Dans une démocratie représentative, l’élection est un moment décisif de la vie citoyenne. Or, force est de constater que l’abstention progresse inexorablement en France. Entre la défiance envers les politiques et le désintérêt des plus jeunes, comment restaurer la confiance ? Du Loiret au national, analyse d’un symptôme d’une maladie de notre démocratie.
L’urne est devenue un réceptacle de plus en plus vide. Illustration 37°
Par Jean-Paul Briand.
Dans notre démocratie représentative, le pouvoir de décider est attribué à certaines personnes par l’élection. Le vote est le moyen de participer à cette attribution du pouvoir. Si la participation aux votes est considérée comme un signe de bonne santé de notre démocratie alors elle va mal. Lors de la toute dernière élection législative partielle sur la première circonscription du Loiret, à Orléans il y a eu plus de 77% d’abstentions : la députée a été élue par moins de 15% des électeurs. L’urne est devenue un réceptacle de plus en plus vide et désuet pour un nombre croissant de citoyens. Élection après élection, cette lame de fond érode les fondations mêmes de notre démocratie représentative. Pourquoi l’abstention est-elle devenue la première force politique de France ?
Défiance envers la classe politique : la faillite de la parole donnée
La responsabilité des femmes et des hommes politiques est entière dans ce phénomène de rejet du vote. C’est un échec que doit assumer la gente politique. C’est le résultat de ses actions et de ses inactions, la conséquence de ses comportements délétères. Si les citoyens désertent l’isoloir, c’est d’abord parce qu’ils ont le sentiment que la politique n’est plus qu’un exercice de séduction électorale sans lendemain et où les promesses n’engagent plus.
Le constat est sans appel : dans l’enquête Odoxa d’octobre 2024, 82% des Français ont une mauvaise opinion des partis politiques. Selon le Baromètre de la confiance politique du Cevipof, 74 % des sondés expriment une défiance ouverte envers la classe politique. Les programmes électoraux sont considérés comme des brochures publicitaires périmées dès le lendemain du scrutin. Si cette perte de confiance est une des causes principales de l’abstention, elle fait aussi le lit du populisme et détruit notre modèle social.
Hannah Arendt et la crise de légitimité des institutions
La politologue et philosophe Hannah Arendt expliquait : « Si tout le monde vous ment en permanence, la conséquence n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. » L’absence de confiance génère une crise de légitimité au plus haut niveau. Toujours selon le baromètre Cevipof :
- 26% des Français font encore confiance à l’institution présidentielle,
- 23% pour le gouvernement,
- 24% pour l’Assemblée nationale.
Cette défiance généralisée s’explique par la perception d’un personnel politique comme étant une caste préoccupée essentiellement par sa survie, même si c’est au prix du reniement et de parjures.
Jeunesse et politique : une fracture générationnelle profonde
L’élément sans doute le plus alarmant de cette épidémie d’abstentions est le désintérêt massif des jeunes pour les élections devenues l’apanage des plus vieux. Selon les données consolidées de l’Insee, le vote chez les 18-24 ans s’est effondré, passant de 32,5% en 2002 à moins de 17% aujourd’hui. Pour cette génération, l’isoloir n’est plus un lieu d’expression et d’évolution mais celui d’une farce cynique et inutile. Près de 42% des jeunes ne se sont pas rendus aux urnes lors des dernières séquences nationales, arguant qu’aucun candidat ne défend leurs idées ou que voter ne changera rien. Ils préfèrent l’engagement direct à une délégation de pouvoir qu’ils jugent fallacieuse. De plus en plus abstentionnistes, les moins de 30 ans restent néanmoins engagés en manifestant, en signant des pétitions ou dans le bénévolat social.
Vers une sanction pénale du mensonge en politique ? L’exemple du Pays de Galles
La remise en cause des personnalités, qui font de la politique leur métier, doit être personnelle et morale avant d’être institutionnelle. Si elles veulent regagner du respect et de la crédibilité, elles doivent d’abord restaurer la confiance dans la parole donnée. Peut-être serait-il bien de faire comme le Parlement du Pays de Galles qui vient de décider que mentir sciemment pendant une campagne électorale ne serait plus un simple faux pas moral mais un délit pénal ?
Aujourd’hui, une majorité de citoyens se retire. Ce vide est un péril qui guette notre République. Il est à craindre qu’il soit un sérieux avertissement avant que la lassitude et la désespérance des abstentionnistes ne deviennent colère…
« Quand le peuple perd l’espoir, sa colère finit toujours par s’exprimer » Jacques Chirac
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