Restera-t-il encore un jour des chemins ruraux ?

Eux aussi sont en voie de disparition ! Selon les chiffres de l’État, il en resterait moins de 750 000 km, dont une grande partie impraticable, et 250 000 km auraient disparu depuis 1950. À la fois sentinelle, « lanceur d’alerte », débroussailleur et restaurateur de paysage, Codever (Collectif de défense des loisirs verts) se mobilise grâce à son réseau de bénévoles pour maintenir l’accès à ces chemins obstrués ou oubliés, dénonçant leur accaparement souvent illégal.

Grâce à ses 107 chantiers, comme ici à Veaugues dans le Cher, le collectif de défense des loisirs verts Codever a rouvert, en 2026, 32 km de chemins et en a entretenus 123 km. Photo Codever.


Par Estelle Boutheloup.


C’était le 28 février dernier à Veaugues, au sud de Sancerre. Une nouvelle « Journée des Chemins » (32e édition dans 24 départements) a conduit Frédéric Bresson sur un nouveau chantier : « une opération pour rouvrir une ancienne voie ferrée abandonnée dont les traverses ont été retirées. On ne pouvait plus passer », explique le délégué Codever du département du Cher. « Grâce à une équipe de bénévoles, on a rouvert 1,5 km – 2 km pour une remise en circulation encadrée qui n’impacte pas la biodiversité. Car un chemin rural inaccessible limite l’accès à la nature aux randonneurs et aux sportifs… C’est un bien commun à préserver. » Alors que des milliers de kilomètres de chemins ruraux disparaissent chaque année en France, en 2025, 230 km ont été rouverts ou entretenus grâce à 85 chantiers réunissant 1 200 bénévoles contre 800 cette année. « En Centre-Val de Loire, peu de bénévoles viennent aider au maintien des chemins ruraux victimes d’un manque de fréquentation et d’entretien dont les communes ne s’en soucient pas… »

Pourtant, ces chemins ruraux, bien qu’affectés à l’usage du public, appartiennent au domaine privé de la commune (ils peuvent donc être vendus), et d’après l’article 161-6-1 du Code Rural, « Le conseil municipal peut, par délibération, décider le recensement des chemins ruraux situés sur le territoire de la commune ». « Ce qui pose problème, c’est que les communes ne savent pas ce qu’elles possèdent, il n’y a pas de recensement. Et dès lors qu’un chemin est abandonné, il perd son caractère de chemin rural », explique Charles Péot, directeur de Codever. S’ils constituaient un réseau de 750 000 km dans les années 1970, selon les chiffres de l’État (chiffres issus d’une extrapolation d’une enquête des années 1950…), 250 000 km auraient disparu depuis les années 1950, et aujourd’hui certainement des milliers par an.
 

Chaque année, des milliers de kilomètres de chemins ruraux disparaissent abandonnés, pas entretenus ou illégalement accaparés par des propriétaires peu scrupuleux. Les préserver, c’est donner un accès à la nature et permettre la pratique de loisirs à tous. Photo Codever.

Pourquoi disparaissent-ils ? 

Dessertes rurales qui permettaient en son temps de relier hameaux, villages et lieux-dits et créées pour que les paysans et les habitants puissent aller d’une ferme à une autre à pied, à cheval, avec un bœuf…, les chemins ruraux sont devenus depuis les années 1970-1980 des voies indispensables pour la pratique des loisirs et des activités sportives : randonnées pédestres, équestres, VTT, quad, canicross… « Mais le Code rural n’est pas rentré dans le XXIe siècle avec la civilisation des loisirs », ironise Charles Péot. 

Pas assez fréquentés – le passage des piétons ou des vélos ne suffisant pas à empêcher la broussaille de pousser contrairement à celui des véhicules à moteur –, parcelles regroupées lors des remembrements dans les années 1970-1980 avec des chemins mangés et labourés comme en Beauce par exemple, travaux routiers, autoroutiers ou ferroviaires sans continuité rétablie, ou encore accaparements illégaux de riverains ou d’agriculteurs, ont ainsi eu raison des chemins ruraux. 

« Codever se bat contre ça. Un chemin entre deux parcelles avalé, une maison ou un hangar agricole que l’on agrandit, une pose de clôtures et des engrillagements comme en Sologne… Et hop, je m’approprie le bien de la commune. Ou alors je demande à ce qu’il me soit vendu parce qu’il s’est rebouché faute de fréquentation. Les maires peuvent lancer une mise en demeure et demander la restitution au voleur mais en général ils ne le font pas. » Pourquoi ? Faute de signalements de la part des promeneurs, un conflit qu’un maire ne veut pas avec un notable… Parfois, ce sont aussi les communes qui décident de désaffecter des chemins pour les vendre : « ce qui va à l’encontre de la loi « 3DS » du 21 février 2022 », poursuit Charles Péot. « Une récompense au voleur ou alors ça finit en prescription acquisitive. » C’est-à-dire que si un particulier entretient un chemin et que personne ne conteste, un juge peut lui en donner la propriété au bout de 30 ans. « Il y a des enquêtes publiques toutes les semaines sur le sort des chemins en vente et des maires se battent pour récupérer des chemins ruraux. »
 

Adeptes de la randonnée, si vous découvrez des chemins devenus impraticables ou de nouveaux panneaux d’accès interdit, faites le remonter à Codever, qui agit comme « lanceur d’alerte ». Photo Codever.

Se battre et créer un élan collectif

Ainsi, le collectif Codever agit comme un « lanceur d’alerte », surveille, tient compte des informations de terrain qui remontent, des panneaux d’interdiction d’accès qui s’installent, vérifie auprès du cadastre à qui appartient le chemin… et vient en soutien à des adhérents ou des défenseurs de chemins dont les affaires sont portées devant la justice, pour éviter que les chemins soient privatisés par des petits arrangements. « On se bat pour maintenir l’accès à la nature et à la randonnée, et inciter les parlementaires à modifier la loi, interdire leur vente et récupérer les chemins accaparés. Il y a encore un stock de chemins non surveillés ni entretenus qu’il faut que l’on arrive à préserver. » « Les Journées des Chemins » de mars dernier auront permis d’organiser 107 chantiers autour de 1 000 bénévoles, de rouvrir 32 km de chemins, d’en entretenir 123 km, de construire ou restaurer 3 passerelles et de collecter 16 tonnes de déchets.

Face à ces menaces, des bénévoles se mobilisent chaque week-end un peu partout en France et lors des « Journées des Chemins » pour préserver les chemins ruraux qui modèlent le paysage et mènent parfois à de beaux points de vue sur des monuments, des calvaires, des chapelles…


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