A Orléans, Emmanuel Macron décline sa politique d’intégration: “je ne veux plus personne dans les rues”

Le 8 mai 2016, Emmanuel Macron boutait avec Jeanne d’Arc l’Anglais hors d’Orléans. Quatorze mois et une élection présidentielle plus tard, toujours à Orléans, il a tendu jeudi les bras aux réfugiés politiques et “baptisé” à la mode républicaine, 37 nouveaux Français naturalisés dans une ambiance et une bousculade bon enfant, un Président mitraillé derechef par les selfies, dans les salons de la préfecture.

Plutôt que de présenter sa politique d’intégration sur un site de crise comme à Calais où à la frontière italienne, Emmanuel Macron avait choisi Orléans pour illustrer “l’intégration tranquille”. 

En début de matinée, le Président de la République s’était entretenu durant près d’une heure trente avec une famille syrienne et une famille centrafricaine, hébergées à Saint-Jean-de-la-Ruelle. Enfin, au fil d’un discours d’une demi-heure, Emmanuel Macron a tracé les grandes lignes de sa politique en matière d’immigration et d’intégration. 

Un bébé dans les bras

Arrivé vers 9h 30 à Saint-Jean-de-la-Ruelle, Emmanuel Macron, s’est engouffré dans un immeuble de la rue des Essart.. Dans l’escalier, le Président s’est prêté volontiers à des haltes pour faire des selfies avec les habitants de ce centre provisoire d’hébergement  gérée par COALLIA.

Le maire de Saint-Jean-de-la-Ruelle, Christophe Chaillou qui accompagnait Emmanuel Macron avec, Caroline Janvier députée et et Olivier Carré,                                                                                                      président d’Orléans Métropole témoigne:                                                                                               “il s’est longuement                  

Avec Christophe Chaillou, maire et conseiller départemental de Saint-Jean-de-la-Ruelle.

informé de la procédure et des difficultés subies par cette famille, d’une façon très simple et décontractée. Il n’était pas pressé malgré ses services lui rappelaient l’heure”. En l’occurrence le parcours de cette maman de deux grandes filles qui ont fui Alep en Syrie, par la Turquie avant d’être dirigées sur un hospot à Athènes; Avec ses deux grandes filles, elle est hébergée depuis  décembre 2016 dans l’Orléanais. Une autre famille, originaire de Centre Afrique a témoigné devant le Président qui a partagé le café et les gâteaux et tenu un bébé dans ses bras.

“Ce peuple dont l’histoire est unique”

“Vous voici citoyens français, vous allez aussi être dépositaire de cet esprit d’humanisme et de cette générosité…Vous allez faire partie de ce peuple dont l’histoire est unique…”. a lancé Emmanuel Macron aux  naturalisés de la matinée réunis dans les grands salons de la préfecture avec les élus, les services de la préfecture et les porte-drapeaux des associations patriotiques. Et en présence de Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur dont les propos récents sur l’immigration ont fait polémique.

Dans son discours prononcé en fin de matinée, Emmanuel Macron a indiqué, “la France doit jouer pleinement son rôle à l’égard de ceux qui sont en besoin manifeste de protection et qui relèvent du droit d’asile, les persécutés. Ceux qui sont en danger dans les pays d’où ils viennent doivent être accueillis sur notre territoire. Je serait intraitable là-dessus.” Mais le Président a voulu bien faire le distinguo entre réfugiés politiques et économiques.

En revanche pour ceux qui sont des réfugiés économiques “qui nourrissent les passeurs, parfois le terrorisme…Nous devons être rigoureux, intraitables avec ceux qui viennent et qu’on ne peut pas tous accueillir”

Partout des hébergements d’urgence

Le Président lors de son allocution.

“Je ne veux  pas d’une France qui se replie derrière ses frontières”, a t-il dit, mais sur le même ton  que Michel Rocard et sa fameuses phrase sur “la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde”, Emmanuel Macron a indiqué, “il n’y a aucun pays qui peut aujourd’hui accueillir l’ensemble des migrants économiques”. Evoquant le million de personnes réfugiées qui “attendent aujourd’hui en Libye dans des camps”, plusieurs milliers sont des réfugiés économique qui ne risquent rien dans leur pays..Pour ceux qui ne remplissent pas les conditions pour obtenir l’asile, nous appliquerons dans d’égales conditions de dignité et de respect de la personne humaine les procédures de retour dans les pays d’origine qui doivent être rendues plus efficaces dans les coopération avec ces pays d’origine.”.

Naturalisée par Emmanuel Macron, cette nouvelle Française lance “vive la France, vive la République”.

Le droit d’asile traité dans les deux mois

Regrettant en France le manque de place d’hébergement il a prévenu, “d’ici à la fin de l’année, je ne veux plus voir personne dans les rues, dans les bois”, et il a ajouté à l’adresse notamment de son ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, qui assistait à la cérémonie, “je veux partout des hébergements d’urgence”, et il a insisté pour que les demandes de droite d’asile commencent “dès les premières minutes, avec la procédure OFPRA, tous les dossiers doivent commencer à être traités dans

Gérard Colomb, le ministre de l’Intérieur était aussi de la fête.

les deux mois”, au total c’est au maximum en six mois que je veux que les dossiers soient traités“, a demandé le Président de la République. Accueil digne et raccourcissement drastique de toutes les procédures: “Les places d’hébergement devront être plus nombreuses, doublées, l’intégration doit être améliorée, il faut à la fois des places supplémentaires en centre provisoire d’hébergement et le doublement progressif des heures d’enseignement du français…Nous avons besoin d’améliorer l’intégration dans la République, et il convient pour ce faire d’encourage les associations , de maintenir les financements”.

Des hotspots en Lybie

Emmanuel macron a encore indiqué qu’il fallait “favoriser partout des financements de logements durables avec des travailleurs sociaux et supprimer toutes les formes de logement précaires, chambre d’hôtel ou autres”.

Avec Nacer Maddah, le préfet de région.

S’agissant de la coopération européenne, le Président de la République a insisté sur la nécessaire collaboration des pays de l’UE en ces termes: “aujourd’hui, le défi de l’Europe, c’est de tout faire pour se protéger et savoir accueillir celles et ceux que nous devons accueillir parce que leur vie est en danger, parce que ce sont des combattants de la liberté”.

Emmanuel Macron a souhaité aussi l’envoi de missions de l’OFPRA (Office Français des Réfugiés et Apatrides) en amont, dans les Hotspots italiens et il s’est aussi dit prêt à en envoyer en Libye, “pour leur éviter de prendre des risques inconsidérés…alors qu’ils ne sont pas tous éligibles à l’asile.”. Dans la matinée à Saint-Jean-de-la-Ruelle il avait déjà annoncé que ” la France va créer des hotspots cet été en Lybie” et au Niger.

A propos de la Libye, il a souligné que la rencontre qu’il a eue avec les deux frères ennemis, Fayez al-Sarraj, le Premier ministre et le militaire Khalifa Haftar mardi à la Celle-Saint-Cloud, comportait aussi ce volet des réfugiés. “Les gens on va aller les chercher. Les autres pays européens sont très réticents, on essaiera de le faire avec l’Europe mais nous la France, on ne fera”. Il faut cependant que les conditions de sécurité soient réunies, aujourd’hui elles ne le sont pas”. Il s’agira de faire  un pré-traitement des demandes “plutôt que de laisser les gens traverser la Méditerranée au risque de leur vie”.

En clôture de cette cérémonie, parfois émouvante, d’une solennité républicaine appuyée,un homme s’approche du micro, un ténor de 21 ans. Yannick Ifunda, originaire de RDC (Congo) et entonne une magnifique marseillaise. Il étudie au Conservatoire d’Orléans et va bientôt entrer à celui de Paris. Cette matinée présidentielle, hymne à la citoyenneté française a bien été chantée sur tous les tons.

Ch.B

Arrivé de Syrie juste avant la guerre

Le réfugié Syrien, Mohamed Tifour qui vient d’être naturalisé.

Parmi les 37 naturalisés qui ont décroché la naturalisation française, leur livret en main, très émue que ce soit le Président en personne qui préside la cérémonie, il y a là cette jeune béninoise, ravie, ses deux enfants et son mari d’origine congolaise (RDC).

Et aussi, Mohamed Tifour qui lui est arrivée en 2010 de Syrie, juste avant la guerre. Avec ses fleurs dans les cheveux, sa petite fille s’impatiente un peu avant la cérémonie mais à la fin elle posera ravie avec Emmanuel Macron. Il a fui Hama au coeur du pays où les combats ont presque cessé mais sa mère y vit encore. Ingénieur en génie civil avec un CDD d’enseignant à Polytech, il raconte cette guerre qui, dit-il, “s’internationalise des deux côtés”. Son épouse vient aussi de déposer sa demande de naturalisation, tous deux veulent s’intégrer du mieux possible, et même participer “à la vie publique et pourquoi pas un jour à la politique”.

17 cérémonies de naturalisation

En 2016, 1 308 dossiers de demandes de naturalisation par décret et par mariage de demandeurs résidant dans le Loiret ont été reçues,. 356 dossiers incomplets ont été renvoyés aux demandeurs. 733 dossiers ont fait l’objet d’un enregistrement. 440 dossiers ont été transmis à la sous-direction de l’accès à la nationalité française.
En 2016, 17 cérémonies d’accueil dans la citoyenneté française ont été organisées, 8 à la préfecture du Loiret, 3 à la sous-préfecture de Pithiviers et 6 à la sous-préfecture de Montargis à l’attention des personnes ayant acquis la nationalité française par mariage ou par décret et résidant dans le département du Loiret.

506 nouveaux Français représentant jusqu’à 26 nationalités différentes ont été conviés à ces cérémonies présidées par un membre du corps préfectoral et auxquelles sont aussi conviés les députés, les sénateurs, les maires des communes de résidence des nouveaux Français, les présidents et porte-drapeaux des sections départementales de la légion d’Honneur, de l’Ordre national du Mérite et des Médaillés militaires. Depuis le début de l’année 2017, 7 cérémonies ont été organisées (3 à la préfecture de Loiret, 2 à la sous-préfecture de Pithiviers et 2 à la sous-préfecture de Montargis), rassemblant 151 personnes.
Au cours de celles-ci, les nouveaux Français ont assisté à la diffusion du film ” devenir français ” qui rappelle les grandes dates, l’organisation et les valeurs de la République Française, au prononcé du
discours d’accueil dans la citoyenneté française par un membre du corps préfectoral, à l’issue duquel est entonné l’Hymne national. Ils ont reçu personnellement le livret d’accueil dans la citoyenneté française qui contient notamment un mot de bienvenue du président de la République, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, des extraits de la constitution de la V° République, l’ampliation du décret de naturalisation et les pièces d’état civil des personnes naturalisées.

 

 

 

Commentaires

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  1. Et pendant ce temps là ,Muriel Pénicaud, la ministre du travail, a réalisé en 2013 une plus-value de 1,13 million d’euros sur ses stock-options en tant que dirigeante de Danone, profitant de la flambée en Bourse qui a suivi l’annonce de 900 suppressions d’emplois du groupe en Europe !
    Moi, je pense qu’ils vont finir par en avoir , du monde dans la rue :-))

    • Bien que je voie mal le rapport entre ces deux sujets, je suis, moi aussi révolté de découvrir, jour après jour, les “exploits” des recrues de la “Macronie”.
      Je pense que je ferai partie, moi aussi, de ceux qui seront dans la rue à la rentrée et pas pour acclamer un Président pour qui je n’aurais voté en aucun cas.

    • J’ai découvert entre-temps que le porte parole du gouvernement, Christophe Castanet, avait déclaré que Muriel Pénicaud n’avait finalement pas fait une bonne affaire puisque “ce matin (28 juillet 2017), le cours en Bourse de Danone était de 20 % supérieur au moment où elle a vendu” !
      La pauvre ! Elle n’a pas assez bien spéculé ! En prenant un peu de risques, elle aurait pu gagner quelque 1.354.841 euros au lieu de “seulement” 1.129.034. Quel gâchis !

      • Vous avez raison, la réponse de Castanet est méprisable et méprisante … et les journalistes laissent dire …

  2. Politique d’intégration : je ne veux plus personne dans les rues ! Alors, Monsieur Macron va loger tout le monde ou il ferme totalement les frontières. Comme il ne pourra faire ni l’un, ni l’autre, concrètement, il se moque de qui ? Si, par bonheur, il devait trouver un abri pour les réfugiés, j’ai l’espoir de croire que les français de métropole et des DOM-TOM seront dignement servis en priorité !

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