“L’éternité par les astres”, aux Tanneries à Amilly

« Seul le chapitre des bifurcations reste ouvert sur l’espérance. N’oublions pas que tout ce qu’on aurait pu être ici-bas, on l’est quelque part ailleurs »
Auguste Blanqui

Première commissaire invitée dans le cadre du projet de plateforme de création porté par les Tanneries, Léa Bismuth présente les œuvres de 10 artistes nés entre 1973 et 1986 et celle de Guy Debord (1931-1994).

Louise Hervé et Chloé Maillet
Spectacles sans objet, 2016
diapositives argentiques, film
super 8 et vidéo sur HD
Courtesy galerie Marcelle
Alix, Paris

Sensible à la proximité du ciel visible de la verrière du centre d’art, elle concrétise un projet d’exposition intitulé L’Éternité par les astres, librement adapté de la pensée d’Auguste Blanqui (1805-1881). L’architecture contrastée de l’étage lui inspire également un principe scénographique scandé par le jour et la nuit, la lumière et l’obscurité se distribuant de façon toute différente dans la verrière et la Galerie haute.

Le titre de l’exposition est emprunté à l’ouvrage d’astronomie que ce théoricien de la Commune de Paris écrivit en prison, un lieu qu’il connaît bien pour, de détention en détention, y avoir passé plus de trente années de sa vie. Le ciel étoilé qu’il peut entrevoir de sa lucarne lui inspire une méditation sur le caractère mécanique des lois qui régissent l’univers et nos destinées humaines, mais également sur leur combinaison infinie. Dans cet écrit, ce révolté par les injustices sociales qui divisent la société française du 19e siècle partage l’intime conviction qu’il devient nécessaire de raccorder « le monde tel qu’il est et le monde tel qu’il pourrait être appelé à devenir »1.

Marie-Luce Nadal
Faire pleurer les nuages, 2015
performance filmée
Crédit photo : Marie-Luce
Nadal

L’âpreté du combat social ne doit pas faire oublier l’utopie d’un bien commun inaliénable.
Ce manifeste conduit à son tour Léa Bismuth à sonder les utopies qui travaillent une création artistique en quête de déploiement d’un sens. Les artistes qu’elle invite s’émancipent à leur façon d’une vision fataliste et généraliste du monde en lui opposant des lectures singulières, fines et intensives, attentives et ouvertes. En privilégiant les médias de capture et de restitution du réel que sont la photographie et l’enregistrement sonore ou vidéo, Léa Bismuth sollicite des artistes qui sondent, fouillent et révèlent la matière du monde. Leur démarche est motivée par un affranchissement des perceptions imposées, un désir de partage des expériences et des savoirs.À l’image de l’écrit de Blanqui, leur œuvre peut être interprétée comme « une réponse physique, une aspiration à autre chose, à d’autres possibles »2.

1 Philippe Hurteau, « Auguste Blanqui : morale et inachèvement ».
2 Léa Bismuth, note d’intention de l’exposition,

Extrait de la note d’intention

Nous sommes en 2017. 146 années nous séparent de 1871, date à laquelle Auguste Blanqui (1805-1881) écrivit L’Éternité par les astres, au Fort du Taureau, dans la baie de Morlaix, où il était enfermé « dans la solitude d’une prison entourée par les eaux qu’il ne lui est pas même permis de voir »1. Blanqui, cet « insurgé permanent », passa plus de trente années de sa vie en prison, pour le tumulte de son action et de ses écrits politiques (qualifiés de révolutionnaires, ils le sont, dans la seule mesure où ils sont un appel au soulèvement du peuple à qui il serait encore
permis de désirer quelque chose). Il fut notamment l’un des théoriciens de la Commune de Paris, insurrection à laquelle, encore emprisonné et mis à l’écart, il ne participa pas.
Alors, en 1871, que fait-il ? Il décrit la carte du ciel et esquisse une cosmogonie. Il s’empare de l’ouverture qui est encore à sa mesure d’être humain, infiniment petit, face à l’immensité de l’univers, et qu’il peut apercevoir derrière la lucarne de son cachot.
Et qu’écrit-il ? En un texte qui prend l’apparence d’un traité scientifique : un hymne à la nature changeante, au bouleversement des systèmes stellaires, à l’astronomie nouvelle, à la cosmicité des possibles, à l’éternité des mouvements nécessaires. […]

Léa Bismuth

 

L’ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES
GALERIE HAUTE
Exposition du 23 avril 2017  au 27 août 2017
Vernissage samedi 22 avril 2017
Un commissariat de Léa Bismuth
Artistes : Juliette Agnel, Charlotte Charbonnel, Guy Debord, Rebecca Digne, Louise Hervé et Chloé Maillet, Marie-Luce Nadal, Mel O’Callaghan, Edouard Wolton, Jérôme Zonder

Les Tanneries
Centre d’art contemporain 234 rue des Ponts 45200 Amilly 02.38.85.28.50
contact-tanneries@amilly45.fr
Ouvert du mercredi au dimanche de 14h30 à 18h
Entrée libre

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