Jeanne d’Arc, le poids des mots, le choc des clichés

Dans la vie d’un homme (femme) politique d’importance, il est une étape obligée: le grand oral johannique. Après le bac, Sciences Po et l’ENA, il est de bon goût de décrocher absolument cet examen qui se passe généralement plein soleil, devant une cathédrale et des milliers d’yeux d’Orléanais avides de connaître de quelle façon le Président (des fêtes), va se dépatouiller de l’exercice.

Edouard Phillippe. (c) Marie-Line Bonneau

Autres examinateurs implacables, les confrères avisés des grandes titres nationaux qui ont l’impérieuse mission de débusquer (dans le nouveau monde, on dit “décrypter”) quelles allusions et références se cachent derrière l’hommage à Jeanne. Tordre les mots johanniques pour en tirer un jus politique, tel est l’objectif. En prime si l’on peut dire, il y avait urgence médiatique à savoir comment serait accueillie la jeune Mathilde à qui la “vox populiste” et identitaire, avait reproché ses origines. Sur ce plan il n’y a pas eu discussion, Mathilde Edey Gamassou a fait un tabac mérité chez le bon peuple orléanais massé dans son passage, et elle a tenu son rôle à merveille.

Et le “dauphin”, le deuxième de cordée Edouard Philippe, comment allait-il s’en sortir de son laïus johannique? En mai 2016, Emmanuel Macron esquissait sa candidature à l’Elysée. Alors quelle meilleure occasion que ce discours en hommage à Jeanne d’Arc pour s’identifier alors, lui le candidat supposé, à celle qui fend l’armure et rassemble… en même temps.

Emmanuel Macron en 2016 à Orléans.

“Elle sait qu’elle n’est pas née pour vivre mais pour tenter l’impossible. Jeanne fend le système . Porte la volonté de progrès et de justice de tout un pays. Elle était un rêve fou elle s’impose comme une évidence…à certains moments de l’histoire il faut savoir rassembler les énergies. Autour d’un même projets des mêmes valeurs. Nous savons tous ici pourquoi nous aimons la France. Espoir de triompher du cynisme de ceux qui font tout pour maintenir l’ordre établi….  Jeanne d’arc contribue à forger un projet, ouvert et universel.”, avait déclamé Emmanuel Macron.

Sous la cuirasse le saint laïc

Récemment sur France 3, dans un documentaire anniversaire télévisé sur l’élection d’Emmanuel Macron, un intervenant a comparé le Président de la République à De Gaulle et à Giscard. De Gaulle qui rappelons-le, était régulièrement brocardé par les journaux satiriques pour entendre des voix, comme Jeanne d’Arc. 

En réalité, un papier du Monde de mardi vient de nous le révéler: dans son discours Edouard Philippe aurait, derrière son hommage johannique, dressé de facto mardi le portrait de son supérieur, d’Emmanuel Macron. “Le chef du gouvernement a filé la comparaison à plusieurs occasions”,  écrit cet envoyé spécial à Orléans qui ne résiste à aucun cliché.

Révélation donc: Emmanuel Macron serait non seulement de Gaulle et Giscard (sans oublier Jupiter), mais aussi Jeanne d’Arc!  Il est vrai qu’en 2016, Emmanuel Macron avait été baptisé “le puceau de la République”! Sous la cuirasse médiévale le saint laïc d’aujourd’hui. Comme si Edouard Philippe avait besoin de sauter sur l’occasion qui consiste à commémorer une héroïne nationale, pour cirer les pompes du patron… 

Mais après tout, afin que chacun se fasse son opinion, Magcentre vous offre dans son intégralité le discours johannique du Premier ministre. 

Ch.B

 

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Commentaires

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  1. Ce n’est pas un discours qui restera dans l’histoire. N’est pas Malraux qui veut. J’en retirerai surtout l’hommage rendue à Mathilde, dont les “réseaux sociaux” mais aussi et surtout la presse ont souligné avec malveillance les origines “métissées”, alors qu’elle s’inscrit dans la continuité des jeunes filles qui l’ont précédée et qu’elle remplissait toutes les conditions exigées par les organisateurs. Elle a largement mérité les applaudissements, sa modestie dût-elle en souffrir.

  2. Le Premier Ministre n’a effectivement pas besoin de “sauter sur l’occasion qui consiste à commémorer une héroïne nationale” puisqu’en 1920 le deuxième dimanche de mai a été voté par le parlement d’alors qu’à cette date sera commémorée la “pucelle” sous le nom de “fête de Jeanne d’Arc” alias “fête des patriotes”. Mais qui se souvient de cette fête nationale ? Apparemment pas notre Premier Ministre, non plus que nos maires pas plus relancés par les Préfets.

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