Pour les lecteurs de Magcentre, Hélène Jégado, surnommée “Fleur de tonnerre” par sa mère, n’est pas une inconnue. Cette Bretonne figure en bonne place dans le livre “Femmes criminelles de France” de Serge Cosseron (éditions De Borée) que nous avions chroniqué en novembre dernier.Jean Teulé reprend l’histoire hallucinante de cette meurtrière multi-récidiviste pour nous la présenter telle qu’elle a existé dans la Bretagne profonde et superstitieuse du XIXe siècle.
Il n’est pas étonnant que cette servante au poison facile ait retenu l’attention de Jean Teulé. Cet auteur venu de la BD et de la télé, qui vit en couple avec Miou-Miou, a une passion pour les personnages historiques méconnus. On lui doit entre autres “Le Montespan” et “Charly IX”, des tragédies dont il traite la noirceur avec un tel humour qu’il parvient à divertir ses lecteurs sans trahir la vérité historique. Sa mouture 2013 en apporte une fois encore la preuve.
Hélène Jégado tue sans raison apparente des gens qui croisent sa route, qu’elle les aime ou pas, ce qui la conduit à commettre au moins 60 assassinats et fait d’elle la plus grande criminelle de tous les temps. Comme l’Ankou qui dans les légendes bretonnes apporte la mort et la terrorise dans son enfance, elle sème le trépas.Elle se croit investie de cette mission et la mènera consciencieusement jusqu’au bout à un rythme stupéfiant. A huit ans cette tueuse, belle comme un ange, commence sa carrière en empoisonnant sa mère. “C’est comme la naissance d’une vocation”, écrit l’auteur. Commencé à Plouhinec dans le Morbihan, son périple s’achève quarante ans plus tard à Rennes où elle est décapitée sur le Champ de Mars en 1853. Entre temps , elle va de village en village, se faisant engager comme cuisinière à l’excellente réputation. Partout sa succulente soupe aux herbes conduit à la mort.
Envoyée du diable
Jean Teulé n’explique pas les meurtres. Il met l’accent sur les croyances païennes et le catholicisme rudimentaire des paysans incultes de l’époque. Ils insultaient et punissaient les statues des saints qui ne les avaient pas exaucés Autopsier un cadavre relevait du sacrilège. A force d’accumuler les cadavre sur son passage, Hélène Jégado finit par être considérée, suivant les cas , comme une envoyée du Diable ou comme une sainte qui échappe aux épidémies.
L’écriture est truculente parfois un peu trop. On est tenté de sauter quelques pages pour échapper à leur lourdeur. Il y a un système Teulé, un ton, un style qu’il répète de livre en livre, quelque chose de répétitif et en trop. L’histoire et le récit n’en restent pas moins captivants.
Françoise Cariès
“Fleur de Tonnerre”
Jean Teulé (Julliard) 282 pages 20