La Corée, la Chine et nous

Dans un article présentant le cadeau fait par la ville Yangzhou à la ville d’Orléans pour agrémenter le Festival de Loire sous la forme d’un joli bateau de promenade, ce petit navire en style typiquement chinois était qualifié, non sans humour, de “promène-couillons” (sic). Mais un autre rapprochement dans l’actualité chinoise pourrait donner à ce bon mot une toute autre signification:  le 13 juillet dernier, le jour où la ville de Yangzhou nous expédiait son présent, décédait en prison et dans un grand silence de la presse occidentale, le premier prix Nobel de la Paix chinois Liu Xiaobo.

2010 Crystal Chow demande au gouvernement chinois de libérer les deux dissidents Liu Xiaobo et Tan Zuoren

Liu Xiaobo fut lauréat du Prix Nobel de la Paix en octobre 2010 pour ses « efforts durables et non violents en faveur des droits de l’homme en Chine”. Mais Liu Xiaobo fait partie des quelques prix Nobel de la Paix qui ne purent recevoir leur prix car emprisonné, et les précédents sont peu nombreux comme l’allemand Carl Von Ossietzky en 1936 dénonçant le nazisme, ou Andreï Sakharov en 1975 pour sa défense des droits de l’homme en Union Soviétique. Et cas unique dans l’histoire du prestigieux prix, l’épouse de Liu Xiaobo ne fut même pas autorisée à quitter le territoire chinois par les autorités de Pékin pour recevoir le prix Nobel de son mari.

Militant des droits de l’homme en chine, Liu Xiaobo est né en 1955 et connut les tragédies du Grand Bond en Avant et de la Révolution Culturelle. Sa carrière universitaire le conduisit à l’université Columbia aux Etats Unis qu’il quitta en 1989 pour rentrer en Chine et participer au mouvement démocratique lancé par les étudiants de la place Tian’anmen.

En 2008, Liu Xiaobo est un des auteurs de la La Charte 08, sur le modèle de la Charte 77 rédigée en Tchécoslovaquie en 1977, cette charte a été signée par 303 intellectuels chinois en 2008, et depuis par plus de 10 000 citoyens chinois, elle présente un programme en dix-neuf points, pour réclamer les droits de l’homme, démocratiser le système politique chinois actuel et privatiser les entreprises appartenant à l’État et les terres agricoles.

Liu Xiaobo est officiellement arrêté le 23 juin 2009 sur suspicion d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’état ». Le 25 décembre 2009, il est condamné à 11 ans de prison , il meurt en prison le 13 juillet dernier d’un cancer .
Depuis son emprisonnement, toute information concernant Liu Xiaobo est censurée en République Populaire de Chine.

Lorsqu’il pouvait encore s’exprimer, Liu Xiaobo ne manquait pas de réclamer aux pays occidentaux plus de fermeté dans l’exigence du respect des droits de l’homme en Chine, et il me souvient d’une interview à propos des débuts de la crise nord-coréenne où Liu Xiaobo rappelait que le soutien  de la Chine à cette dictature impitoyable ne devrait pas surprendre les démocraties occidentales, puisque ces deux régimes sont solidaires par leur nature, et que, soutenir la démocratie en Chine était sans doute la voie la plus pacifique pour combattre la menace coréenne.

Alors s’il est sûr que la ville d’Orléans ne s’honorera pas en dédiant une station de tram, par exemple, à l’illustre opposant, pour ne pas faire de peine à “ses amis chinois” comme les qualifie notre maire d’Orléans, ne soyons donc pas trop Tartuffe en subissant l’infâme chantage nucléaire de Kim Jong-un.

GP

Commentaires

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  1. Serait-ce que Mag centre secoue ses plumes de canard?, renaît de ses cendres?ou bien ce billet n’est-il que l’expression d’esprit(s) chagrin(s) maniant l’ironie envers nos biens-aimés dirigés? à suivre…

  2. Tristement banal (!?) de constater que le “business” finit presque toujours par l’emporter sur la morale.
    Détail anecdotique : pres de Marseille, à Carry le Rouet, un petit bateau de promenade pour touristes a aussi été baptisé “traine couillons” !

  3. Je ne connais que la Corée du Sud, l’autre truc, ça va bien disparaître un jour, quand les chinois l’auront décidé. Ou, ça va imploser comme nombres de dictatures !

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