Réélu sans suspense, Jean-Paul Billault conserve la présidence de l’Agglo montargoise (AME). Mais derrière ce feuilleton d’une vie politique toujours agitée à Montargis se cachent des reniements, des lignes floues et des tirs croisés. La victoire est nette mais sur fond de brouillard persistant, notamment sur le rôle du Rassemblement national en coulisses.
Conseil d’installation de l’Agglomération montargoise : Jean-Paul Billault dans le flou – Capture d’écran du site de l’AME.
On avait pourtant sorti les popcorns, même si pour ce conseil d’installation de l’Agglomération montargoise, le scénario était écrit par avance : Jean-Paul Billault rempile. Ce qui frappe n’est pas tant la victoire que le chemin pour y parvenir.
Cette fois, le flou ne passe pas inaperçu
Car enfin, il l’avait dit, juré, répété : il ne se représenterait pas. Et puis finalement, si. Le 24 mars, Jean-Paul Billault a annoncé à un conseiller communautaire qui songeait à se présenter qu’il serait lui-même « à nouveau candidat, sur les conseils du député RN, avec le soutien des élus de Montargis et Amilly. » Par la suite, la version de Jean-Paul Billault fut corrigée : les maires ruraux l’auraient supplié. Entre les deux se dessine une constante : une ligne politique qui se veut insaisissable.
Depuis des années, Jean-Paul Billault cultive cet art du flou. Ni vraiment ici, ni franchement là. Ce fameux « sans-étiquette », avancé par les uns et les autres pendant les élections municipales. Mais il est difficile d’ignorer sa proximité avec Philippe Moreau, référent départemental de l’UDR, le parti d’Éric Ciotti.
À droite, en mode Tontons Flingueurs
Habituellement très mesuré, Jean-Pierre Door (LR) a cette fois troqué le velours pour le papier de verre. Dans une lettre aussi sèche qu’un coup de règle, il écrit : « La perspective de voir l’AME sous influence RN et minoritaire au sein du conseil, m’indigne ».
Interrogé au lendemain de cette élection communautaire, l’ancien « patron » de l’Agglo renvoie Franck Demaumont et Fanny Gannat à leurs choix respectifs : à ses yeux, leur refus de faire front commun a mécaniquement gonflé le score du candidat soutenu par l’extrême droite. Au sujet de Franck Demaumont, maire PCF de Châlette-sur-Loing, il ajoute : « Il fait de la politique : il a commis une erreur stratégique. » Au sujet de Fanny Gannat, fraîchement élue maire : « Il y a suffisamment de travail à faire dans une mairie quand on est jeune maire. Ce n’était pas son heure pour se présenter à la présidence, d’autant qu’en tant que maire de Villemandeur, elle était automatiquement vice-présidente. »
Benoît Digeon (LR, précédent maire de Montargis) a aussi dégainé un message clair, frontal, qui met en garde contre le basculement : « Ce choix est directement dicté par l’accident politique que représente l’élection de deux maires issus du Rassemblement national. ». Il convoque le spectre des grandes puissances autoritaires incarnées par Trump, Poutine et Xi Jinping pour refuser en France ce qu’il considère comme une dérive possible par le biais de leurs relais politiques, du Rassemblement national à LFI.
Et de conclure : « Les Hongrois viennent de s’en sortir, l’Europe est libre, soyez-le ici ce soir. »
Puis vient le courrier de Marc Gaudet qui ne prend pas davantage de gants. Son soutien à Christophe Bouquet est clair, assumé sans détour. Le président du Département du Loiret décrit l’élu d’opposition à Amilly – par ailleurs conseiller départemental : il siège à la commission Finances – comme « un homme d’expérience qui connaît parfaitement le fonctionnement de nos collectivités locales et qui saura faire le lien entre l’Agglomération montargoise et le Conseil départemental mais aussi (…) le Conseil régional ». Autrement dit, le candidat qui coche toutes les cases du point de vue institutionnel ; celui qui rassure en haut de la chaîne : c’est important quand il s’agit de négocier des financements.
Voilà pour ces trois représentants d’une certaine droite parfaitement étanche aux idées d’extrême droite.
À gauche, à chacun son style, le cap est le même
Dans la foulée, François Bonneau (PS) joue une partition plus feutrée, mais tout aussi politique. Derrière la courtoisie institutionnelle du président de la Région Centre-Val de Loire se dessine une ligne nette : pas de président d’Agglo soutenu par l’extrême droite. Le propos est enveloppé, mais sans ambiguïté : «les conditions sont donc réunies pour que (…) le ou la Président(e) (…) ne soit pas issu(e) ou soutenu(e) par les formations situées à l’extrême droite ». Si le ton reste mesuré, la suite précise le cadre : « votre choix républicain affirmé constituera un appui déterminant pour faire avancer les projets (…) dans le cadre d’un dialogue constructif et attentif avec la Région ». Ce qui revient à rappeler de manière élégante que les robinets ont aussi une poignée.
Avec Bruno Nottin, ni détours institutionnels ni formules policées. Sur Facebook, il attaque frontalement : « M. Billault n’est rien d’autre que la marionnette de l’extrême droite ». Et pour étayer son propos, il retrace une série de signes qu’il estime révélateurs : « Souvenons-nous de sa photo sur le tract des candidats RN dès les élections départementales de 2021, de son adjointe présente sur la première liste des assistants parlementaires du député d’extrême droite de notre circonscription… » Et pour ceux qui auraient encore des doutes, il enfonce le clou : « Nous savons tous que M. Billault a le soutien tacite du député d’extrême droite, c’est d’ailleurs ce qui explique l’absence de candidature RN ce soir ».
Au terme de ce conseil d’installation, demeure le sentiment d’un rendez-vous une fois de plus manqué : d’un côté, des appels appuyés à faire barrage et à défendre une ligne républicaine claire ; de l’autre, une réalité politique beaucoup plus floue, une confusion soigneusement entretenue, mais désormais pleinement soluble dans l’extrême droite.
Plus d’infos autrement :
Une semaine à Montargis – épisode 1/5 Pourquoi Montargis s’est-il imposé comme terrain d’enquête ?