Daniel Caspar, fol opéra et ballet de couleurs à Orléans

Avec une infinie délicatesse de signes,  le gracieux et vigoureux peintre Daniel Caspar, saisissant,  étonnant et convaincant, met  exergue de sa magnifique exposition qui vient de s’ouvrir à la collégiale Saint-Pierre-le-Puellier d’Orléans, les jolies phrases de Michel Enricci: “La peinture échappe à ses meilleurs amants,  et en imaginer la maîtrise  est la tentation d’une autre époque. Daniel Caspar souffre de cela. Du désir, du plaisir de sociabiliser une expérience intime et d’en faire une leçon à l’usage des vivants. C’est son son utopie.” 

Mais ce sont aussi d’autres propos , ceux de Colas Riste qu’a tenu a mettre  en hommage reconnaissant le pudique Daniel: “Est-ce moi qui rêve ou la peinture ? Moi sans doute, mais il me semble que j’accouche ce qu’elle veut dire, et que je suis sa bouche”.

A n’en pas douter, voici de beaux propos, de belles paroles  qui s’élèvent  devant l’impression que procure l’éloquent silencieux et mouvant œuvre peint de Daniel Caspar, peintre qui vit et travaille à La Ferté- Saint-Aubin, dans le Loiret.

Merveilleux accrochage

Lorsque l’on pénètre dans la collégiale , voici dans le flanc gauche,  un rythme d’huiles sur toile de lin qui fait part de “grands gestes désemparés”, de ” jour froid et de dangereux solaires’, autant d’œuvres qui sont le fruit d’un artiste qui, juste un instant, tente  d’apercevoir “le rire du soleil”. 

De toiles en toiles en toiles, on ne peut qu’être ému.  Voici encore des lignes élancées, ce chant de blé qui fait penser à Monet, ces palettes fulgurantes sans repentir, ces plans perdus, et ces mouvements de danse d’un ensemble accompli. 

En vérité, Daniel Caspar, peintre et luthiste, propose ici un élégant ballet accompli , à force de huile, de papier, d’encre de graphite, de pastel  et de mille autres merveilles concourant à un bel  et ombrageux opéra de formes et de couleurs . 

Avec Daniel Caspar,  grand artiste invitant à la contemplation,  voici des rosaces immaculées , des petits cieux perdus qui tombent du monde sensible.  Tout ce travail est d’une hauteur et d’une exigence  splendide d’intimité. 

De fait,  tout est  ici beau comme un fruit qui roule et que nous tend,  sous nos yeux  émerveillés , à tenter de percer,  la saveur évidente .

 Cette exposition de Daniel Caspar est un beau jardin surprenant et questionnant. Dans une grande exposition, une belle personne, un grand artiste, des plus rares, offre sans repentir, avec pudeur, une attentive précaution, un grand savoir souriant  qui n’a de souci que de nous toucher. Comme l’un de ses battements de cœur.  Ceux d’un très important artiste de l’art contemporain.

Jean-Dominique Burtin

Collégiale Saint-Pierre-Le Puellier, Orléans,
Du 14 septembre au 7 octobre 2018. 
Du mardi au dimanche, de 14 heures à 18 heures. 

Rencontre avec Daniel Caspar

Pourquoi cette nouvelle exposition à Orléans ?

Daniel Caspar: Ma dernière exposition à Orléans date de 1994 mais évidemment entre temps j’ai continué de peindre et deux personnes de la direction de la culture de la ville ont vu mes rideaux ces grands rideaux qui sont exposés iciet que j’avais exposés à Bourges, à Tours ou à Beaugency, les Orléanais vont donc enfin voir de quel bois je me chauffe !

D’où vient ta vocation d’artiste ?

Daniel Caspar: Mon grand- père était peintre, mon père aussi, j’ai donc recueilli un héritage, (Héritage qui fut présenté lors d’une exposition intitulée “De père en fils” à la Ferté Saint Aubin en 2017 NDLR ), j’ai fait des études d’art, j’ai été enseignant pendant une quarantaine d’années et puis j’ai toujours peint, bien qu’assez talentueux en dessin académique, j’ai rompu avec lui relativement tôt, j’ai commencé une recherche à partir des années 72, abstraite, spatiale, j’étais marqué par Cézanne l’espace et la construction et en fait j’ai porté cette ambiguïté entre construction et liberté de mouvement et de geste.
J’ai quitté une tradition familiale, le paysage, l’Alsace, le folklore et je suis venu faire mes études à Paris, j’ai acquis tous les diplômes pour pouvoir prétendre à l’enseignement car finalement la question que je pourrais me poser est: « est-ce que ma peinture enseigne ? », peut-être un certain courage à changer de voie de temps en temps, à avancer , à explorer une aventure .

 

Pourquoi ce tournant vers l’abstraction ?

Daniel Caspar: Je suis allé en Algérie comme coopérant, et c’est tellement beau comme Delacroix y voyait l’antique dans les costumes ,les postures , les paysages, et j’ai photographié et filmé et ça a interrompu la question du dessin, de l’observation, du paysage tellement grandiose, au retour en Alsace, j’ai eu une sorte de moment creux et je suis alors reparti dans l’abstraction.
Mais en fait, pour moi, l’abstraction est un terme qui ne me convient pas, parce qu’en fait on a à faire à une surface, à un espace, et à des éléments liquides, l’encre, le graphisme et tout ça, ça se répand, on est acteur d’une activité matérielle, concrète, c’est pour ça que je ne crois pas trop au terme d’abstraction : on explore à l’encre, on fait des tracés au crayon qui ouvre un espace perspectiviste ou pas, on peut jouer avec la profondeur comme pour Cézanne sur la spatialité du paysage mais sans le paysage, il suffit de construire et très vite la feuille devient un espace ou bien un plat, un plan frontal, tout ça ce sont des voies de recherche que d’autres ont commencé à explorer bien avant moi, Paul Klee et surtout Hans Hartung qui a rencontré Kandinski en 1927, ce sont des phares qui nous conviennent qui nous habitent sans qu’on fasse la même chose évidemment.

On est en plein de la plasticité, pour moi la plasticité, c’est du sensuel, du concret, du tangible .

Nous sommes des aventuriers dans la forme, dans le visuel, pas trop dans le coté littéraire du récit, de l’émotion du sentiment , du pathos, bien sur il y a une expression qui nous soutient, il y a quelque chose qui passe qui n’est pas forcément conscient et ce que je voudrais dire au public c’est qu’il s’arrête à la beauté de la peinture, c’est dire la forme la couleur les oppositions les contrastes, une sorte de duel vivant dans un tableau.

Daniel Caspar (au centre) et les artistes de Couleur Vinaigre

Tu es aussi un artiste citoyen ?

Daniel Caspar: Partout où je suis passé, j’ai travaillé dans le social si je peux dire, déjà à Huisseau sur Mauve dans les années 70, j’ai été président du comité des fêtes tout de suite, après à Jargeau j’ai évidemment travaillé avec le carnaval et sur Orléans je me suis occupé de l’association Action à la Source, et puis on a fondé, en 2000, Couleurs vinaigre qui a trouvé au bout de 18 ans son objectif majeur avec le projet d’animation des vinaigreries en sauvant ce lieu de l’oubli.
Quand on peint on pense tout de suite à celui qui va voir le tableau, c’est immédiat, on a envie de peindre pour échanger, maintenant pour ma vie publique c’est surtout l’enseignement et puis l’associatif, j’ai le sentiment d’y être allé spontanément, parce que l’artiste c’est souvent un utopiste, il rêve à un monde meilleur où la beauté serait dans les choses à éclore entre les hommes, et quand on est dans la peinture on a cette idée de partager ses émotions avec d’autres .

Pour finir revenons sur ton parcours

Daniel Caspar: En fait mon parcours est assez simple: au début quand on dessine on dessine au milieu de la feuille de papier ou de la toile si on est centré et ma conquête c’est d’élargir ce champ pictural et dans les grands formats, c’est l’ampleur du corps, c’est les bras écartés, c’est un peu l’homme vitruvien de Léonard de Vinci dans l’action de peindre et ça c’est la conquête d’un espace dans ces grands tableaux.

Et pourquoi ces rideaux ?

Daniel Caspar: Au lycée où je travaillais on jetait les rideaux qui étaient abîmés, qui avaient perdu leur couleur , et moi en tant que peintre j’ai toujours été intéressé par la récupération de tissu pour faire des toiles, mais j’ai été frappé par la beauté du travail du soleil ou de la lune on ne sait pas trop qui a décoloré ces rideaux c’est une sorte de “ready made” à la Duchamp mais sur lequel j’interviens épisodiquement, c’est soit un mur soit un espace d’envol, et comme je me suis passionné pour Icare qui s’approche du soleil ou de la connaissance et qui chute, mais la chute n’est pas obligatoire, et avec ces rideaux marqués par le soleil je retrouve le lien avec Icare*, et là je touche un peu à la littérature, car en fait j’aime bien écrire, vous verrez sur les cartels, j’ai mis des textes poétiques.

Propos recueillis par Gérard Poitou

*Cette passion pour Icare qui a marqué une période importante de la peinture de Daniel Caspar, a fait l’objet de l’édition d’un livre « Daniel Caspar, L’Envol d’Icare – Peintures 1984-2012 »

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