Cela peut sembler déroutant. Orléans possède l’un des plus éminents centres chorégraphiques nationaux de France, l’un des plus prestigieux et personnels chorégraphes de notre temps en la personne de Josef Nadj, et pourtant le départ à parfum d’hommage rendu à Alain Malissard, président de ce Centre qui depuis 1996 veille à merveille aux destinées de l’institution, tourne court. En effet, ce lundi, nul représentant de l’équipe municipale ne vient saluer le départ officiel de ce professeur émérite de latin et de civilisation romaine à l’Université d’Orléans. Il demeure toutefois aujourd’hui président d’honneur de l’association.
Le patron d’Avignon décline la sollicitation
Étonnant encore: Bernard Faivre d’Arcier, personnalité centrale du monde culturel hexagonale dont nous avions en mars dernier salué sur Magcentre la venue à la présidence du Centre Chorégraphique National décide, ce lundi, de renoncer à cet engagement et à cet honneur. Lapidaires et sobres sont les mots de celui qui fut, entre autres, directeur du festival d’Avignon de 1980 à 1984 et de 1993 à 2003 : « Le ministère de la Culture et la ville se rencontreront. Aujourd’hui, il y a un président d’honneur émérite en la personne d’Alain Malissard ».
« Une grave maladresse qui aboutit à des conséquences regrettables »
Moins de réserve, cependant, côté Alain Malissard : « Aujourd’hui, en conseil administration, monsieur Faivre d’Arcier a constaté que la ville n’était pas là, il s’est senti insulté, et nous a informé qu’il ne prendrait pas la présidence du centre chorégraphique national d’Orléans. C’est un grave incident de parcours. Je pensais que je partirai tranquille en confiant ma charge à Bernard Faivre d’Arcier mais je ne pars pas tranquille. Tout cela, c’est une grosse maladresse qui aboutit à des conséquences regrettables>.
Et monsieur Malissard de revenir toutefois sur son parcours et sur les récents événements: “ En vérité, tout est affaire de grand espace de vie et de temps, d’un beau travail d’équipe. Oui, le Centre chorégraphique national a grandi, s’est formé, a atteint sa majorité et la majorité n’est pas simple, elle peut être un temps de tumulte et de remise en question. Aujourd’hui, la ville ne s’est pas sentie associée au choix de Bernard Faivre d’Arcier. Ce lundi, trois personnes de la mairie ont, en effet, décidé de ne pas venir au conseil d’administration. J’en ai été prévenu vendredi et la raison en était que le maire d’Orléans, dans un mouvement de mauvaise humeur, considérait qu’il n’avait pas été suffisamment consulté au moment de la nomination de Bernard Faivre d’Arcier. Ce qu’il faut savoir, c’est que le président de l’association est l’un des quatre membres du bureau du conseil d’administration et que dans ce bureau on retrouve deux représentants choisis par l’Etat, une par la Mairie et une par la Région. Le 17 décembre, l’Etat a proposé qu’entre au bureau Monsieur Faivre d’Arcier pour me remplacer . Le 4 février, le conseil d’administration a élu monsieur Faivre d’Arcier. Et tout suivait ainsi son cours . »
« Une bulle boboïsée sans véritable dialogue avec le territoire »
Joint par téléphone, monsieur Eric Valette, adjoint chargé des affaires culturelles de la ville d’Orléans, tient à prendre position : « Nous sommes en temps de crise et à un moment il faut dire stop. La Ville verse au centre chorégraphique national 190.000 euros de subvention et a droit de prendre la parole ! Concernant la nomination de monsieur Bernard Faivre d’Arcier, que nous considérons comme une personne absolument remarquable, il n’y a toutefois eu aucune concertation avec la ville. Nous avons tout simplement reçu un beau jour un coup de fil la Direction régionale des affaires culturelles nous informant de sa nomination. Sincèrement, je trouve que le centre chorégraphique national s’autorise des choses inconvenables, qu’il fait montre de mépris, qu’il est une bulle boboiséee alors que nous lui demandons d’avoir un véritable dialogue sur le territoire. »
Ce lundi, à l’heure du départ, Josef Nadj offre à Alain Malissard un de ses vastes dessins sur les corbeaux. Yasmin Hoffmann, vice présidente du centre chorégraphique national tient à dédier un bel et profond hommage a celui dont la science , l’humanité et la générosité l’ont marquée. Alain Malissard, au cœur de ses amis a ces mots à l’adresse de Josef Nadj : « Un complice et un ami pour toujours ». Ancien président d’un centre chorégraphique qui a connu maux et merveilles, il tient aussi à ajouter qu’il « ne faut jamais oublier que c’est de la cohésion de l’équipe que dépend l’avenir du CCNO et l’œuvre d’un chorégraphe ». Ce lundi , à Orléans, une page est tournée. Alain Malissard s’en va . Tristement. Bernard Faivre d’Arcier décline. De nouveaux acteurs locaux sont peut-être en lice. L’avenir nous le dira.
Jean-Dominique Burtin.