“George Dandin” à Orléans : transposition plutôt réussie et pari tenu

Pendant les répétitions...

Pendant les répétitions…

Proposée par le Centre Dramatique National d’ Orléans depuis mercredi, la pièce de François Rodinson nous fait évoluer entre cauchemar et réalité. A voir jusqu’au 8 mars au Théâtre d’Orléans.
C’est ce mercredi que le Centre Dramatique National d’Orléans a accueilli la création de François Rodinson, metteur en scène issu de la promotion d’Arthur Nauzyciel et Sthéphane Braunschweig formé au Théâtre national de Chaillot. «George Dandin », ou comme le sous-titre l’indique « Le grand divertissement royal de Versailles », est une comédie-ballet de Molière qui fût destinée aux grandes fêtes de la cour royale.
Symbole et satire sociale
La satire sociale qui transpire de la pièce est curieusement rapportée et installée par un metteur en scène au parti pris audacieux et par des acteurs investis. En effet, François Rodinson transpose la pièce classique dans la société d’aujourd’hui. Là où Molière dénonce et se raille de l’arrogance et de la frivolité de ses personnages, le metteur en scène y voit un plateau de télévision où plaisanteries, dérisions et effronteries sont de rigueur. Les personnages deviennent donc des figures symboles de la société actuelle et passée. On assiste alors à un débat où le désir remonte dans les corps pour mieux s’étouffer dans les gorges serrés. Ici, le commerce culturel avilit et détruit une personne comme être à part entière.

Ferveur et joyeuse désinvolture

Dandin-4« C’est un peu douloureux pour un comédien de n’incarner qu’une figure, mais c’est ça aussi notre travail et on s’y fait »
C’est avec ferveur et joyeuse désinvolture que les acteurs évoluent dans un espace physique et mental fait d’apparence, de pouvoir et de tromperie. Les considérations sociologiques et les échos du monde actuel sont ainsi sensiblement invoqués : mariage forcé, individu annihilé, médias où tout le monde peut s’exprimer et où personne ne dit rien, comme dans « l’émission de télévision culturelle du dimanche »,

Entre cauchemar et réalité.

Malgré certaines longueurs et des moments qui gagneraient à être resserrés, la transposition est plutôt réussie et le pari tenu ! En tant qu’emblême bourgeois, la pièce de Molière, ici décalée, n’a pas perdu de son propos originel. Le texte est audible. Aussi, l’univers que propose François Rodinson et que les comédiens tiennent avec enthousiasme et dynamisme, nous confronte à la dimension tragique et cauchemardesque de l’oeuvre.

Envolées pastorales

Mais le metteur en scène ne s’en tient pas là . Afin de ne pas dénaturer ce qui en fait un opéra ballet, il intègre de belles envolées pastorales et des chansons qui ponctuent la pièce d’états d’âme et apporte une modération mélancolique. C’est ainsi qu’entre percées comiques et pesanteur tragique, sur la frontière singulière de ces limbes imaginaires, entre cauchemar et réalité, nous nous laissons transportés jusqu’à cette éternité d’âme du personnage. Jusqu’à Molière qui n’a plus d’âge…

Ana L.
Prochaines représentation : vendredi 8 mars, 20 h 30, Théâtre d’Orléans. Places : 20 euros (15 euros et 10 euros TR). Réservation : 02.38. 81. 01. 00.

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