Monténégro, un air de Balkan authentique

Entre tourisme de luxe et nature sauvage, le Monténégro est un petit pays à découvrir sans tarder, de préférence hors saison.   

Par Bénédicte de Valicourt

Indépendance : sa proclamation en juin 2006 a offert à la « Montagne noire » une dimension touristique inédite.  Ses dirigeants promettent alors de faire de ce petit pays des Balkans, pas plus grand que deux départements français, le spot touristique de la région. Opération réussie, si l’on en juge par les 1,5 millions de touristes qui se sont pressés dans le pays l’an dernier et les plages archi bondées l’été.

Kotor @BDV

Même les sublimes gorges de Kotor, jadis saluées par le poète Lord Byron comme la “plus belle fusion de la terre et de la mer », en sont victimes, sans parler des investisseurs qui y construisent des stations balnéaires de luxe. L’Unesco a d’ailleurs rappelé à l’ordre les autorités du pays en 2017, en menaçant de retirer son inscription au patrimoine mondial à la belle ville de Kotor. Une alerte pas suivi d’effet  et un enjeu de taille pour le Monténégro où il reste des paysages vierges époustouflants, notamment sur les hauts reliefs, plus de 50 sommets à plus de 2000 mètres d’altitude dans le seul parc national du Durmitor. Ils  se parent d’immenses forêts, de gorges profondes et de splendides lacs de montagne. On pourra aussi se laisser facilement séduire par les quelques 300 kilomètres de côtes qui longent l’Adriatique, qui conservent un patrimoine exceptionnel, malgré la « budvanisation »,  -l’urbanisation et l’exploitation forcenée souvent peu esthétique du bord de mer que l’on doit principalement aux promoteurs immobiliers, majoritairement russes, dont Budva, la principale destination touristique du pays, a été victime la première.

Jour 1

Lac biogradsko ©bdv

Direction Kolasin, à 73 kilomètres de  Podgorica, la capitale, où vit la moitié de la population. Complètement rasée le 5 mai 44 par les alliés, la ville est sans intérêt particulier si ce n’est ces blocs résidentiels de l’ère yougoslave qui rappellent la longue parenthèse socialiste. Kolasin, que l’on atteint en suivant une route qui tourne et vire le long des gorges de la Morača est un bon point de départ pour le parc national de Biogradska Góra, l’un des 5 du pays et pour la station de ski de Jezerine. Au passage, de l’autre côté du ravin, on aperçoit le camp des chinois qui construisent l’autoroute qui reliera la frontière serbe, en enjambant les précipices, en 20 minutes au lieu des 1H30 actuellement nécessaires. Après tant de beautés l’arrivée à Kolasin est décevante. La ville, fondée au XVIe siècle, n’a conservé aucun vestige de son passé. On y sent pourtant au détour des rues bordées de maisons banales, comme un parfum de Monténégro authentique. Il est de bon ton d’y faire une pause à l’hôtel pyramidal Bianca construit sous Tito dans un style très moderniste et parfaitement restauré, l’un des deux hôtels  de la ville. A 30 minutes de là, c’est l’entrée du parc national de Biogradska, le plus petit du pays et une merveille de nature intacte. Créé en 1952, il abrite l’une des dernières forêts primaires d’Europe, dont les derniers ormes d’Europe et c’est le point de départ idéal pour de nombreuses randonnées.  On pourra aussi bientôt y rendre visite aux ours nourris par le parc.

Jour 2 Parc national du Durmitor et gorges de la Tara

Le pont de Djurdjevica sur la Tara @BDV

Départ pour le parc national du Durmitor, classé depuis 1980 au Patrimoine mondial de l’Unesco.

La rivière Tara @BDV

Au passage on longe la Tara, dont les gorges inscrites comme réserve de biosphère par l’Unesco, sont à certains endroits si profondes (jusqu’à 1300 mètres) que l’on considère que c’est le second plus grand canyon du monde après le Colorado. Le must, pour qui certains se damneraient, c’est de descendre la Tara en canoë ou en rafting, unique façon de découvrir certaines boucles  très étroites. Au passage, on admire aussi le pont de Djurdjevica Tara, à 23 kilomètres de Zabljak. Construit à la fin des années 30, il franchit la rivière à 144 mètres de hauteur. C’est devenu l’un des points de départ pour la Tara, avec son lot de boutiques de souvenirs, de guichets pour le rafting et d’autocars. Inutile donc de s’y attarder mieux vaut se diriger vers l’entrée du parc du Durmitor, que l’on atteint après avoir traversé un vaste plateau, à une altitude moyenne de 1500 mètres surmonté de hautes cimes. 

Lac noir dans le parc du Dormitor @BDV

Le parc est un terrain de jeu idéal pour les grands sportifs ou pour les randonneurs moins chevronnés qui pourront se contenter de faire le tour de l’un de ses lacs glaciaires, dont le lac noir, facilement accessible, est aussi l’un des plus spectaculaires avec sa couleur noire due à sa profondeur exceptionnelle (50 mètres) et aux reflets à sa surface des conifères qui l’entourent. On peut aussi y faire une pause au charmant café restaurant qui  le borde en contemplant ses eaux vierges. 

Jour 3 Les bouches de Kotor

Les bouches de Kotor constituées de quatre baies, c’est le plus grand fjord d’Europe méridionale, avec golfes, détroits et cités médiévales marquées par une longue présence vénitienne comme Herceg Novi, Risan, Kotor, joyau du Monténégro et sa principale rivale pendant des siècles, Perast.

Perast @BDV

On peut y prendre un bateau pour voguer jusqu’à Notre Dame des Rochers, de préférence de bon matin, pour éviter la foule et profiter de la baie et de la vue sur Perast et ses nombreux palais. L’intérieur de l’église du 17e siècle, souvent bondée, abrite des peintures remarquables et des ex-voto. Puis retour à Pérast avant de rejoindre Kotor, à 17 kilomètres. Pour la découvrir, le mieux c’est de grimper au sommet de sa forteresse accrochée à la paroi rocheuse, une heure avant le coucher de soleil. De là le panorama qui se mérite –il y a 1350 marches- est sublime.

A ne pas rater non plus Porto Montenegro à Tivat, ancienne villégiature des grandes familles de Kotor, ne serait-ce que pour comprendre ce qui est en train de se passer dans ce petit pays qui cherche, à grands coups d’investissements étrangers, à attirer un tourisme de luxe. Cette station balnéaire pour milliardaires, est en plein essor. En 2006, l’homme d’affaires canadien Peter Munk a eu l’idée de transformer les anciens chantiers navals de l’Arsenal en marina de luxe. Il y a là 450 anneaux pour les super yachts qui bénéficient de carburant hors taxe, un hôtel le Regent, 2 grands blocs dont la suite la plus grande pour 7 personnes peut couter jusqu’à 11 000 euros pour 3 nuits, des boutiques de luxe hors taxe et toutes les activités imaginables : croquet, tir à l’arc, paddel, bowling, squash, tennis et club de sport. Une sorte de Monaco, avec son école internationale, son musée de l’histoire navale et  son sous- marin de 250.mètres. C’est la première station balnéaire de ce genre dans le pays qui  en compte désormais trois, dont Lustica Bay, sur la baie de Traste à 14 kilomètres de Tivat. Elle est en phase 2 de construction sur des terrains loués pour 90 ans par l’Etat qui touche au passage une partie des bénéfices. Sont programmées deux marinas, 6 hôtels de luxe dont l’hôtel Chedi Lustica bay déjà ouvert,  des maisons et des appartements à vendre, un golf, le premier du pays, une école, un hôpital et des commerces.

Lustica Bay @BDV

Jour 4 : direction Stari Bar, au pied du mont Rumija

Stari Bar @BDV

En quittant Budva, qui concentre 40% des nuitées dans le pays -à éviter sauf sa vieille ville- tous les bus s’arrêtent en aplomb de Sveti Stephan, un village carte postale construit sur une presqu’île, si photogénique avec ses airs de petit Dubrovnik, qu’il est quasiment devenu l’emblème du pays. Sauf qu’au milieu des années 50, sous Tito, le village a été vidé de ses habitants et transformé en hôtel de luxe. Après un long intermède pendant la guerre de Yougoslavie il a été repris en 2009 par le groupe Aman Resort. Depuis c’est l’hôtel le plus cher des Balkans, totalement inaccessible au commun des mortels, même pour une visite. La route suit ensuite la côte avec de très beaux à pics sur la mer, avant d’atteindre Bar le plus grand port du Monténégro, en plein développement à en juger par la cathédrale en construction, la nouvelle mosquée, les immenses ronds point et les plantations de citron, kiwis, mandarines et oliviers. Son principal attrait est à 4 kilomètres de la mer, à Stari  Bar, l’ancienne ville du 11e siècle et sa citadelle vénitienne du 16 e siècle. Pour l’atteindre, on passe par une rue ombragée, couverte de bars et de petits hôtels où il fait bon se reposer après la visite de la ville fortifiée, totalement abandonnée lors des bombardements de 1878. Ses 300 bâtiments ont été détruits lors du terrible tremblement de terre de 1979 qui a rayé de la carte de nombreux villages du pays. Ils ont fait l’objet d’une campagne de restauration importante et s’y promener est délicieux. A ne pas rater le palais de l’évêque parfaitement restauré et principal témoignage de l’importance de la ville, siège d’une cathédrale dès la fin du 11e siècle. On redescend ensuite vers la plaine pour rendre visite au plus vieil olivier du pays, très important pour la ville. On en fait religieusement trois fois le tour en faisant un vœu qui sera, c’est promis, exhaussé.

Jour 5 : Ulcinj à la frontière albanaise

Direction Ulcinj, à 25 kilomètres de Bar, une ville à l’ allure très orientale, occupée par les Turcs de 1571 à 1878, et encore majoritairement peuplée d’Albanais et de musulmans. La belle vieille ville, un ancien nid de pirates au 16e siècle, est installée sur un promontoire et fortifiée, comme beaucoup d’autres ports du pays. Ses habitants s’adonnaient au trafic d’esclaves devant la citadelle et l’on peut encore visiter l’enclos où on les emprisonnait et l’ancien hammam, l’un des deux derniers dont la structure est conservé au Monténégro.

Olivier multicentenaire dans le Valdanos @BDV

De là, on rejoint pour déjeuner, la rivière Bojana qui sert de frontière avec l’Albanie. Elle est bordée de kalimeres, des filets articulés accrochés à des maisons sur pilotis,  qui ressemblent étrangement aux carrelets de la Côte Atlantique et permettent d’attraper les poissons d’eau douce qui frayent dans les environs. On peut aussi louer un bateau et rejoindre l’île d’Ada  Bojana, un sanctuaire qui abrite de nombreuses espèces d’oiseaux qui est aussi un paradis pour les nudistes. A Velika plaza, à 4 kilomètres de la ville, se trouve la plus longue plage de sable fin du pays où l’eau est très peu profonde, tandis que la plage de Valdanos à 6 kilomètres au nord-ouest d’Ulcinj est bordée d’oliviers. Ne pas rater non plus les marais salants et leur riche faune ornithologique à Port Milena à l’est de la ville, au point de rencontre entre le canal creusé par Nikola 1er Petrovic-Njegos et la rivière Bojana. Autre attrait de la région : les très belles oliveraies aux arbres multi centenaires du Valdanos – plus de 85 000 oliviers- Les plus anciens datent de l’an 960. Impressionnant.

A faire également

-Parc national de Biogradska Gora : les pressés peuvent se contenter de faire le tour  en une heure du lac Biogradsko. Il est enchâssé au cœur d’une forêt primaire de sapins dont les plus beaux exemplaires ont 5 siècles. www.nparkovi.me 

Lac de Skadar @BDV.

-Une excursion dans le parc national du lac de Skadar, à 10 kilomètres de la capitale, le plus grand lac naturel des Balkans. Il oscille suivant les saisons de 350 à près de 650 kilomètres carrés. Il y a là des pélicans, des hérons gris, des cormorans, des champs entiers de nénuphars, 930 espèces d’algues  et 50 espèces de poissons. On y aperçoit aussi malheureusement pas mal de plastiques. 

Carte d’identité

Le Montenegro c’est :
– Un pays de 13 000 kms 2 et 622 000 habitants, sans Mac Donald -celui-ci ayant fermé faute de clients- et avec beaucoup d’espace montagneux sans âme qui vive. – Deux alphabets : le cyrillique et le latin.
– L’Hôtel Spendid où a été tourné un James bond
– Une seule ligne de chemin de fer jusqu’à Belgrade

La meilleure saison pour s’y rendre : Au printemps ou en automne. Jusqu’à début novembre en principe il n’y pas de pluies.

Carnet de bord

Y aller

– Par Transavia ; vols directs pour Tivat tous les jeudis et dimanches depuis orly en haute saison www.transavia.com.
– Ou Montenegro airlines : 3 vols directs par semaine pour Podgorica. www.montnegroairlines.com

Où dormir et où manger

Hôtel Bianca @BDV

A Kolasin : Hôtel Bianca. www.biancaresort.com. Chambres à partir de 10O euros.

A Ulcinj : Au bord de la Bojana, à 14 kms à l’est de la ville : gastronomie de la mer au Barracuda ou au Misko (Ada Bojana Tél. : 382 69 324 346). A côté possibilité de louer des chalets en bois sur la rivière entre 70 et  200 euros la nuit.
Face à la mer dans la vieille ville, l’hôtel restaurant Pirate, avec vue sur la mer et bonne carte traditionnelle. 

Baie de Kotor à 14 kilomètres de Tivat : Hôtel chedi Lustica Bay, à partir de 200 euros. 

Perast : Vila Perast, chambres à moins de 100 euros dans une ancienne demeure vénitienne entièrement restaurée. www.viilaperast.me

Renseignements : www.montenegro.travel

Commentaires

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  1. Merci pour vos beaux reportages de pays encore à visiter, c’est bien dépaysant pour ceux qui ne voyagent plus..

  2. Reportage remarquable, parfaitement documenté ! J’ai eu la chance d’y aller 2 fois dont une à une époque plus “authentique”…
    Merci !

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