Le procureur d’Orléans et l’affaire Jeanne d’Arc: Twitter sollicité pour identifier les auteurs

A la suite du déferlement de haine raciale qu’a provoqué sur les réseaux “sociaux”, le choix d’une jeune fille métisse, Mathilde Edey Gamassou, pour incarner Jeanne d’Arc en 2018 lors des fêtes orléanaises de mai, le procureur de la République d’Orléans, Nicolas Bessone a décidé il y a une semaine de l’ouverture d’une enquête préliminaire pour incitation et provocation publique à la haine raciale. Il nous explique pourquoi et révèle qu’une demande de coopération a été faite à Twitter par les enquêteurs pour connaître l’identité des auteurs courageusement dissimulés derrière des pseudonymes.

Nicolas Bessone, le procureur de la République d’Orléans a ouvert une enquête préliminaire à l’encontre des auteurs des tweets racistes, contre la jeune fille qui va figurer Jeanne d’Arc en 2018.

 

Magcentre – Pourquoi avoir retenu uniquement ces deux insultes racistes à l’encontre de la Jeanne 2018, alors qu’il en paraît des centaines voire plus, tous les jours sur les réseaux sociaux ?

Nicolas Bessone  J’ai voulu m’impliquer car je suis très attaché à la liberté d’expression, mais il existe également la loi qui pose des limites à cette liberté d’expression. Et là j’estime que la ligne rouge a été dépassée. J’ai trouvé inadmissible les propos dégradants à l’encontre de cette jeune fille qui a été choisie pour incarner Jeanne d’Arc. J’ai fait preuve je l’espère d’un grand discernement et j’ai retenu les deux tweets les plus racistes et les plus dégradants. Il faut préciser que pour un certain nombre d’autres qui relevaient d’un humour nauséabond et de très mauvais goût, j’ai eu quelques hésitations. Mais contre ceux qui comparaient cette jeune fille à un animal, un singe -c’est un grand classique des raciste vis-à-vis de la communauté noire- j’ai décidé spontanément d’engager des poursuites

-Pourquoi poursuivre cette fois des insultes envers cette jeune fille et pas à chaque fois que des insultes de ce type ou des propos hors la loi française sont proférées sur les réseaux sociaux ou sur des sites internet ? Pour faire un exemple ?

– Des collègues du parquet ont constaté sur la toile un certain nombre de  comportements inadmissibles, qui m’ont paru relever de la loi. La loi sur la presse impose en général une plainte de la victime. Compte tenu de ce que m’ont rapporté mes collègues nous nous sommes livrés à quelques recherches et effectivement il y a une portée symbolique très forte dans cette affaire. C’est en effet une tradition orléanaise que de choisir une  fille particulièrement méritante pour incarner Jeanne d’Arc. Et elle n’aurait pas le droit parce qu’elle est noire? Cela veut dire que même lorsque vos êtes dans une intégration absolue et dans une démarche citoyenne, vous pourriez être discréditée en raison de votre couleur de peau. C’est destructeur pour le pacte social et les propos étant inadmissibles j’ai estimé devoir engager immédiatement une enquête.

– Vous poursuivez, s’ils sont retrouvés, les personnes auteurs de ces propos racistes inadmissibles, mais que faits-vous contre l’hébergeur et l’éditeur -en matière de presse on dirait le directeur de la publication- qui laisse publier de tels propos sur son réseau ou sur sa plate-forme ?

-C’est bien sûr plus compliqué lorsque l’auteur d’infraction potentielle réside à l’étranger. ..Maintenant il existe des dispositifs de coopération internationale, l’important c’est que ce réseau veuille bien coopérer lorsque nous le saisissons à travers une demande d’entraide. Qu’il nous répondent et nous permette d’identifier les auteurs des tweets.

Propos recueillis par Christian Bidault

Commentaires

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  1. “C’est en effet une tradition orléanaise que de choisir une fille particulièrement méritante pour incarner Jeanne d’Arc” dixit M. le procureur, qui a tout à fait raison de lancer et de poursuivre son enquête? Mais n’existe-t-il que de jeunes orléanaises catholiques pour accéder à cet honneur ?

  2. Pourquoi les sites ont-ils la liberté d’accepter que des propos ou commentaires soient publiés sous un pseudo et non sous le nom de son auteur.
    Je note à ce sujet que la “notion” de pseudo semble abandonnée sur le site de Magcentre; bravo! en espérant que ce n’est pas pour cela qu’il semble y avoir moins de commentaires???
    Un peu de courage: Dire ce que l’on fait, faire ce que l’on dit et …écrire ce que l’on dit.

  3. Ce qu’il est nécessaire de faire, c’est de sanctionner chaque site qui a laissé ce genre de propos se répandre, une bonne amende financière …

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