
Tristane Banon a du talent mais elle ne s’en sert pas à bon escient si elle vise une reconnaissance littéraire. Dans son dernier roman, “Le début de la tyrannie”, elle raconte avec des aller retours habiles et parfois des trouvailles d’écriture, les derniers jours d’une mère tyrannique vécus par une fille déboussolée. Mais très vite le lecteur passe d’un ouvrage “généraliste”qui pourrait nourrir sa pensée au huis clos d’un règlement de compte intra-familial à usage personnel. “Alice, (l’héroïne) est en train de devenir un journal intime, une de ces boîtes à mauvaises pensées africaines, ces sculptures vides à l’intérieur desquelles les croyants déversent leur noirceur pour s’en débarrasser”, peut-on lire page 96. On ne saurait la contredire.
Mais est-on un juge impartial? Le problème avec Tristane Banon est que l’on ne l’aborde plus sans avoir en arrière pensée l’affaire DSK. Tentative de viol ou baisers intempestifs et une mère qui conseille le silence parce que l’homme est en vue et qu’elle est politiquement liée avec lui et ses proches.
Douleur et traumatisme c’est indéniable. Mais pour se sortir de ces horreurs Tristane Banon, enfant du siècle qui met tout sur la table par média et réseaux sociaux interposés, qui passe de l’écran au livre pour étaler son intimité et s’attirer de la compassion, a choisi de les rendre people. Etait-ce la bonne voie? Il faut espérer que dans son prochain opus, Tristane Banon aura stabilisé sa vie et élargi le centre de ses intérêts.
Françoise Cariès
Le début de la Tyrannie
(Julliard) 188 pages 18 euros