Après avoir été pendant cinq ans le témoin hilarant et féroce du règne bling-bling de Nicolas Ier, Patrick Rambaud qu’on ne présente plus, avait laissé entendre qu’il était fatigué de chroniquer notre vie politique décidément trop consternante. « Notre époque est idiote » affirme-t-il toujours sans barguigner ce qui ne l’a pas empêché de récidiver.
Il ne résiste pas à la politique même quand elle lui donne des hauts le coeur. Vingt ans après la mort de François III, le spectacle offert par la cour, les moeurs et les rivaux de François IV, alias « François le Petit », l’y a incité. « Je suis à nouveau assez en colère contre tout ce petit monde. Ce sont des hors-sol qui ne connaissent les problèmes des gens qu’en fonctionnaires », me disait-il hier, remonté comme une pendule contre « la montée des populismes ».
Ceux qui n’ont pas toujours compris pourquoi tant de Français applaudissent désormais le Front populiste de Mlle de Montretout feraient bien de se plonger dans « François le Petit ». Ils y verront comment «Notre Courte Majesté à force de ne savoir point parler aux gens de leurs problèmes, de promouvoir une gauche jésuite avec le comte Macron et de laisser le duc Valls raviver le grand thème du régime précédent, celui de l’immigration en cognant fort, en particulier sur les Romanichels, dont personne ne voulait, même chez eux en Roumanie».
Pasticheur revendiqué
Patrick Rambaud est un pasticheur et le revendique. Le pastiche est pour lui « la meilleure façon de faire des critiques ». Il le pratique depuis longtemps, depuis qu’en 1970 il est entré à Actuel, un journal qui traitait des « sujets parallèles à la presse établie, en fait nous étions la presse parallèle, ce que fait une certaine presse internet aujourd’hui ». Avec Michel-Antoine Burnier qui était « mon cousin nous avons écrit une quarantaine de pastiches allant du texte court au véritable livre tels que le Roland Barthes sans peine, le tronc et l’écorce (François Mitterrand), La farce des choses (Simone de Beauvoir), Un navire dans tes yeux (Françoise Sagan) ou encore Marguerite Duraille (Marguerite Duras). Rambaud a du talent et du métier, une tournure d’esprit sur laquelle il ne s’interroge pas « J’écris et le texte vient. J’ai toujours écrit », dit cet écrivain qui le fut pour d’autres , à l’occasion, des écrits alimentaires, jusqu’à ce qu’il décroche le prix Goncourt en 1997. En 2008 il accepte la proposition d’Edmonde Charles-Roux et devient membre de la célèbre académie, « depuis je lis au moins cinquante romans par an. C’est beaucoup, c’est énorme » reconnaît l’homme à l’emploi du temps surchargé sans pour autant se plaindre.
Une énorme documentation
Pour écrire ses chroniques Patrick Rambaud puise dans une énorme documentation rassemblée au jour le jour en grande partie par son épouse. « Un travail de fourmi dans lequel je trie et je puise», dit-il reconnaissant. Le résultats est délicieux, drôlissime, débordant d’esprit et d’humour. « Je raconte ici l’histoire d’un petit nombre d’hommes qui, poussés par les événements, ne se hissaient point à leur portée » explique-t-il
Entre « un gros mensonge de M. Cahuzac », et et la « répudiation de la marquise de Pompatweet », il dessine, à droite, un monde, tout aussi navrant: celui de « la révolte des lodens », des « basses intrigues » de « l’abbé Buisson » et du retour de « Nicolas-le-Caïd » à propos duquel « le parti impérial se déchire ».
Rambaud ressuscite avec infiniment de perspicacité des faits qu’on avait cru importants avant de les oublier . Il nous donne un concentré de notre époque, de ces deux ans demi écoulés sous le règne de François IV. Elle s’achève sur le surgissement des crétins assoiffés de sang. « Crétins, il n’y a pas mieux. J’ai cherché dans le dictionnaire, crétins ça se décline, crétin marionnette, crétin enrôlé, crétin croyant, crétin tueur.. », explique Rambaud qui une fois encore a vu juste. Ce serait à pleurer s ‘il ne savait pas nous faire rire.
Françoise Cariès
« François le Petit » Chronique d’un règne
Patrick Rambaud (Grasset)
234 pages 16,50 euros