Interview de Bruno Le Maire, député UMP de l’Eure, ancien ministre de l’Agriculture de Nicolas Sarkozy dont le livre “Jours de pouvoir” (Gallimard, 427 pages 22,5 euros) vient de recevoir le prix du livre politique de l’année.
Magcentre: Lors du vote définitif de la loi sur le mariage gay vous vous êtes abstenu. Pourquoi et quelle suite vous semble-t-il falloir donner à droite à cette loi?
Je me suis abstenu parce que nous n’avons pas donné suite à nos promesses de 2007. Nous avions promis l’union civile et le statut des beaux-parents , nous ne les avons pas mis en place. Nous aurions du montrer que nous comprenions la société et tenions compte de ses évolutions. La droite doit être honnête sur ce qu’elle peut faire. Je pense que nous ne pourrons pas revenir sur cette loi de la République si nous revenons aux affaires. Par contre je me battrai pour la protection des droits de l’enfant, c’est à dire contre la GPA et la PMA.
Que reprochez-vous à François Hollande dans ce débat?
“De ne pas avoir exprimé sa conception de la famille. Il aurait pu rassembler, il a renforcé les divisions. C’est du gachis ! Notre société ne sait pas où elle va.Devant les maires réunis en congrès en novembre, chef de l’état a parlé de délégation pour ceux qui n’accepteraient pas de célébrer des mariages gays. C’est trop facile, monsieur Hollande.Il n’a pas pris deux heures pour recevoir tranquillement les opposants, pour s’expliquer avec eux. Il est un homme sans conviction, sans aucun sujet, il navigue à vue . “Trop facile, monsieur Hollande, trop facile.”
Participerez-vous à la manifestation voulue par l’UMP le 26 mai.
“Je suis député, ma place n’est pas dans la rue. J’ai exprimé mes convictions au bureau politique et j’ai recueilli des applaudissements. Il n’y a pas une seule ligne politique à l’UMP. Je m’exprime comme l’un des leaders de la droite. J’avance les mêmes idées depuis des années, modestement, tranquillement. Aujourd’hui la droite à intérêt à rappeler que le premier problème des Français est le chômage. A part les institutions de la cinquième République, il faut tout changer, revoir les régimes des retraites pour arriver à un seul par points, privé public ensembles, revoir la formation, en finir avec le collège unique, mettre un examen à l’entrée de l’université, revoir l’indemnisation des chômeurs qui sont bien indemnisés mais mal traités. Nous sommes au bout d’un système. Hollande est le dernier avatar d’un système à bout.
Les Français veulent de la transparence et participer au pouvoir. Il faut et je la veux une démocratie qui respire. Pour tout cela il faut un vrai changement structurel. Mes ambitions pour la France sont sans limite.”
La droite est-elle prête à relever le gant?
“ Nous avons à effectuer un travail en profondeur. Il faut balayer devant notre porte. Nous n’avons pas préparé la France à la mondialisation. Il faut sauver ce qu’elle est, à commencer par notre protection sociale à laquelle je suis viscéralement attaché. Je ne suis pas favorable à la proportionnelle car je suis pour une majorité claire.
Je ne souhaite pas des élections en septembre à l’UMP. La gravité de la situation est telle que l’UMP doit être rassemblée et rien ne la rassemblera mieux qu’une élection externe, à savoir les municipales. A l’heure actuelle la droite n’a plus rien. Elle a perdu toutes les élections . C’est une situation inédite sous la cinquième République. Il appartient aux militants de dire s’ils souhaitent une nouvelle élection ou pas. On peut appeler çà un référendum.”
L’Europe va mal, elle aussi…..
“L’Europe fait fausse route parce qu’elle ne propose aucun projet. En 1957 elle s’est construite pour la paix, dans les années 60 pour la démocratie dans tous les états, dans les années 80 pour la prospérité. Et aujourd’hui?
La première chose est de définir un projet puis de le faire à dix-sept avec des états associés. Cela passe par une convergence fiscale, puis une politique économique commune. Les institutions viendront après. , à la fin. Des progrès sont possibles avec l’entente franco-allemande. L’Europe se construit sur des compromis. Tout état qui a voulu lui imposer sa façon d’être a échoué. L’Europe n’est pas la France en grand, pas l’Allemagne en grand. La France doit montrer que son modèle marche. Il nous faut en urgence retrouver une crédibilité.”
Recueilli par Françoise Cariès