Depuis cette horrible nuit de vendredi à samedi en Ile de France, les Français, dans leur ensemble, chacun à sa place, montrent ce qu’est la dignité, la solidarité et la résistance à la barbarie.
Il y a ceux qui spontanément ont porté les premiers secours, ceux qui ont ouverts leurs appartements pour accueillir les premiers rescapés, ceux qui ont donné leur sang, ceux qui bravant l’interdit ont déposé des fleurs et des bougies devant le Bataclan, devant les terrasses martyrisées, qui ont tracé en lettres de feu sur la statue de la place de la République et celle de la place Clichy “Pas peur, même pas peur”. Il y a tous ces commerçants qui ont baissé leurs rideaux faisant le deuil d’une journée de recettes. Il y a ceux qui, dans toutes les religions, prient pour que, comme l’a dit saint Paul, la lumière remplace les ténèbres. Chacun en toute humilité met son talent au service de la société qui est la nôtre, libre, tolérante et ouverte.
A 85 ans, Paul Veyne, historien spécialiste de l’empire romain, professeur au Collège de France a estimé qu’il lui revenait de prendre la plume pour rappeler le rôle fondamental que jouent les monuments dans les sociétés, qu’ils s’inscrivent dans la durée, défient le temps et nous obligent à prendre conscience de notre fragilité.
Palmyre, irremplaçable trésor
Daesh qui n’a rien édifié ne supporte pas les pierres qui portent en elles un récit, une histoire. Depuis que Palmyre (Syrie) est tombé entre leurs mains les fanatiques de Daesh n’acceptent pas ce somptueux témoin de l’Antiquité qui dérange leur vision du monde. L’impressionnante colonnade qui domine la cité, le théâtre aux volumes harmonieux, les splendeurs du temple de Bêl, les tours funéraires, les mosaïques les domine et les renvoie à ce qu’ils sont . Aussi les ont_ils rayés de la carte, réduits à des tas de pierres.
Parce qu’à son âge et que dans sa position il ne peut rien faire d’autre, qu’il connait le pouvoir des mots, Paul Veyne a raconté l’histoire de Palmyre, lui restituant sa puissance éternelle d’inestimable trésor.
En 140 pages et douze chapitres, il campe la cette cité dynamique telle qu’elle était en l’an 200 de notre ère, à la lisière de l’empire romain et de la Perse, plaque tournante commerciale entre l’orient et l’occident, ville opiniâtre où la langue araméenne s’est maintenue bien qu’elle n’ait pas dédaigné le Grec et le Latin. Palmyre, admirable patchwork d’influences et de cultures greco_romaine, perse, juive et arabe, située sur “le plus court chemin entre la méditerranée et les eaux bleues de l’Euphrate” où les Palmyréniens dînaient avec les dieux et que leur reine Zénobie affronta l’empereur romain Aurélien.
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De la splendeur de Palmyre paul Veyne dresse un portrait précis et intelligent. Avec sa plume trempé dans les larmes il confie la cité détruite au texte contre lequel daesh ne peut rien. Le vieux professeur dédie son beau livre à Khaled al Assaad, archéologue, directeur général des Antiquités de Palmyre de 1963 à 2003, assassiné pour “s’être intéressé aux idoles”.
F.C.
Palmyre, l’irremplaçable trésor
Paul Veyne, Albin Michel
140 pages 14,50 euros