L’idéologie “Start-up”

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P1300256Coup de pouce aux jeunes pousses

C’était, ce vendredi, la grand messe d’inauguration du Lab’O d’Orléans, autrement dit l’incubateur de start-ups financé par les collectivités locales pour être dans le coup de la “nouvelle économie”, autrement appelée économie numérique.

Pour une dizaine de millions d’euros de rénovation, le Lab’O va donc offrir quelques milliers de mètres carré à de jeunes entreprises, à ce jour 26 jeunes pousses pour 128 emplois.

A ce tarif, la création brut d’emplois parait d’un cout particulièrement élevé, mais qu’à cela ne tienne, Orléans ne doit pas rater le coche de l’économie numérique qui nous promet des lendemains qui chantent, dans le marasme de l’emploi où se trouve la France actuellement.

Contrairement à une idée qui court les rues, l’essentiel des gains de productivité liés à la révolution informatique est derrière nous: certes il y a encore des domaines à explorer, mais la conception, le pilotage, la fabrication industrielle ont déjà largement intégré ces outils y compris dans le management et la communication. Reste donc l’économie des services dont l’archétype est le e-commerce, mais soyons clairs, le e-business n’est en aucun cas créateur d’emplois, l’exemple d’Amazon est, à cet égard, tout à fait éloquent quant à la destruction des emplois de proximité induit par le déploiement de son activité (voir l’étude des libraires américains dans Magcentre).

Le progrès, oui mais…

Après tout, les gains de productivité, n’est-ce pas un progrès qui finit par profiter à tous ? Oui bien sûr, le siècle industriel en est la preuve historique, à une condition près, c’est bien la lutte sociale et/ou politique qui au fil des conflits et de l’action politique a transformé ces progrès en avancées sociales que sont l’augmentation du niveau de vie, les congés payés, la retraite, mais aussi l’accès à l’éducation et à la formation ou la sécurité sociale. Et c’est sans doute à cet instant précis que l’on découvre la vraie nature des start-ups.
Non, les start-ups ne seront jamais porteuses de création massive d’emplois, non les start-ups ne résorberont pas le chômage de masse. En revanche il existe un discours “start-up”, ce qu’on pourrait même appeler en un terme marxiste revisité, un idéologie “start-up” qui s’exprime avec force anglicismes pour nous proposer du coworking sous forme de barcamp ou en jam session, mais au delà du folklore, c’est évidemment le concept de “travail” qui est rangé au placard des accessoires ringardisés. Plus de chef mais des “sages”, membres d’une “tribu”, tout ça dans un joyeux esprit d’entreprise où le travail devient un plaisir, voire un jeu dont le gain se situe dans une logique hyper-spéculative pour vendre au plus vite un idée élaborée et développée à l’aide d’un financement lui-même issu de fonds spéculatifs.

Le vecteur d’un discours social

Le concept de start-up est ainsi avant tout le vecteur d’un discours social dont le propos est élaboré et promu par une vision économique du monde, par un projet de société totalement dérégulée sous prétexte de mondialisation et de libre entreprise, discours qui lie invariablement le progrès technique à la dérégulation sociale, et que reprennent à l’envie les élus de tous bords sans visiblement en assumer les véritables conséquences.

Car, plus besoin de délocaliser, la dérégulation sociale transforme les salariés en agents économiques individualisés, dont  les auto-entrepreneurs et autres “uberisés”, sont le modèle avec un minimum de droits sociaux qui exclut salaire, congés payés, retraite ou assurance chômage. Et que l’on ne s’y trompe pas, l’extension de cette économie dérégulée et “désocialisée”  mine dès à présent les comptes sociaux de la nation, au même titre que l’évasion fiscale systématique des start-ups devenues grandes tels que sont les entreprises-modèles comme Amazon, Google ou Facebook…

Le véritable enjeu de ce siècle sera sans doute de (re)trouver ce nécessaire équilibre entre progrès social et progrès productif, responsabilité d’une régulation éminemment politique, dont la faillite de ces dernières décennies est sans doute la cause profonde de la montée des populismes partout dans le monde.

Après les bulles financières,  la bulle sociale pourrait elle aussi, dans un avenir pas si lointain, exploser dans une déflagration dévastatrice.

GP

Commentaires

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  1. Cette analyse est très pertinente et judicieusement exprimée. Merci à son auteur.
    Le risque est réel et fort, mais les décideurs ferment les yeux, puisque ce tourbillon technologique, social et financier entretient une illusion de développement économique.

  2. On nous fait croire que le libéralisme c’est l’abolition de toute contrainte et que cette ultra liberté va profiter à tous. Or l’ultra libéralisme produit une crise de confiance qui nuit à l’économie. On ferait bien de soutenir les entreprises pérennes et responsables qui créent réellement des emplois. Des start-ups c’est bien mais quand elles réussissent (deviennent PME) elles sont massacrées par le système. Dérégulation et déresponsabilisation = crise. Oui a une saine concurrence entre des acteurs responsables. Non à la jungle et à l’économie de la chienlit.

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