En 1977 à Indianapolis, un homme qui se sentait floué par un courtier a réussi à l’enlever, à attacher un fusil à son cou avec un fil relié à la gâchette et l’a retenu en otage pendant plusieurs jours. Gus Van Sant s’est emparé de ce fait divers un peu fou. À la colère justifiée du personnage contre le système qui l’a ruiné, le réalisateur rajoute tout l’environnement de l’information de l’époque. Sans atteindre la puissance contestataire qu’il a pu avoir dans ses films précédents.

La prise d’otage. Bill Skarsgård en Tony et Dacre Montgomery en Dick Hall. Photo ARP.
Le personnage, Tony Kiritsis, rajeuni dans le film, ne rencontre que peu d’obstacles pour réaliser son coup monté. Il ne trouve pas le courtier, mais son fils. Qui fera son affaire.
Le choix des acteurs est important. Bill Skarsgård en Tony est tout à fait en adéquation avec ce personnage dérangeant. On n’arrive pas à savoir vraiment s’il est fou, juste un peu dérangé, naïf à outrance, cynique, mauvaise graine ou gangster patenté. Sa détermination est évidente, mais son projet totalement improbable. En même temps, on peut lire sur le visage de l’acteur la colère contre un système qui l’a ruiné. On ne l’apprend pas tout de suite, mais c’est un enfant de la classe populaire qui a tout fait pour réussir, pour s’élever. Gus Van Sant s’est toujours intéressé aux jeunes, aux ados, aux marginaux qui se lancent dans des violences folles contre la société (Elephant en 2003 ou Last Days en 2007, entre autres). Mais Tony n’a rien de Kurt Cobain. Bill Skarsgård, avec son seul physique, propose un personnage inclassable qui tient la route dans l’histoire. On se dit qu’il ne va pas atteindre le plan suivant tant il est ridicule, maladroit, décalé et d’une certaine manière comique, mais sa folle entreprise s’accomplit à peu près comme il l’avait pensée.

Colman Domingo en Fred Temple, le speaker vedette de la radio locale. Photo ARP.
En face de lui, son otage, Dick Hall (Dacre Montgomery), président de la boite de courtage réellement dirigée par son père, subit mort de peur cette agression. Il roule les yeux bizarrement lui aussi, coincé dans tous ses gestes par cette corde au cou qui peut lui tirer une balle à tout geste déplacé.

Myha’Ia Herrold en Linda Page, la jeune reporter télé qui saisit sa chance. Photo ARP.
Tout le début du film – la prise d’otage dans l’immeuble de la société et le trajet en voiture jusqu’à l’appartement de Tony – est assez extraordinaire. Ils se baladent au milieu des policiers qui, en bons répressifs américains, sortent tous leurs armes. Heureusement ils sont remis à leur place par les chefs qui ont compris la situation. Et tout cela, par hasard, est filmé par une télé locale. Une jeune reporter qui cherche le scoop est sur place. Elle ne manque pas sa chance. Elle va faire des directs de cette prise d’otage, ne lâchant pas le sujet pendant toute l’opération. De plus, l’animateur de radio locale, un noir à la voix théâtrale, va se trouver impliqué dans les négociations parce qu’il est une vedette d’Indianapolis. Tout ce contexte de l’info des années 70, bien avant les réseaux et les téléphones/caméras, raconte cette histoire et scande le scénario.

Al Pacino en M. L. Hall, en vacances en Floride. Photo ARP.
Avec en acmé l’échange téléphonique entre Tony et le père de Dick, un immonde parvenu américain en vacances en Floride, joué par Al Pacino méconnaissable. L’orgueil du fric, les caprices de ceux qui se croient puissants, l’irresponsabilité et le mépris de ces Américains qui manient l’argent, ce personnage concentre en lui tout ce qui rend Tony furieux contre la société. C’est là que le film prend sa dimension très politique. La colère de Tony est justifiée. Gus Van Sant s’y intéresse justement pour cela.
Des images remarquables
Il n’en reste pas moins que l’histoire est assez légère comme charge politique contre le système. Ce cas de Tony Kiritsis, qui se fait blouser de tous les côtés, plutôt pitoyable, n’est remarquable que par le dispositif qu’il a mis en place. Cette idée d’attacher un fusil au cou d’un otage, peu banale, suffit à peine à remplir un film. Heureusement, le système médiatique d’alors complète l’histoire. Et même si de vraies images du fait divers terminent la fiction, le contenu est mince. Ceci dit, Gus Van Sant joue avec les images en grand réalisateur. Son savoir-faire rend son travail toujours intéressant. La bouche fumante du speaker noir, par exemple, image remarquable d’un grand réalisateur, commence ce film avec brio. Et plein d’autres images valent le détour.
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