L’Orchestre d’Orléans et Kantorow sacrent L’Oiseau de feu

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Les Nuits d’été avec Vanessa Le Charles, soprano

L’œuvre de Stravinsky a été donnée de vendredi à dimanche,  au Théâtre d’Orléans, pour 2.500 mélomanes. Le violoniste  Guillaume Dettmar  a séduit dans Berlioz et Saint-Saëns. La  soprano Vanessa Le Charles a donné

 Les nuits d’été.

 Trois jours durant, de vendredi à dimanche, l’Orchestre d’Orléans placé sous la direction de Jean-Jacques Kantorow donne L’Oiseau de feu, suite de ballet pour orchestre de Stravinsky. Voici une œuvre étincelante cousue de fulgurants soli, une œuvre chorale rythmique étourdissante emplie d’éblouissements et d’apaisements. Voici un défi musical étourdissant qui captive et émeut. Au fil d’une interprétation sans cesse sur le fil rouge de l’incandescence on ne peut que saluer, entre autres, l’âme sereine du hautbois, la volubilité des flûtes, un solo de basson, celui fulgurant d’un violon, l’amplitude d’un cor ou l’électricité solaire des trompettes.

Voici encore la profondeur comme la suavité aérienne des cordes, la pureté précise et cristalline d’une harpe et d’un piano ou le saisissant éclair des percussions. Magnifique !

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Tourbillon d’âme et technique incisive

Par ailleurs, c’est avec la Danse macabre de Saint-Saëns, poème symphonique pour violon et orchestre que sert le violoniste Guillaume Dettmar, rayonnant interprète d’une oeuvre grinçante que s’ouvre le programme. Ici, l’orchestre attisé par une haute direction, évolue côté flamme, tourbillon d’âme et technique incisive.

Voici donc une intense et séduisante ronde exposée avec panache et célérité en ouverture. Berlioz est ensuite au programme avec une œuvre peu interprétée, Rêverie et Caprice qui invite à retrouver Guillaume Dettmar. Celui qui voit « un signe du ciel » de jouer sous la conduite de Jean-Jacques Kantorow, violoniste de renommée internationale qui fait sensible unanimité, nous offre un jeu d’une humilité inspirée et radieuse toute au service de l’œuvre. Son interprétation est suave, ronde, d’une souplesse chantante et sans cesse sur le fil. Saluée tant par l’orchestre que par la salle, cette Rêverie lapidaire est d’une puissance lumineuse. Ici la mélancolie coule de source avec un torrent de délicatesse. C’est un joli coup d’archet, un doux trait de lumière.

« D’une beauté rare est l’écriture de Berlioz » avance Jean-Jacques Kantorow qui, pour ce concert inscrit dans le cycle « Le Diable et le Bon Dieu », parvient à conjuguer le verbe de Théophile Gautier et « une musique descriptive qui peut cependant se suffire à elle-même .» Celui qui a salué le jeu de Guillaume Dettmar en soulignant qu’il s’agit avec lui de faire en communion de la musique de chambre, salue aussi la performance de Vanessa Le Charles et sa connaissance de la partie orchestrale. « Elle est à l’orée d’une belle carrière » poursuit le maître.

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L’Orchestre d’Orléans placés sous la direction de Jean-Jacques Kantorow.

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Guillaume Dettmar, violoniste, dans Berlioz et Saint-Saëns.

J’aime écouter ce qui se passe dans l’orchestre

Se libérant totalement, Vanessa Le Charles va du reste ce samedi, droit au cœur du public. Précieuse diction, belle voix, vaste registre servi avec assurance et personnalité sont les raisons du succès. Entre deux concerts orléanais, cette soprano parle volontiers du travail et de l’œuvre : « J’aime écouter ce qui se passe dans l’orchestre qui a progressé de manière phénoménale au fil des répétitions. Ici, je ne me suis pas sentie seule. Ce fut très sympathique. Avec Jean-Jacques Kantorow nous avons pu partager des idées et j’ai apprécié ses conseils. Il mène très bien les choses, d’une manière très calme et positive. Et surtout pas dans la douleur ».

Quelques mots encore sur le temps qui précède le concert : « Il y a quelques années je trouvais mon trac destructeur. Avec le temps, on prend de la distance. On perçoit le public comme quelqu’un qui est là pour recevoir et non pas comme quelqu’un à combattre. On doute moins en somme. »

Un long sanglot que reprend la voix

Derniers propos : « Ce qui m’a poussé à chanter c’ est la sensation physique. En ce qui me concerne je trouve qu’il y a une dépense émotionnelle dans la musique qui fait beaucoup de bien et c’est en chantant Puccini, voyant certaines personnes en pleurs, que j’ai découvert le pouvoir de la voix humaine. Lorsque l’on est en concert, il doit y avoir un lâcher prise que l’on doit trouver. En vérité, je crois que l’on est presque indécent lorsque l’on chante… et que la scène est une bonne excuse pour cela. Aujourd’hui, ce qui m’importe est de trouver le juste milieu entre ce lâcher prise et cette conscience de l’œuvre pour laquelle on sait que l’on a des faiblesses.» Des Nuits d’été, Vanessa Le Charles avoue encore préférer « Sur les lagunes » : « Il y a là un échange merveilleux. L’orchestre est comme un long sanglot que reprend la voix » . Et Vanessa Le Charles d’ajouter que « Le spectre de la rose » est aussi l’une de ses pièces préférées. Moins pour le texte de Théophile Gautier que pour la musique précise-t-elle. « Berlioz a bien choisi » conclue-t-elle sobrement.

«Une force rythmique qui fait la force de l’œuvre »

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Béatrice Hindley, piano, Nathalie Nicolet, harpe.

Le Spectre de la rose ? « Depuis que j’ai écouté ce poème je ne peux cueillir une rose sans y penser » confie Stéphanie Moraly, violon solo de l’Orchestre qui tient à saluer « la chaleur » mais aussi « le sombre » de la voix de Vanessa Le Charles. Pour cette violoniste, « Sur les lagunes » est certes une représentation marine mais avant tout l’évocation subtile et douloureuse de l’intime lors de tout départ. A propos de L’oiseau de feu : « C’est la force rythmique qui fait la force de l’œuvre. C’est un morceau charmeur et impitoyable ». Quant à la relation avec Guillaume Dettmar ? « Nous sommes à son service. A nous de lui faire un coussin le plus confortable possible. Il faut qu’il nous oublie. Qu’il soit rêveur et capricieux. Comme le veut la partition».

Quant à la direction de Jean-Jacques Kantorow, qui, en quelques secondes, à peine arrivé sur scène, saisit l’orchestre pour L’Oiseau de feu, de Stravinsky: « Il arrive avec une idée très forte, nous donne l’illusion de pouvoir nous installer et nous empêche de nous installer. Il impose un tempo frénétique judicieux pour cette œuvre. On a ainsi trouvé, plus vite et plus tôt, l’âme de l’œuvre. Cette manière d’attaquer peut surprendre mais l’avantage est que cela maintient dans une situation d’alerte et concentration. C’est comme si le silence avant l’œuvre appartenait déjà à l’œuvre ».

Publié le 18 février 2013

 

Jean-Dominique Burtin.

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