Dans le cadre du Festiv’Elles, l’Espace Béraire de La Chapelle-Saint-Mesmin a présenté ce vendredi 27 mars la pièce Viril(e·s), mise en scène par Marie Mahé, également sur scène. Un joyeux bordel maîtrisé d’une heure quinze, aussi drôle que percutant, qui a conquis les spectateur·ices avant de se prolonger par un échange avec les comédien·nes.

Les comédien·nes débattent des normes de genre. Crédit : Cecinestpastrompé.
Par Charlotte Guillois.
Entre documentaire et théâtre
À l’origine de Viril(e·s), il y a une démarche profondément ancrée dans le réel. Marie Mahé a mené de nombreux entretiens avec des hommes et des femmes d’âges, de milieux sociaux, de métiers et de religions variés. De ces témoignages sont nés des personnages composites, nourris à la fois de fragments de vie authentiques et de réécriture théâtrale.
Sur scène, ces trajectoires hétérogènes se rencontrent, dialoguent, s’opposent parfois, mais finissent par coexister. Pour Marie Mahé, c’est une « petite famille » qui se dessine, reflet d’un idéal : celui d’un espace où les différences ne séparent pas, mais enrichissent.
Ce travail n’est pas figé. Depuis sa création en 2022, la pièce n’a cessé d’évoluer : scènes coupées, monologues retravaillés, musiques modifiées, choix scéniques ajustés. Refusant la routine, Marie Mahé transforme chaque représentation en variation, évitant toute mécanique répétitive pour maintenir un renouveau constant.
Une énergie débordante, entre hip-hop, classique et théâtre
Dès l’ouverture, le ton est donné : Viril(e·s) est un spectacle en mouvement. Dans un décor dépouillé, avec seulement cinq chaises et une grande toile représentant une silhouette androgyne de dos, les corps et les voix occupent tout l’espace.
La mise en scène, volontairement sobre, met en valeur le jeu des comédien·nes. Quatre comédiennes et un comédien brouillant les codes de genre composent une galerie de personnages hauts en couleur, incarné·es avec une énergie communicative.
Le spectacle se distingue aussi par sa diversité esthétique. Musique classique et rap s’y répondent, dans un dialogue inattendu où Chopin peut côtoyer des influences hip-hop ou des références à des artistes comme Diam’s. La danse, notamment hip-hop, ponctue la représentation et participe à son rythme effréné.
Ce mélange des genres, loin d’être gratuit, devient un véritable manifeste artistique : il s’agit de faire tomber les barrières, qu’elles soient culturelles ou sociales.
La dimension participative renforce encore cette dynamique. Les comédiens interpellent directement le public, l’intègrent à certaines situations, provoquant rires et surprises. Un spectateur devient prétexte à une scène de drague improvisée, un autre est interpellé pour aider un personnage à oser. Cette porosité entre scène et salle crée une proximité immédiate et contribue au succès du spectacle, largement salué par le public.
Identités en mouvement : questionner la virilité aujourd’hui
Derrière l’humour et l’énergie, Viril(e·s) porte une réflexion profonde sur les normes de genre et la construction de l’identité. La pièce ne cherche pas à apporter de réponse définitive, mais à poser une question essentielle : qui suis-je, au-delà des injonctions sociales ?
Les personnages incarnent une pluralité de façons d’être : femme masculine revendiquant une attitude « bonhomme », lesbienne assumée, féministe défiant les normes du corps en revendiquant le naturel, personnage sensible refusant les codes virils traditionnels et revendiquant le droit à la douceur, aux émotions.
Le spectacle joue constamment sur le brouillage des frontières. Des femmes imitent des comportements masculins caricaturaux, notamment dans des scènes de drague volontairement outrées, révélant ainsi l’absurdité de certains codes. À l’inverse, la sensibilité masculine est mise en avant, déconstruisant l’idée d’une virilité nécessairement dure et dominante.
Ce foisonnement peut parfois sembler désordonné, voire frénétique. La pièce part dans toutes les directions, accumule les influences, les références, les idées. Mais c’est précisément dans ce réjouissant chaos que réside sa force : une vitalité débordante, une envie de tout dire, de tout explorer, de ne rien figer.
Viril(e·s) s’impose comme un spectacle drôle et engagé. Une proposition qui, sans jamais asséner de vérité, invite chacun à interroger ses propres représentations, et à accepter, peut-être, leur complexité.
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