Municipales 2026 en Centre-Val de Loire : une droite solidement installée, une gauche sur la défensive

La droite aborde le premier tour des municipales 2026 en position de force dans plusieurs villes-préfectures du Centre-Val de Loire, tandis que la gauche se prépare surtout à défendre ses positions. En embuscade, le Rassemblement national espère profiter du scrutin pour renforcer son implantation locale.
 

Les six villes préfectures de la région Centre-Val de Loire passent au révélateur du premier tour des municipales ce dimanche 15 mars.


Par Mael Petit.


À l’approche des élections municipales en région Centre-Val de Loire, le paysage politique est assez net : une droite bien implantée localement qui espère consolider ses positions, souvent renforcée par ses alliances avec le bloc central, une gauche davantage sur la défensive de ses bastions qu’à partir à la conquête, et un Rassemblement national qui rêve enfin d’implantation territoriale. Sans forcément conquérir de grandes villes, le parti d’extrême droite imagine surtout ce scrutin comme une première étape avant l’échéance nationale dans un an. Dans la région, une progression du RN est pressentie, notamment dans les zones rurales où il réalise désormais ses meilleurs scores. Mais pas seulement. C’est d’ailleurs son principal défi lors de ce scrutin, à savoir récupérer un maximum de sièges au sein des plus grandes villes de France et notamment en Centre-Val de Loire (1 siège à Blois en 2020). Alors qu’une prise de pouvoir dans l’une des préfectures départementales semble encore impossible, l’essentiel de la bataille se jouera donc ailleurs : dans la capacité de la droite à reconquérir certaines villes et dans celle de la gauche à préserver les positions acquises il y a six ans.

Des sortants de droite en position confortable

Dans plusieurs villes, les maires de droite abordent l’élection avec un matelas politique plutôt épais, fort de plusieurs mandats consécutifs à leur crédit. C’est le cas à Châteauroux, où Gil Avérous (divers droite) semble presque intouchable. Plébiscité et réélu par les Castelroussins dès le premier tour en 2020 (70%), son passage éclair au gouvernement Barnier aurait pu écorner son image locale. Il n’en a finalement rien été. Sa brève aventure ministérielle n’a pas changé grand-chose à l’équation locale. Il faut dire que le maire n’a jamais envisagé de quitter son fauteuil, flairant sans doute le caractère éphémère du gouvernement au moment des interminables négociations budgétaires de 2025. Et face à lui, l’opposition ne fait guère trembler la majorité municipale. Une gauche poids plume emmenée par Éric Domenge-Abeau (DVG), un Anthony Felder (DVD) en trublion et Mylène Wunsch, déléguée départementale d’un Rassemblement national pourtant si prompt à surfer sur la vague de la récupération politique au moindre fait divers médiatique, n’ont pu instiller le moindre doute.

Même sérénité apparente à Chartres, où Jean-Pierre Gorges (DVD) vise un cinquième mandat. L’absence du RN et le ralliement d’élus proches de Renaissance renforcent encore sa position dans une ville virée à droite depuis le début du siècle. La continuité semble donc pour l’instant le scénario le plus crédible alors qu’il avait mis tout le monde d’accord dès le premier tour (50,32 %) en 2020. Mais face à lui cette année se dresse l’écologiste et conseiller régional Jean-François Bridet, parvenu à unir toute la gauche derrière lui, des socialistes aux insoumis, contrairement à 2020. Cette nouvelle donne pourrait rebattre les cartes dans la capitale eurélienne, alors que le revenant Mathieu Brétillard, déjà candidat en 1995 et 2008, ressort du placard en agrégeant des militants d’extrême droite. Derniers candidats : Ladislas Vergne (DVD), jeune loup de 34 ans, présent sur la liste du maire sortant il y a six ans, se voit à la place du calife avec une liste « sans étiquette » rassemblant des personnalités de toutes sensibilités, et Vincent Chevrollier de nouveau candidat pour Lutte Ouvrière.

À Orléans, Serge Grouard (DVD) a-t-il un boulevard pour rempiler en 2026 ? Il bénéficie en tout cas d’une configuration favorable avant ce premier tour. Une gauche profondément divisée, une extrême droite qui peine à exister (bien siphonée par les positions et saillies ultra droitières de l’édile sortant) et deux listes au centre : difficile d’imaginer terrain plus propice pour un sortant. Le maire cultive depuis des années une image de gestionnaire conservateur, agrémentée d’un discours sécuritaire régulièrement agité comme argument politique. Dans une ville bourgeoise, catho et très tradi, la recette continue implacablement de fonctionner.

Mais le scénario d’une triangulaire voire d’une quadrangulaire au second tour pourrait être source de sueurs froides pour Serge Grouard. Difficile d’évaluer le poids des deux centristes – l’ex-députée macroniste Caroline Janvier (divers centre) et Grégory Meyer (divers centre) – sur l’electorat de droite orléanais, tout comme les capacités de l’extrême droite, de retour après son absence en 2020. Sans compter que la fusion des listes de gauche menées par Baptiste Chapuis (union à gauche) et Jean-Philippe Grand (divers gauche) est déjà prévue au second tour une fois les candidats dos au mur, alors que Valentin Pelé (LFI) évolue en solo. Pour la gauche, les querelles d’ego rappellent les divisions des municipales de 2020. Et si les candidats Chapuis et Grand devaient à nouveau échouer dans leur quête de la mairie, cela acterait peut-être la nécessité de changer de figures pour incarner un mouvement crédible pour la gauche locale lors des prochaines élections.

La gauche joue surtout en défense

Pour les maires de gauche sortants, le climat est plus incertain. Dans plusieurs villes, les positions conquises ces dernières années apparaissent plus fragiles. À Blois, Marc Gricourt (union à gauche) brigue un quatrième mandat mais n’aborde pas l’échéance avec la même tranquillité que par le passé. Après que Mathilde Desjonquères ait été contrainte de se rasseoir sur ses ambitions personnelles, la droite et le centre se sont cette fois rassemblés derrière Malik Benakcha (LR), contrairement au scrutin de 2020 où leurs divisions avaient largement facilité la tâche du maire sortant. Et comme souvent à gauche, les choses ne sont pas simples : l’écologiste Nicolas Orgelet, pourtant issu de la majorité municipale, a décidé de tenter sa chance avec une liste distincte. Pour la droite, l’enjeu est important car la possibilité de récupérer Blois n’a jamais été aussi importante depuis plus de 15 ans et la parenthèse Perruchot (2001-2008). Le patron des Républicains en personne, Bruno Retailleau, est même venu en Loir-et-Cher parler « d’opportunité historique » pendant la campagne. Rien de moins. Du côté du Rassemblement national emmené par Marine Bardet, l’objectif sera de confirmer son implantation locale et faire mieux que les 7% de l’ex-député Mathilde Paris, avec le second tour dans le viseur.

À Bourges, la partie pourrait être tout aussi disputée. À moins que le maire sortant Yann Galut (DVG) capitalise sur son bilan et la désignation de la ville comme capitale européenne de la culture en 2028. Un argument politique non négligeable, certes, mais la situation n’a plus grand-chose à voir avec celle de 2020. La droite s’est cette fois rangée derrière Philippe Mercier (DVD) qui bénéficie du soutien de Horizons, du Modem et de Renaissance, tandis que La France insoumise a décidé de présenter sa propre candidate, la jeune Marion Récher. Absent du scrutin municipal depuis 30 ans, le RN compte s’enraciner cette année avec Ugo Iannuzzi, fort de son parachutage électoral manqué aux législatives 2024.

Tours, symbole et enjeu national

La bataille la plus scrutée se joue sans doute à Tours, devenue depuis 2020 une sorte de vitrine pour la gauche municipale. Le grand meeting des ténors nationaux de la gauche, organisé pendant la campagne fin janvier pour soutenir le sortant Emmanuel Denis, en a été l’illustration. Il s’agissait aussi de lancer depuis l’Indre-et-Loire la dynamique de la prochaine présidentielle avec l’annonce, à cette occasion, du calendrier de la primaire en vue de l’élection présidentielle de 2027. La gauche nourrit donc de grands espoirs dans la capacité du maire écologiste à conserver l’hôtel de ville, six ans après la vague écologiste de 2020 qui l’avait porté à la tête de la ville. Sans doute un des rares écolos en position favorable puisqu’un récent sondage l’a placé en tête au premier tour. Mais la campagne n’a rien d’un long fleuve tranquille, et comme souvent, la gauche part divisée : La France insoumise a choisi de faire cavalier seul avec Marie Quinton, pourtant adjointe au logement dans la majorité sortante.

Emmanauel Denis peut se rassurer en constatant que les divisions n’épargnent pas non plus le camp d’en face. À droite et au centre, impossible de s’entendre sur une candidature unique. Christophe Bouchet (divers centre), soutenu par Renaissance et LR, affronte notamment le candidat Horizons Henri Alfandari et Benoist Pierre (divers centre), chacun persuadé de pouvoir incarner l’alternative crédible. Dans ce paysage déjà bien éclaté, le score du Rassemblement national, emmené par Aleksandar Nikolic, sera particulièrement observé. Le parti espère au minimum franchir un cap et s’inviter au conseil municipal. Une percée qui, au-delà du seul cas tourangeau, sera scrutée à l’échelle régionale, car l’implantation de l’extrême droite dans les villes constitue un test grandeur nature pour savoir si le parti n’a rien perdu sa dynamique avant la présidentielle de 2027.


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