Gauvain Sers : Le Troubadour d’aujourd’hui

Casquette à visière façon les gens de chez nous, guitare en bandoulière, la petite trentaine et une silhouette de baladin, Gauvain Sers arpente la terre des « oubliés, la campagne, des paumés, des trop loin de Paris ». A l’heure où le Rap s’excite dans les banlieues, où l’américanomania s’invite avec insistance dans nos oreilles, où il faut aller vite de peur de n’être pas in, où la trottinette électrique fait la pige à la voiture, où on a tant de mal à converser avec son voisin, ce troubadour nous apporte une parole et une poésie qui nous ramène à nos racines, à ce monde dont nous venons, à cette terre qui a donné du goût, une âme et de l’énergie à la France. A une France moderne qui ne demande qu’à vivre, à être entendue et à contribuer à la richesse nationale pourvu qu’on lui en donne les moyens.

Troubadour, Gauvain Sers l’est à bien des titres. D’abord parce qu’il a passé son enfance à Dun-le-Palestel dans la Creuse donc en pays de langue d’Oc, en Occitanie où dès le onzième siècle sont apparus les trobadors (écriture ancienne du mot troubadour). Qui étaient-ils ces trobadors ? Des poètes et des compositeurs. La tradition a fait d’eux les chantres de l’amour courtois. C’est oublier que leurs chansons participaient activement à la vie sociale, politique et religieuse de la société de leur époque. Ce fut le cas de Bernard de Ventadour au treizième siècle. Quelques siècles plus tard, un de leurs héritiers François Villon tint ce rôle « Frères Humains qui après nous vivez n’ayez contre nous les cœurs endurcis car si pitié de nous pauvres avez Dieu en aura de vous mercie ». Sacrée leçon de vie !

Une tradition qui s’adapte

Longue est la liste des poètes français qui s’inscrivent dans la tradition des troubadours. Qu’on les appelle chansonniers ou chanteurs ils ont fait entendre leur voix tout au long de notre histoire quitte parfois à y perdre la vie. Souvenons-nous du « Déserteur » de Boris Vian qui fut interdit d’antenne. Il y eut aussi Léo Ferré, Jacques Brel, Jean Ferrat, Barbara, Moustaki, Balavoine, Renaud…. Difficile de tous les nommer. Chacun mettait en lumière ou s’opposait aux problèmes du moment.

Gauvain Sers appartient à cette longue lignée. Sa chanson « Les oubliés » est construite comme un tableau. Comme Boris Vian et les autres il met en scène un personnage, campe son décor puis déroule une histoire avec des mots choisis qui percutent et retiennent l’attention. « La philosophie qui transforme le pays en centre commercial », « Ya personne en ville, y a que des banques qui brillent dans la rue principale », tout est dit. Et puis il y a la voix, son timbre qui vient du cœur. Le poète est aussi musicien au service de son texte.

Et comme le troubadour aime bien rencontrer les gens dont il parle, c’est dans la cour de l’école de Ponthoile (Somme) dont l’instituteur lui avait fait part de la fermeture de son école qu’il a chanté devant tous les habitants, quelques 600, fort émus. Cette histoire « d ‘Oubliés » , Gauvain Sers la connaît bien. Il est le fils d’un professeur de mathématiques et d’une pharmacienne dans la Creuse troisième département le moins peuplé de France où la désertification touche de nombreux villages. Alors la guitare en bandoulière le chanteur à la casquette, comme ses ancêtres les troubadours » a pris la route des concerts de l’été.

F.C.

http://gauvainsers.com/

Les oubliés

Devant le portail vert de son école primaire
On l’reconnaît tout d’suite
Toujours la même dégaine avec son pull en laine
On sait qu’il est instit
Il pleure la fermeture à la rentrée future
De ses deux dernières classes
Il paraît qu’le motif c’est le manque d’effectif
Mais on sait bien c’qui s’passe
On est les oubliés
La campagne, les paumés
Les trop loin de Paris
Le cadet d’leurs soucis
À vouloir regrouper les cantons d’à côté en 30 élèves par salle
Cette même philosophie qui transforme le pays en un centre commercial
Ça leur a pas suffit qu’on ait plus d’épicerie
Que les médecins se fassent la malle
Y a plus personne en ville, y a que les banques qui brillent dans la rue principale
On est les oubliés
La campagne, les paumés
Les trop loin de Paris
Le cadet

Commentaires

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  1. En juillet 2017, j’ai rencontré et échangé avec Gauvain Sers à Antraigues sur Volane, là ou repose Jean Ferrat. Il n’était pas encore très connu et pourtant ses premières chansons m’ont particulièrement touché. Mon petit-fils l’admire et me rappelle mon adolescence quand j’écoutais et admirais Jean Ferrat. Longue carrière à ce Monsieur.

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