Municipales à Blois : polémique autour de la Maison de la BD

Le déplacement éventuel de la Maison de la BD proposé par trois candidats enflamme la fin de campagne électorale. Cinq des six têtes de liste étaient reçues par l’association le 6 mars dernier pour un grand oral de 10 minutes.
 

« BD Boum affichera son identité et ses valeurs quoiqu’il arrive » a déclaré aux candidats Jean-Charles Enriquez, président de l’association.


Par Jean-Luc Vezon.


« Le projet de trois candidats de déplacer la Maison de la BD pour y mettre une halle maraîchère suscite une profonde inquiétude. Cet équipement unique en France répond parfaitement aux besoins et renforce l’identité de notre ville et de son festival BD Boum (1) », a expliqué Jean-Charles Enriquez aux candidats en amont de leur intervention.

Le 17 février, l’association qui porte le festival BD Boum créé en 1984 avait interpellé la population dans un communiqué sur les réseaux sociaux intitulé « La Maison de la BD est en danger. »

« Nous n’agissons pas sur ordre »

« La culture, ça coûte mais ça rapporte aussi », a souligné Jean-Charles Enriquez précisant que le communiqué n’avait pas été déclenché à la demande de Marc Gricourt : « Nous n’agissons pas sur ordre. C’est mal nous connaître. Nous sommes trop attachés à notre liberté de penser ».

Après tirage au sort, les candidats présents (2) ont tour à tour donné leur vision de la future localisation de la Maison de la BD mais aussi de la politique culturelle qu’ils entendent mener. « Notre choix d’une halle maraîchère n’est pas un coup de tête. Le centre-ville meurt. Il faut lui redonner une attractivité » a d’abord déclaré Gildas Vieira, candidat indépendant à la tête d’une liste citoyenne (Osons Blois Autrement) avant d’ajouter : « La culture est essentielle, nous ne baisserons pas les financements. Nous ne souhaitons pas vous mettre en difficulté. Nous travaillerons ensemble ».

« Renforcer l’hyper-centre » 

Leader de la liste de droite et du centre « Unis pour Blois » Malik Benakcha est lui aussi favorable à une délocalisation de la Maison de la BD. Un choix assumé dicté par la nécessité de relancer un centre-ville moribond commercialement : « la maison est mal située. Il faut une stratégie urbaine cohérente. La future halle maraîchère et gourmande doit occuper un emplacement stratégique près de la Place Louis XII afin de renforcer l’hyper-centre et soutenir les producteurs locaux ».

Le candidat a ainsi avancé l’idée d’un positionnement près de la Halle aux Grains, espace central des flux culturels. Cette volonté confirme son projet de suspendre la construction du nouveau théâtre dans la friche Peigné.

Une relocalisation coûteuse

Troisième à prendre la parole, le maire de Blois Marc Gricourt (liste « Prenons soin de l’avenir ») a naturellement apporté son soutien à l’association dans sa volonté de rester dans ses 700 m² de la rue des Jacobins. Il a également rappelé que le choix de cette localisation s’était imposé de lui-même dans un bâti qui ne trouvait pas preneur. Le site est ainsi devenu une étape importante du parcours touristique de la ville ce que confirme d’ailleurs la fréquentation.

Le maire a surtout rappelé un argument imparable à l’heure des nécessaires économies budgétaires : le coût onéreux d’un déplacement. « Ce serait de l’ordre de 1,5 à 3 millions d’euros selon qu’il y ait construction ou rénovation. Est-ce bien raisonnable ? » interroge Marc Gricourt en se dédouanant d’une intervention directe de sa part dans le communiqué de BD Boum.

Candidate RN favorable à une halle maraîchère, Marine Bardet s’est dite fière de cette Maison de la BD qui contribue à l’éducation des jeunes. « Hors de question de vous fragiliser. Nous souhaitons plutôt développer vos activités. C’est la raison pour laquelle il faut étudier l’hypothèse de l’espace Saint-Vincent près de la gare avec un grand parking. Mais je n’imposerai rien, il y aura concertation », a informé la conseillère immobilière de 39 ans.

Dernier auditeur, l’écologiste Nicolas Orgelet (liste « Blois en commun ») a insisté sur « l’outil culturel et d’attractivité » que constitue la Maison de la BD. Il envisage même son extension en utilisant les locaux du Resto U, au 1er étage, équipement devant déménager sur le pôle enseignement supérieur près de la gare. « Nous faciliterons vos projets dans une démarche de co-construction », a précisé l’élu, ajoutant que « la culture doit être politique et partagée dans une démocratie vivante ».

Avant ces interventions, Bruno Genini, directeur de BD Boum, avait présenté le site lors d’une courte visite. Ouverte en 2015 dans l’ancienne Halle maraîchère  XII, sous l’impulsion de la Ville de Blois et de son maire, Marc Gricourt, la Maison de la BD a accueilli en dix ans, 150 000 visiteurs et 20 000 élèves.

Forts d’un budget de 578 000 €, ses 8 permanents (dont 6 salariés et 2 personnes mises à disposition) conduisent de nombreuses actions d’éducation populaire et de formation (enseignants, personnes en insertion…), proposent des expositions et accompagnent la création d’œuvres y compris au travers des résidences d’auteurs. Au total, c’est une vingtaine de BD qui ont vu le jour au sein de cette véritable « école blésoise des auteurs ».

(1) Festival entièrement gratuit, il accueille 20 000 visiteurs ce qui le place dans le trio de tête des festivals de BD en France.
(2) Michel Vila, tête de liste pour Lutte Ouvrière n’était pas présent vendredi soir.

Sous la conduite de Bruno Genini, directeur de la Maison de la BD, les candidats ont visité le site. Crédit photo JL Vezon.

Les Âmes égarées de Frantz Duchazeau

En partenariat avec la galerie Barbier, la prochaine exposition au sein de la Maison de la BD verra Frantz Duchazeau mis à l’honneur. À découvrir à partir du 7 avril et jusqu’au 20 juin.

Frantz Duchazeau est né en octobre 1971 à Angoulême. Dessinateur et scénariste de bande dessinée, il débute sa carrière dans divers journaux et magazines comme Spirou et Mickey. Passionné par les arts et particulièrement par la musique, il choisit d’explorer l’univers du blues. Son intérêt pour le génie graphique américain de cette période (1910-1950) a également renforcé ce choix. Frantz Duchazeau continue d’explorer pour son sixième opus chez Sarbacane, Bascoulard, toujours en noir et blanc, l’âme des laissés-pour-compte, des vaincus magnifiques ! 

La plongée graphique proposée par BD Boum mettra en lumière les âmes égarées chères à Frantz Duchazeau. L’exposition explorera l’univers de ses albums consacrés aux musiciens Robert Johnson et Meteor Slim. Elle s’ouvrira aussi sur son nouveau livre dédié à Marcel Bascoulard, figure marginale et profondément tourmentée. Personnage étrange, il déambule dans les rues de Bourges. Tour à tour vêtu en clochard ou habillé en femme, il porte toujours avec lui un crayon et quelques feuilles, comme un besoin vital de créer.

Le vernissage de l’exposition, en présence de l’auteur, est prévu le vendredi 10 avril à 18h30.

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