vin joyeux dont la réputation n’est plus à faire et qui bénéficie sur ses bouteilles graduées -d’où le nom de ficelle – d’une sérigraphie réalisée chaque année par un dessinateur célèbre tel que Honoré, Piem, Loup, Sabatier, Tignous ou Willem.
Alors ? Le malfaisant n’est autre que le groupe Accor qui a eu, le bougre, l’impudence d’emprunter cette appellation à l’occasion, l’été dernier, d’une opération promotionnelle sur un vin rosé dit « à la ficelle » et en plus dans des bouteilles graduées. Les vignerons de Saint-Pourçain ont vu rouge et, estimant qu’il y avait plagiat, s’adressèrent au groupe Accor.
Silence radio
Après différents échanges, l’Union des Vignerons de Saint-Pourçain transmit, par le biais de son service juridique, un protocole d’accord afin de garantir les termes d’une transaction. Malgré différentes relances, le groupe Accor resta silencieux avant de botter en touche avec une étonnante réponse le 21 juillet : « Nous ne sommes pas concernés par l’opération en question, mais nous avons transmis votre courriel aux représentants de Mercure (société du groupe Accor en cause dans l’utilisation du terme ficelle, NDLR). Ils reviendront certainement vers vous prochainement. » Puis silence radio.
Le directeur de la cave Christian Bigot s’indigne : « Il n’y a qu’une Ficelle, celle que nous produisons ! En se plaçant dans notre sillage, Accor a profité, sans bourse déliée, des efforts financiers que nous avons réalisés, au fil des années, pour en faire un vin particulièrement reconnu par son originalité de présentation et par son nom distinctif ». La bataille juridique ne fait que commencer mais les vignerons de Saint-Pourçain gardent leur humour légendaire, témoin le dessin de Sabatier sur l’affaire. Et cela ne les empêchera pas de faire la fête, comme chaque année, à l’occasion de la sortie du nouveau millésime le premier week-end de décembre.
André Degon