Bourges : la Maison de la culture 2 viendra après les fouilles

Les bulldozers ne reviendront que dans quelques jours. La première couche de terre a été décapée sur le flanc du parking de la place Séraucourt. Les arbres font désormais partis des souvenirs et ont fini en planches, sciure ou même pellet pour chauffage. Dans la froidure hivernale, ou dans les prémices du printemps, les pelleteuses ont laissé la place à la pioche, vite remplacé par les truelles et les balais. Les fouilleurs préventifs sont à pied d’œuvre sur le site de la future maison de la culture. 

Ils sont sept du service Archéologie préventives de l’agglomération Bourges Plus, à avoir investi le site berruyer. Le projet qui a fait couler beaucoup d’encre et même des larmes pour certains va sortir de terre dans les prochains mois. 14.000 personnes ont signé la pétition contre cette nouvelle MCB (Maison de la culture de Bourges), pour la plupart partisans d’une réhabilitation de l’ancien bâtiment historique. Cela n’a pas suffit pour stopper les engins de chantier. Désormais, sans contre-temps, on gratte et on fouille avant de recouvrir…

Tronçonneuses et bulldozers

Un premier diagnostic avait été effectué en 2013, au tout début du projet, et de-ci, de-là des tranchées avaient été creusées, de manière aléatoire et en fonction des arbres présents sur le site. On était certes loin des 10 % d’échantillonnage nécessaire pour ce type de diagnostic mais c’était alors suffisant pour présenter un premier rapport. Après étude dans les services spécialisés et à la demande du préfet de région, la nécessité de réaliser une fouille préventive était actée. Cependant, il aura fallu attendre que les arbres laissent place libre pour ces travaux. Si les anti projet de la Maison de la Culture II ne pouvaient être comparés à des zadistes intégristes, leurs actions ont retardé l’opération abattage. En Octobre dernier, sous l’œil d’effectifs de police et de gendarmerie beaucoup plus important que nécessaire, les hommes du bois ont joué de la tronçonneuse. Dès Novembre, les engins de terrassement ont pris possession du terre-plein du parking de la place Séraucourt, futur zone de construction.

Prescrite par l’État, la première tranche de fouilles se devait de se dérouler en fin d’année. Quant à la seconde, et dernière, elle doit impérativement être terminée avant l’ouverture du Printemps de Bourges, le 18 avril. Quelque soit le temps, a fleur de terre, on s’active pour libérer le terrain en heure et en temps.

Double décapage avant de recouvrir le site

« Proches du cœur historique de la ville, les pentes de Séraucourt se sont urbanisées progressivement à la fin de la période gauloise avant de devenir un quartier urbain au cours de la période gallo-romaine » assurent les responsables des fouilles actuelles. Et des éléments de bâtiments ont été dégagés. Un puits, une rue inconnue jusque là, en direction des rives de l’Arnon, des fragments de céramique,  aussi. Autant d’éléments qui confirment les sondages préalables. Rien d’illogique mais rien de spécifique, hormis peut-être une carrière, connue dans les textes, mais qui implique que l’on se situe sur les derniers sites d’habitations de la ville de l’époque.

Tout va être enregistré, répertorié. «  Une création d’archives de croquis, de photos, de relevés qui seront étudiés en post-fouilles ». Dans le même temps de « petites fenêtres, ouvertures à l’intérieur de la stratification serviront à caractériser, dater les différentes structures ». Cela va aussi servir à appréhender le niveau du sol suivant pour de nouvelles recherches. Les pelleteuses viendront décaper la zone et, de nouveau, les fouilleurs procéderont à coups de pioche parfois, au maniement de la truelle souvent, pour dégager d’autres éléments de bâtiment, de trous, de fossés, etc. Pour les sept archéologues sur place c’est probablement dans cette nouvelle strate que devrait se situer le plus de choses intéressantes.

Squelette façon Richard III

Et après… tout sera recouvert ! Ces fouilles préventives sont là pour identifier un territoire mais non pour le préserver. « A l’issue de la fouille, le chantier sera refermé pour laisser place à la construction de la Maison de la Culture », a-t-il été précisé, dès le départ, sur les documents officiels.

Alors qu’architectes, maîtres d’œuvre, maçons et autres artisans auront investis les lieux, l’équipe de fouilleurs-gratteurs dressera un rapport qui doit permettre de replacer le site dans son contexte historique, culturel et géographique. « Cela va préciser les contextes des découvertes anciennes, de renseigner l’évolution de ce quartier de Bourges, sur le long terme, et combler les lacunes documentaires liées aux destructions modernes » expliquent Mélanie Fondrillon et Sophie Houlbrecque, l’une est médiéviste et l’autre plus portée sur l’époque gallo-romaine.

Malgré leur bonne volonté à creuser et chercher l’objet rare, il est peu probable que l’on trouve un squelette façon Richard III comme cela s’est produit à Leicester (Grande-Bretagne). L’histoire connue, la géographie et la typographie du lieu ne laisse que peu d’espoir en ce sens. Les trouvailles potentielles ne perturberont certainement pas le calendrier de construction de la future maison de la culture.

Bourges devrait réduire sa participation financière

Porteur du projet, le maire de Bourges, Pascal Blanc a, au moins pour un temps, évacué l’un de ses problèmes locaux qui lui empoisonnait l’existence … la part de financement jugée trop importante qui revenait à la ville. Le projet tourne autour des 30 millions d’euros dont, dans un premier temps, environ un tiers était à la charge de la ville de Bourges. La région est elle aussi l’un des partenaires financier à hauteur de 6 millions, à un niveau identique à l’État qui a doublé sa participation initiale. Le département abonde lui aussi pour moins de 10 % soit 2,7 millions. « Sur le coût de la nouvelle MCB, grâce aux partenariats et au mécénat, il devrait rester environ 8 millions d’euros pour Bourges. Si nous tenons nos objectifs financiers, il ne devrait pas y avoir de soucis », déclarait l’élu berruyer à nos confrères du Berry Républicain, en début d’année !

De fait la première pierre devrait être posée en 2018 pour une ouverture de la MCB II en 2020. « Au printemps » a déclaré Olivier Atlan, directeur de la maison de la culture de Bourges en décembre dernier.

Fabrice Simoès.

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