Plus de femmes, plus d’urbains, division par deux du nombre des cantons avec un binôme mixte à la tête de chacun, élection des conseillers communautaires par tous les électeurs en même temps que les conseillers municipaux…
Ceci c’était avant que le Sénat s’empare du projet de loi réformant l’élection des conseillers généraux et municipaux. Manuel Valls, le ministre de l’intérieur qui porte ce projet au nom du gouvernement ne s’attendait pas à une partie de plaisir à la Haute Assemblée mais certainement pas à l’âpreté avec laquelle l’opposition et une partie de la majorité (communistes et EELV) ont refusé une part essentielle des changements proposés.
Déjà, en début de semaine, un bon millier d’élus ruraux avaient dénoncé par voie de pétition “une mise à mal de la représentation des territoires ruraux. Au delà du tripatouillage électoral destiné à préserver les chances électorales de la gauche, on donne aux urbains les clefs des départements et de l’aménagement du territoire”.
La charge s’est poursuivie au Palais du Luxembourg et,après six heures de vif débat, le gouvernement n’a pas trouvé de majorité sur le scrutin paritaire pour les cantonnales.
La misogynie beauf
“Obsession sexuelle”,”potiches”, “gadget”, d’entrée de jeu les sénateurs de droite ont attaqué. Eric Doligé, sénateur UMP du Loiret a ouvert le bal, “faciliter la mixité, ce n’est pas passer de 13% à 100% d’un coup! Ce sera très difficile à faire”. Le centriste Hervé Maurey, sénateur-maire de Bernay (Eure) lui a emboîté le pas, assurant que “ce scrutin totalement baroque, un gadget, conduirait beaucoup de femmes dans un rôle de potiches”. Bruno Sido, UMP de la Haute-Marne renchérit “Laissons ce binôme juste pour une mandature , ainsi les femmes auront le temps de faire leurs preuves”.

Jacqueline Gourault, sénatrice du Loir-et-Cher.
Piquées au vif, les sénatrices de gauche comme de droite ont répliqué. “C’est inadmissible, scandaleux, accepteriez-vous, messieurs, que de tels propos soient tenus sur vous par les femmes?”, s’est indignée Hélène Lipietz ( EELV Seine-et -Marne). S’en prenant directement à Bruno Sido qui venait de dire à mi-voix “c’est qui cette nana?”, Laurence Rossignol (PS de l’Oise) lui a lancé, “M. Sido vous avez gagné la palme de la misogynie beauf de cette assemblée”. La centriste Jacqueline Gourault (Loir-et-Cher) et les UMP Isabelle Debré (Hauts-de-Seine) et Sophie Primas (Yvelines) se sont insurgées à leur tour contre ces “mots choquants”.
Abstention des Communistes et des Ecolos
Jean-Pierre Sueur (PS Loiret), président de la commission des lois a alors demandé, “en quoi le fait qu’il y ait demain davantage de femmes dans les conseils départementaux serait-il une menace de “mise à mort” des départements?”
Manuel Valls a défendu jusqu’au bout le projet gouvernemental, dans une atmosphère houleuse et survoltée, mais par 164 voix contre 144 l’une des mesures phares du projet de loi électoral a été repoussée. L’UMP et la majorité des centristes ont voté contre. Les écologistes qui souhaitaient l’introduction d’une proportionnelle et les communistes se sont abstenus. Seuls, les socialistes et le Parti radical de gauche ont approuvé.
Camouflet pour le gouvernement
Ce rejet est un sérieux camouflet pour le gouvernement mais aussi pour le Sénat, chambre des collectivités locales. IL reviendra donc à l’Assemblée nationale d’élaborer le nouveau mode de scrutin pour les cantonales nécessaire après la suppression du conseiller territorial voulu par Nicolas Sarkozy. Le nouveau mode de scrutin doit intervenir pour la première fois lors des prochaines cantonales reportées de 2014 à 2015 en même temps que les régionales.
Françoise Cariès