Cannes 1939: le Festival n’aura pas lieu

Créé à son initiative, le Festival de Cannes, dont la première édition devait débuter le 1° septembre 1939, jour où l’Allemagne Nazie engagea la guerre avec la Pologne, était le point d’orgue  d’une politique de soutien au cinéma français en grande difficulté depuis l’apparition du “parlant”, politique vigoureusement menée par le jeune ministre de l’éducation et des beaux arts du Front Populaire, Jean Zay. Ironie de l’histoire, l’essentiel des mesures préconisées par Jean Zay pour soutenir la production cinématographique française sera repris par le gouvernement de Vichy par la création du Centre National du Cinéma, auquel on ajouta d’infamantes mesures d’exclusion professionnelle antisémite.

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Le premier Festival de Cannes ne débuta finalement qu’en septembre 1946, mais pour rendre hommage à son fondateur assassiné en 1944 par des miliciens vichystes, le Cercle Jean Zay d’Orléans rendait publique ce vendredi soir au cinéma des Carmes, l’initiative du Comité Jean Zay Cannes 1939 dont le projet est de reconstituer ce Festival qui n’eut pas lieu. Le président du comité, Antoine de Baecque, entouré d’historiens et d’universitaires, souhaite fédérer les énergies pour organiser une suite de manifestations, expositions et publications qui culminera en 2019 par une reconstitution du Festival de 1939. Au delà de la commémoration et de l’hommage du à son fondateur, cette “uchronie”, notamment en retrouvant, espérons-le, la plupart des films sélectionnés pour cette première édition, devrait se révéler une passionnante leçon sur la place du cinéma dans l’histoire.

Antoine de Baecque

Antoine de Baecque et le Comité Jean Zay Cannes 1939

Car le festival de Cannes 1939 a évidemment une place particulière: d’une grande fête de soutien à l’industrie du cinéma, on était passé sous la pression des initiatives des gouvernements fascistes notamment à la Mostra de Venise de 1938, à une initiative regroupant des films venus des pays qui s’allieront pour combattre ces dictatures. A coté du cinéma américain avec des perles comme le Magicien d’Oz ou M. Smith au sénat, on trouve des films soviétiques comme Lénine en 1918 ou le prémonitoire Si demain c’est la guerre, la sélection française comportait la Loi du Nord avec Michèle Morgan ou la Charrette fantôme, film fantastique de Julien Duvivier avec Louis Jouvet, mais aussi des films à la gloire de l’empire français, tout comme les britanniques avec un film d’Alexandre Korda*.  Cette photographie du cinéma mondial à la veille de la tragédie qui va enflammer le monde, promet d’être riche d’enseignements !

Au delà du Cercle Jean Zay qui a reçu le soutien des collectivités territoriales et du Ministère de la Culture, cette initiative fédère dès à présent de nombreuses institutions, comme l’Université d’Orléans, les Rendez-vous de l’Histoire, le Cinéma des Carmes, les cinémathèques de Paris et de Toulouse, l’institut Lumière, et bien sûr le Festival de Cannes.

Gérard Poitou

Cercle Jean Zay Orléans

*On trouve le détail de la sélection dans le livre d’Olivier Loubes “Cannes 1939, le Festival qui n’a pas eu lieu” ed. Armand Colin

 

 

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