Corinne Leveleux-Teixeira (PS): “Serge Grouard surfe sur la vague islamophobe”

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C’était attendu. N’était-ce pas d’ailleurs le but recherché par Serge Grouard (LR)? En tous cas l’adresse aux musulmans que le député du Loiret a posté sur FB suscite quelques approbations (lire nos commentaires) mais aussi beaucoup de réactions hostiles.

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Corinne Leveleux-Teixeira, conseillière municipale (PS) d’Orléans accuse pour sa part Serge Grouard, non seulement de stigmatiser une communauté mais d’avoir, à travers ce qu’elle qualifie de “texte abjecte”, des arrières-pensées électorales. Menacé par le Front national sur la deuxième circonscription, elle le soupçonne de surenchérir sur les amis de Marine Le Pen afin de préserver son siège en 2017.

Le communiqué de Corinne Leveleux-Teixeira

Corinne Leveleux-Teixeraguillemets-anglais-ouvrantAprès avoir joué au roi d’Ancien Régime pour convoquer le bon « peuple de France » à d’improbables Etats Généraux, le député Grouard endosse à présent le rôle du prédicateur pour s’adresser aux « Musulmans de France » et les exhorter à « faire leur révolution intérieure » et donc à se convertir.

A la vérité, le post publié vendredi soir sur facebook, plein d’emphase, de pathos et de condescendance, mériterait d’être traité par le mépris. N’exprime-t-il pas surtout le désir narcissique de son auteur de faire parler de lui ? Ne traduit-il pas aussi les prémisses d’une stratégie électoraliste bien rodée, à un an de législatives que le député Grouard n’entend pas laisser lui échapper ? Après tout, la 2ème circonscription du Loiret est largement ouverte au vote FN…

Pourtant, même bien médiocre, ce billet exhale une haine de l’autre qui ne peut être passée sous silence, surtout lorsqu’elle est relayée par un élu de la République.

Rappelons donc au député Grouard, que les « musulmans » vivent en France depuis beaucoup plus de 50 ans, et que la plupart d’entre eux sont Français, nés en France de parents français. A moins que la qualité de Français ne soit liée à l’exercice d’une confession particulière, l’obstination mortifère à séparer les musulmans du reste de la communauté nationale est non seulement absurde, elle est surtout fondamentalement contraire à notre république laïque (art. 1 de la constitution de 1958).

Au demeurant, c’est ce type de raisonnement à courte vue qui aboutit à une confessionnalisation de la société, à une communautarisation du pays et à des formes d’apartheid par stigmatisation qui nourrissent à leur tour la division, le repli sur soi, et finalement la violence politique.

Interrogeons-nous donc : le député Grouard adressera-t-il prochainement une encyclique comparable aux juifs fondamentalistes ? Entend-il appeler les chrétiens intégristes à la conversion ? Les sommera-t-il avec la même vigueur de « réaliser leur révolution intérieure » ? Les menacera-t-il des mêmes mesures de rétorsion (« Attention, ce peuple tolérant – les Français – est aussi violent et il l’a montré dans son histoire. ») s’ils tardent à obéir à ses objurgations ?

Non, bien sûr. Ce n’est pas la religion en général qui fait problème aux yeux du député Grouard. C’est l’Islam. Seuls les musulmans sont visés. Seuls, ils sont soupçonnés de ne pas être pleinement « français ». Seuls, ils inquiètent et perturbent. Il y a « eux » et il y a « nous ». Mais eux et nous, cela ne fait pas une histoire commune, cela ne fait pas un pays, ni un projet, ni un avenir ensemble. Cela creuse la défiance, la méfiance, le soupçon et finalement la détestation de ce qui pourrait nous troubler dans notre identité.

Notre identité… Mais laquelle ? Celle du bon peuple de France des Etats Généraux ? Celle des Gaulois combattant les Romains ? Celle des Révolutionnaires accordant la nationalité française aux amis de la liberté ? Celle du 11 janvier ?

En surfant ainsi sur la vague islamophobe, le député Grouard entend sans doute sauvegarder son avenir électoral. Mais il perd du même coup la considération des honnêtes gens et le sens de l’honneur qui devrait toujours guider celles et ceux qui ont reçu un mandat du peuple.

Il y a un peu plus d’un an, dans une ambiance de ferveur républicaine et d’unité fraternelle, Serge Grouard entonnait la Marseillaise sur les bancs de l’Assemblée Nationale. Aujourd’hui, dans son texte abject, il renie ce qui fonde le cœur de notre communauté politique et piétine notre devise commune : « liberté, égalité, fraternité ». Mais il est tellement plus facile de détruire que d’essayer de construire, tellement plus confortable de dénigrer que de rassembler.

C’est à cause des dévoiements de ses « élites » qu’un peuple court à sa ruine. En soufflant comme il le fait sur les braises de la haine, S. Grouard prend le risque – comme d’autres avant lui, comme d’autres après lui, sans doute – d’allumer le terrible incendie des violences religieuses et des déchirements sociaux. Pitoyable.

 

Pour sa part le MJS (Mouvement des jeunes socialistes) interpelle ainsi l’ancien maire: 

“M. Grouard, Laissez la France unie En lisant votre lettre nous avons la tristesse d’apprendre que vous avez perdu vos valeurs, les valeurs républicaines. Pire encore, vous vous épandez dans les médias pour attaquer directement une partie de la France en prétendant la représenter mais vous luttez contre elle. Vos idées réactionnaires ne vous éloignent plus des extrêmes dont vous jouez le jeu. La République ce n’est pas la vision identitaire que vous défendez.
Vous opposez religion et nationalité, et vous assimilez islam, immigration et terrorisme. Vous affirmez une fausse image de la France et une République à géométrie variable. Les échecs dont vous parlez sont vos échecs : ceux d’une France qui a peur de ses propres valeurs. Vous ne défendez en rien la laïcité. Vous créez vous-même le clivage que vous critiquez. Vous créez deux catégories de français en opposant les générations, selon la religion et selon les origines.

Ceci n’est pas la République !
Vous ne luttez pas contre les problèmes que vous imputez aux musulmans, vous créez des bouc-émissaires en prétendant défendre la République. Vos propos sont indignes du représentant de tous les Français et de la Nation que vous êtes. Cette mise en scène relève de l’insulte aux valeurs de notre pays. La France est une et indivisible ; quand une partie est attaquée, c’est toute la France qui est touchée. Les maux de la France ont leurs solutions en ce que vous ne voulez plus défendre : la République !
La République c’est le respect des libertés, d’expression et de culte notamment ; c’est l’égalité femmes-hommes, et plus largement l’égalité républicaine ; c’est la laïcité et la solidarité, qui fondent le collectif. La France est cosmopolite, bâtie sur les différences et sur les cultures qui compose notre Nation. Ces valeurs républicaines, vous en faites une variable politicienne d’ajustement. Aujourd’hui vous ne luttez pas contre le communautarisme, vous l’encouragez en divisant les français. La France a, en ce moment plus que jamais, besoin d’unité.”

 

Commentaires

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  1. Mr Grouard
    Vous écrivez : « du point de vue éthique, …, vous devriez avoir plus de devoirs que de droits ». Nous avons tous observé que depuis quelques années le mot « éthique » est très tendance. Il est servi à beaucoup de sauces parfois même un peu rances. Aussi de quoi parlez-vous lorsque vous employez ce terme ? De jugements moraux, de règles de bonnes conduites, de sentiments affectifs, d’opinions générales …
    Puis vous complétez : « Devoir de respect pour les valeurs, les traditions, le mode de vie de ceux qui vous ont accueillis. Devoir d’intégration qui en découle ». Mais qu’est-ce que le respect, si ce n’est le sentiment que l’on porte à quelqu’un avec les égards et la considération dus par exemple à son âge, son rang, son mérite et qui demande donc une part de soumission, d’allégeance, voire de vénération. Par ailleurs, êtes-vous bien certain que le mot « accueillis » soit fondé et constamment justifié ?
    Parlons du « devoir d’intégration ». Pour mémoire, dans un groupe, une équipe, une société, une association : être intégré c’est se fondre dans le groupe, en accepter les valeurs, les règles, participer aux activités collectives et bénéficier de tous les liens existants dans la communauté. Il est donc indispensable pour s’intégrer dans une société et en particulier dans notre collectivité nationale que deux obligations soient remplies : il ne doit pas exister d’isolement, de relégation, d’exclusion, de discrimination d’une part et d’autre part il est nécessaire qu’il y ait un réel et sincère désir d’intégration des deux côtés. Pour autant, peut-on, ou doit-on, refuser les caractéristiques du candidat à l’intégration, qui peuvent être autant d’éléments d’enrichissement et de bonification du groupe ?
    Dans votre lettre vous rappelez que « les Français sont très tolérants ». Ce terme est à mon sens révélateur d’une forme de rejet et peut expliquer certaines régressions communautaristes. En effet, historiquement, tolérer c’était l’action de porter un fardeau (physique ou moral) en souffrant, puis c’est devenu l’action de supporter avec patience, voire indulgence, des maux. Ce n’est donc, en aucun cas, une acceptation chaleureuse et bienveillante, complète et définitive de l’autre, avec ses différences !
    Je suis en accord avec vos écrits quand vous rappelez l’obligation de la séparation de la Religion et de l’Etat comme l’avaient compris puis construit Combes, Pressensé, Jaurès et Briand en 1905. Mais il est faux d’écrire que « le terrorisme est le fait de quelques dégénérés ». Ce serait trop caricatural et simpliste.
    Une des causes du terrorisme, qu’il soit religieux ou d’une autre nature, c’est la domestication des consciences par des dogmes, des théories, des doctrines ou des idéologies, permettant ainsi de dominer la raison et de soumettre les esprits. Ces aliénations des consciences permettent de libérer tous les instincts violents et meurtriers, toutes les pulsions haineuses et sauvages préexistants dans l’être humain.
    Au cours de leurs histoires respectives, la plus part des doctrines religieuses ont été porteuses de ces germes aliénants et destructeurs.
    Seuls l’esprit critique, la laïcité et la culture, peuvent nous sauver…
    Jean Paul Briand

  2. Les excès de langage, d’où qu’ils viennent, occultent un débat de fond que la liberté d’expression devrait permettre…y compris par mag’centre interposé !!

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