Annie Kubasiak-Barbier, témoin engagé des violences familiales

Samedi 25 avril, Annie Kubasiak-Barbier, auteure, Officier des Arts et Lettres, viendra témoigner à Orléans des horreurs des violences familiales. Une expérience personnelle qu’elle dévoile dans L’affolante vérité.

Par Jean-Luc Bouland

« J’ai vécu des trucs abominables. Celle qui sait tout, c’est mon médecin…et, aujourd’hui, je veux témoigner, sans concession » déclare Annie Kubasiak-Barbier, peu connue pour mâcher ses mots. A l’occasion de la parution de la nouvelle version de son témoignage sur son adolescence ravagée, intitulée L’affolante vérité, et parue aux éditions Lire-Couraut, cette native de Nogent le Rotrou résidente aujourd’hui en Sologne sera présente pour cela à Orléans ce samedi 25 avril, à 14h, à la Maison des associations de la Source, à l’invitation de l’Association Victimes de violences conjugales.

Une adolescence fracassée

« Je viendrai rappeler ou apprendre ce qu’est la violence, ce que sont les violences même, en tous les cas celles que j’ai vécues, de près ou de plus loin. Oh je ne vais pas être ordurière. Ce n’est pas mon genre, mais précise et incisive, oui ! Parce que, voyez-vous, j’ai l’immense chance de savoir m’exprimer.» Le ton est donné, le verbe est haut. Annie Kubasiak-Barbier a une histoire peu commune, qui a malheureusement forgé son destin. « Pour être clair, deux jours après le décès de ma mère, mon père m’a appris qu’il n’était pas mon père. Et après, il m’a fait vivre l’enfer. J’avais à peine dix-huit ans, et cela a duré six ans… même si dans le livre, j’ai choisi de raconter sur une période de quatre ans.

Annie est née en 1952. Sa mère est française, mariée à un conjoint polonais, militaire. A trois ans, alors que le couple est en poste en Afrique, elle est renvoyée en France, chez ses grands-parents paternels. « Ce sont pratiquement eux qui m’ont élevée. C’était soi-disant pour garantir ma santé. Pendant ma plus petite enfance, avant d’aller à l’école, je ne parlais avec eux que le polonais, pas le français. Mais après, j’ai vite appris à maitriser la langue...» A l’écrit et à l’oral, sans conteste, puisqu’elle a aujourd’hui plusieurs ouvrages à son actif, entre poésie et romans, plus ou moins autobiographiques, et même un titre d’Officier des Arts et Lettres pour la qualité de son œuvre. Mais ce n’est pas arrivé sans mal.

«(…)Imaginez les coups déjà, avec tout et n’importe quoi, d’un bâton, à une ceinture, en passant par tout ce qui tombe sous la main de la personne qui frappe. Je me souviens comme ça d’une blessure laissée sur ma joue par la boucle d’une laisse de chien. J’ai juré autour de moi que j’étais tombée mais… Et puis, régulièrement, la violence qui se déchaine, qui balance tout au sol, et vous perche au milieu de tout ça. Un jour je me suis pincée sur tout le corps histoire de voir si je ne rêvais pas. Mais non, le lendemain, j’étais couverte de bleus…»

Le mari de sa mère n’était pas son père, comme elle le croyait. Mais juste le conjoint de sa mère, français d’origine polonaise, celui qui avait épousé sa marraine de guerre, déjà enceinte. Et qui a décidé de lui faire payer après le décès de celle-ci. A dix-huit ans, alors qu’ils ont déménagé du côté de Dreux, elle trouve un emploi de secrétaire de mairie, puis d’assistante parlementaire quand le maire devient député, au milieu des années 70. Mais son père adoptif continue sa vengeance. «Imaginez quand volent les cendriers pleins, les bouteilles de bière et que le lendemain on vous oblige à nettoyer ce vaste carnage pour recommencer le soir même et vous refaire nettoyer. Imaginez-vous, mise en joue, terrorisée, dans un coin au point de vouloir disparaître dans le mur ! Imaginez la porte de votre chambre qui s’ouvre et la terreur que vous inspire la lame d’un couteau ! Imaginez tellement vous crevez de peur, laisser la fenêtre de votre chambre grande ouverte par -15° et vous sous le lit en priant le ciel qu’il croit que vous vous êtes sauvée. Imaginez-vous à grelotter la nuit entière, juste par peur.»

Un message d’espoir

Annie a pu se marier, en 1975, avec l’homme avec qui elle est toujours, mais «… les bans n’ont jamais été publiés, et la cérémonie s’est faite sous la protection de la police… Suite à des menaces de mort, il y avait une estafette de 6 gendarmes, et un commissaire de police avec arme dans la poche !» Et, après cela, d’autres douleurs dans son entourage. « Imaginez, un bon copain qui viole sa gamine de 6 ans et menace son frère de mort pour qu’il se taise… Une de vos amies proches qui perd sa sœur de 45 ans, poignardée d’une multitude de coups de couteau… Ou votre quotidien pavé de banquiers, de fournisseurs, de clients parfois qui cherchent à vous fourrer dans leur lit pour mille raisons inavouables

Sans conteste, ce samedi 25 avril, Annie Kubasiak-Barbier aura beaucoup de choses à dire, à crier. Mais, assure-t-elle, avec la volonté de montrer que l’on peut s’en sortir, de transmettre un message d’espoir. «Imaginez-moi le poing levé face à l’adversité ! Mais, malgré tout, je suis mariée au même homme depuis 50 ans, mon meilleur ami est un homme depuis près de 50 ans aussi. Et j’en fréquente beaucoup qui sont des êtres exceptionnels…»

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