Daphné et Clarika, pourvu que l’on ait l’ivresse !

“La réalité est une hallucination provoquée par le manque d’alcool” Proverbe irlandais

Daphné et Clarika

Ivresse, amour, poésie, ivresse de l’amour ou poésie de l’amour, ivresse de la poésie…, le récital des deux complices, Daphné et Clarika s’ouvre sur un très bel hommage à Verlaine et Rimbaud enchainé sur une autre interprétation d’une chanson de Barbara “Dis, quand reviendras-tu ?”. L’une ondulante pieds nus dans une longue robe rouge (Daphné), l’autre sautillante en jean, bottines et blouson noir à paillettes (Clarika) nous font revisiter, seule ou en duo un répertoire de la chanson française, arrangements à leur façon, de bien des reprises qui tournent autour d’un thème inépuisable mais pas toujours bien défini, comme le duo “Les garçons dans les vestiaires”, succès de Clarika certes, mais qui n’a pas vraiment sa place ici !

Crooner vs Rockeuse

L’une version crooner chic nous enchante avec des chansons en anglais (Baby kiss me, ou Fly me to the moon), l’autre plutôt rockeuse nous affole avec son interprétation de Renaud (Manu), le tout entrecoupé de lectures d’un choix de très beaux textes (qui mériteraient un peu plus de soin dans la diction) qui vont du poète perse Omar Kayyam*, qui faisait l’éloge du vin en terre d’islam dans les années 1000, jusqu’à Amélie Nothomb (pas le meilleur) en passant par Prévert, Saint Exupéry, et un magnifique poème de Marceline Desbordes-Valmore, pour finir avec un extrait de la poignante lettre d’un condamné à mort de Jean Genet.

Mais l’ivresse devient un peu gueule de bois dans les duos, c’est un peu comme faire chanter ensemble Barbara et Renaud,: la reprise de “Vertige de l’amour” de Bashung, pas de doute, ça ne le fait pas ! Et c’est dommage, car si les qualités des musiciens comme des deux chanteuses sont incontestables, certains passages à vide sont décevants et brisent le charme de l’ensemble.

Au final, un spectacle fait de beaucoup de reprises, pas tout à fait dans la ligne d’une création contemporaine à laquelle nous invite d’ordinaire, le Théâtre de la Tête Noire.

Gérard Poitou

*“On affirme qu’il y aura, qu’il y a même un enfer. C’est une assertion erronée, on ne saurait y ajouter foi, car s’il existait un enfer pour les amoureux et les ivrognes, le paradis serait dès demain, aussi vide que le creux de ma main”.

“Ivresses” Clarika et Daphné

Mercredi 7 janvier Théatre de la Tête Noire

Clarika et Daphné

Publié le 7 janvier 2016

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