Tours : la politique et le monopoly

Alors que la semaine passée se jouait à Tours l’élection pour la présidence de la Métropole, il semble que le baronissime LR Philippe Briand, lui-même largement réélu maire au premier tour à Saint-Cyr-sur-Loire pour la septième fois consécutive, reste central dans le jeu politique local, juge de paix entre clans de droite et donc faiseur de roitelets, en l’occurrence Frédéric Augis à Joué-les-Tours.
 




Par Joséphine.


L’influence locale de Philippe Briand n’est pas uniquement politique d’ailleurs, avec Arche, sa holding, qui génère plus de deux milliards d’euros de volume d’affaires par an et fait de notre homme la première fortune de Touraine. Non, l’emprise est en fait plus globale et concrète, intime même. Et en tout cas urbanistique.

Philippe le Magnifique

Car à Tours, l’espace urbain est profondément marqué par Philippe Briand, sorte de Laurent de Médicis façon années fric. Déjà, il y a les agences qui composent la galaxie du « n°1 français de l’immobilier » : Citya, bien sûr, le fleuron du groupe, compte cinq établissements à Tours, Century 21 en dispose de quatre, Brosset et Laforêt, trois chacun, Nestenn en a carrément sept sur toute l’agglomération. Ces agences rythment la ville, scandent les grands axes d’enseignes, visuels et slogans, puis se posent en phares déchirant la nuit de leurs LED conquérantes, longtemps d’ailleurs en violation de la réglementation en matière de pollution lumineuse. Idem en ce qui concerne la pollution sonore, des riverains de la rue du Docteur Herpin rapportent des soirées endiablées au dernier étage du siège – le « rooftop » de la « Arche Tower » –, musique à fond, convives triés sur le volet, doudoune sans manches de rigueur, coupettes à volonté.


Et tout ça, c’est la partie émergée de l’iceberg. Car il y a aussi un bon nombre de bâtiments propriété directe du groupe qui les loue pour en faire des bureaux, par exemple autour de la gare de Tours, un espace stratégique à « une heure de Paris ». Mais le paroxysme de cette emprise urbaine, c’est le Champ-Girault qui l’incarne le mieux. Cet ensemble d’édifices datant des années 1970 est grignoté par Arche depuis des années pour y regrouper les différentes composantes de l’empire : Saint-Pierre Assurances, Belvia garanties, Snexi états des lieux&diagnostic, API conseil et financement, la conciergerie Cousin Hub’, Arche talents et formation, Q1C1 système d’informations, Naxos solutions digitales, Référence communication-marketing-événementiel, MyLegiTech contract lifecycle management, ISH conseil au secteur public local, Sphère Immo Neuf courtage en immobilier, ParuVendu, BienIci, Le Bon Agent, Square Habitat… une vingtaine de boîtes en tout. Signe de l’emprise, là aussi, le choix d’inonder le Champ-Girault d’une signature lumineuse « corporate », donnant l’impression que c’est Arche qui décore suivant ses goûts le quartier, quartier du reste hautement symbolique et marqué par les signes du pouvoir public : cité administrative, tribunal de commerce, directions de la Préfecture, CAF, CPAM, URSSAF, Finances Publiques… Et dans le nano-Manhattan turon, c’est clairement Briand qui a pris le dessus et qui choisit donc le dress-code urbain en fonction de son humeur et des messages subliminaux à faire passer. Bleu-violet presque tout le temps, rose le 8 mars.

Même l’espace numérique et les Internets sont l’objet de la volonté de contrôle du magnat. Par exemple, la page Wikipédia de Philippe Briand affiche carrément une en-tête où il est précisé aux lecteurs de se méfier du contenu. Pourquoi ? Car des rédacteurs de la notice auraient été rémunérés, ce qui est formellement interdit par l’encyclopédie collaborative. Renseignement pris, il apparaît que plusieurs de ces rédacteurs sous pseudo qui procédaient à des modifications positives de la page de Briand et qui ont été bannis de Wikipédia en juillet 2022 officiaient directement depuis… le siège d’Arche.

Le Prince de la Night

Mais c’est pas tout, loin de là. Philippe Briand occupe également les airs, un peu comme Phaéton avec son char volé au Soleil, le crash tragique final en moins. Ainsi, le Boss prend le temps de vanter longuement il y a quelques mois en Conseil métropolitain, devant un parterre de notables tout ouïe, les mérites de son « petit avion mono-hélice » qui consomme trois fois rien et qui lui permet de fendre les cieux pour faire des affaires. Philippe, il le veut son aéroport à domicile, non mais. Et donc on le garde.


Notre magnat local donne aussi plus prosaïquement dans la nuit et le spectacle, notamment avec les locaux du cabaret de l’ami de toujours, Nello. Car Philippe Briand aime la fête, souvent avec ses employés qu’il veut embarquer totalement dans l’aventure Arche, y compris en dehors des temps de travail avec des conventions, séminaires, soirées déguisées, flash-mobs, séjours d’intégration et « d’awards ». Autrefois avant la Covid, Briand privatisait même les Halles de Tours pour la sauterie annuelle de Citya, mêlant communication, bonne chair et réseaux politiques, la fine fleur de la droite locale étant conviée à partager quelques verrines avec les cadres de l’entreprise. « 1.895 bouteilles et 36.718 petits fours » affichait même le Conducator des festivités en 2019. « Du pain et des jeux », donc, pour paraphraser un autre empire.

Si à 50 ans on n’a pas une pizza, on a raté sa vie

Et oui, les ventres, Philippe Briand entend les contrôler aussi. Il dispose donc naturellement de restaurants qui gravitent dans sa sphère, notamment celui en bas de son bureau qui propose carrément une pizza-hommage au plus illustre des Tourangeaux. Pas Balzac non, mais « PHB »… Une calzone avec tout en double : jambon, œufs, fromage. La classe. Même la modeste demeure du Grand Timonier métropolitain marque cette obsession de l’emprise, dominant depuis le coteau de Saint-Cyr toute la ville de Tours, réduite à une simple miniature aux pieds de son maître qui peut la toiser depuis son parc, entouré de ses enfants, poules anciennes et tortues. Véridique.

Mieux, dans ce follement amusant Monopoly à taille réelle, pas d’inquiétude. En cas d’improbable mauvaise passe, la carte « allez directement en prison » pourra se muer en bracelet électronique. Tranquilou Philou.


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